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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2203461

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2203461

jeudi 11 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2203461
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantBATAILLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 avril 2022, M. B D, représenté par Me Bataillé, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 31 mars 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a prononcé son expulsion du territoire français et a fixé le pays de destination de son éloignement ;

3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui restituer son passeport et son titre de séjour en cours de validité, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 500 euros à Me Bataillé en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le signataire de l'arrêté attaqué était incompétent ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard du droit de l'Union européenne d'une part, et du droit national, d'autre part, dès lors que son comportement ne constitue pas une menace réelle et actuelle à l'ordre public ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juin 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Delzangles,

- les conclusions de Mme Dyèvre, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant algérien, est entrée en France en juin 2017, sous couvert d'un visa C portant la mention " Famille de français ". L'intéressé s'est vu délivrer un certificat de résident algérien valable du 18 décembre 2017 au 17 décembre 2018, renouvelé par un titre de séjour valable jusqu'au 17 juillet 2029. Le 31 mars 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône a prononcé à l'encontre de l'intéressé l'expulsion du territoire français en raison de la menace grave pour l'ordre public que constituait sa présence. M. D demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. En l'absence de situation d'urgence, et alors qu'aucune demande d'aide juridictionnelle n'a été déposée auprès du bureau d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'aurait pas été statué, les conclusions de M. D tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. C A, directeur des migrations, de l'intégration et de la nationalité, titulaire d'une délégation de signature à l'effet de signer notamment les notifications des procédures d'expulsion, consentie par un arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 31 août 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du 1er septembre 2021. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de ce signataire doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

6. L'arrêté en litige vise les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales dont le préfet des Bouches-du-Rhône a fait application. Il énonce par ailleurs des considérations de fait caractérisant la situation de M. D et fait référence à l'avis émis par la commission départementale d'expulsion lors de sa séance du 24 février 2022. Ainsi, la décision contestée, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle du requérant, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et répond ainsi aux exigences posées par les dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

7. En outre, il ne ressort ni des mentions de l'arrêté en litige, ni des autres pièces du dossier, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen de la situation particulière du requérant au regard des éléments portés à sa connaissance, avant de prononcer l'expulsion de M. D. Par suite, ce moyen doit également être écarté.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut décider d'expulser un étranger lorsque sa présence en France constitue une menace grave pour l'ordre public, sous réserve des conditions propres aux étrangers mentionnés aux articles L. 631-2 et L. 631-3 ". Il résulte de ces dispositions que les infractions pénales commises par un étranger ne sauraient, à elles seules, justifier légalement une mesure d'expulsion et ne dispensent pas l'autorité compétente d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace grave pour l'ordre public. Lorsque l'administration se fonde sur l'existence d'une telle menace pour prononcer l'expulsion d'un étranger, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision.

9. D'une part, M. D ne saurait utilement se prévaloir des articles 21 et 45 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne, de l'article 27 de la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 relative au droit des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des États membres et de l'article 3 de la directive 64/221/CEE du 25 février 1964 pour la coordination des mesures spéciales aux étrangers en matière de déplacement et de séjour justifiées par des raisons d'ordre public, de sécurité publique et de santé publique dès lors que ces dispositions ne sont applicables qu'aux ressortissants d'un État membre de l'Union européenne.

10. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. D a fait l'objet de six condamnations pénales entre 2017 et 2020. Il a ainsi été condamné par le tribunal correctionnel de Marseille le 21 juillet 2017 à une peine d'emprisonnement de six mois pour des faits de vol avec destruction ou dégradation et le 6 juin 2018 à une peine de 500 euros d'amende pour vol avec destruction ou dégradation. Le 2 juillet 2019, l'intéressé a été condamné par la chambre des appels correctionnels de la cour d'appel d'Aix-en-Provence à trois mois d'emprisonnement pour violence sur une personne dépositaire de l'autorité publique sans incapacité et rébellion. Le 28 juillet 2020, le requérant a été condamné par le président du tribunal judiciaire de Marseille à 120 heures de travaux d'intérêt général pour vol avec destruction ou dégradation en récidive. Le 3 septembre 2020, le président du même tribunal l'a condamné à 900 euros d'amende pour usage d'une attestation ou d'un certificat inexact, conduite d'un véhicule en ayant fait l'usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants et circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance. Le 15 septembre 2020, l'intéressé a fait l'objet d'une nouvelle condamnation par le tribunal correctionnel de Marseille à six mois d'emprisonnement pour vol avec effraction dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt. Le 12 novembre 2020, M. D a été de nouveau condamné par un jugement du tribunal correctionnel de Marseille à six mois d'emprisonnement pour vol par ruse, effraction ou escalade dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt en récidive. Dans le cadre de la procédure administrative d'expulsion, la commission d'expulsion réunie le 24 février 2022 a rendu un avis favorable à l'expulsion de M. D.

11. Par ailleurs, si M. D allègue avoir fait des efforts significatifs pour son insertion sociale et professionnelle lors de l'exécution de ses peines, il ressort cependant d'un rapport d'incident du service pénitentiaire d'insertion et de probation du 29 septembre 2021 produit en défense par le préfet des Bouches-du-Rhône, que l'intéressé, qui était en détention au domicile de sa mère sous surveillance électronique et effectuait une mesure d'intérêt général de 120 heures, a fait l'objet de " nombreux incidents graves " rendant difficile l'accueil dans une structure adaptée et qu'il n'a pas respecté " le cadre et les obligations de la mesure de détention en milieu ouvert ", notamment en raison de plusieurs absences injustifiées, de retards et de comportements irrespectueux de la hiérarchie et des consignes de sécurité. Même si le requérant a suivi une formation entre octobre 2020 et mars 2021, est inscrit à Pôle emploi depuis septembre 2021 et a obtenu une promesse d'embauche en tant que carrossier en février 2022, ces éléments ne suffisent pas à démontrer l'insertion socio-professionnelle de l'intéressé qui ne justifie d'aucune activité professionnelle salariée sur le territoire français. Compte tenu des condamnations pénales de M. D, pour des infractions nombreuses et répétées sur une période de trois ans, d'une exécution de peine émaillée d'incidents, alors que les troubles psychologiques dont il se prévaut ne remettent pas en cause la nature et la gravité de ses comportements et que les pièces du dossier ne permettent pas de s'assurer de l'absence de risque de récidive, le préfet des Bouches-du-Rhône n'a pas entaché sa décision d'une d'erreur d'appréciation en estimant que sa présence sur le sol français constituait, à la date de la décision attaquée, une menace grave pour l'ordre public. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation, au regard des dispositions de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit être écarté.

12. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

13. M. D fait valoir sa présence régulière sur le territoire depuis cinq ans. Cependant, l'intéressé, entré en France en juin 2017, a été placé en détention pénitentiaire, en détention sous surveillance électronique ou en semi-liberté, suite à des condamnations, durant une partie substantielle de son séjour et ne saurait se prévaloir d'une présence de longue durée sur le territoire français. Par ailleurs, s'il établit être marié à une ressortissante française le 25 août 2016 en Algérie et atteste de la retranscription de l'acte de mariage sur les registres de l'état civil français le 14 mars 2017, il ressort des pièces du dossier qu'il s'est séparé de son épouse en 2019. Le témoignage de son épouse, au demeurant ni daté, ni signé, indiquant avoir repris sa relation conjugale avec l'intéressé, n'est étayé par aucun élément de nature à établir la réalité de cette reprise. Enfin, le requérant fait état d'un soutien des membres de sa famille présents en France en versant au dossier des attestations de sa mère, de son frère et de trois sœurs. Cependant, d'autres pièces du dossier contredisent ces témoignages, dont certains ne sont au demeurant pas datés, notamment le rapport de synthèse de sortie du pôle insertion du 11 février 2021 indiquant qu'il a " des soucis importants au sein de sa famille " et qu'" il s'est retrouvé à vivre dans sa voiture " de même que le rapport d'incident du service pénitentiaire d'insertion et de probation du 29 septembre 2021 indiquant que ses frères et sœurs ne souhaitent plus qu'il soit hébergé chez sa mère " suite à des disputes ". Le requérant n'établit donc pas de manière probante la réalité et l'intensité des liens qu'il entretient avec son épouse et avec les autres membres de sa famille. Enfin, l'intéressé ne démontre pas être dépourvu de lien en Algérie où il a vécu jusqu'à l'âge de trente-quatre ans. Dans ces circonstances, et compte tenu de la menace qu'il représente pour l'ordre public, M. D n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté en litige méconnaitrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, pour le même motif, serait entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du préfet des Bouches-du-Rhône du 31 mars 2022 présentées par M. D doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gonneau, président,

Mme Simeray, première conseillère,

Mme Delzangles, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2024.

Le rapporteur,

signé

B. Delzangles

Le président,

signé

P-Y. GonneauLa greffière,

signé

A. Martinez

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

2203461

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