LogoMeilleurAvocats.fr
AvocatsAssistant IABlogPrix
ConnexionDéposer ma demande

Vous avez un problème juridique ?

Décrivez votre situation en 2 minutes — un avocat spécialisé vous répond sous 24h.

Déposer ma demandeJe suis avocat
Logo MeilleurAvocats.frMeilleurAvocats.fr

Mise en relation avocat–client par l'IA. Gratuit pour les particuliers.

Particuliers

  • Déposer une demande
  • Trouver un avocat
  • Assistant IA gratuit
  • Bibliothèque juridique
  • Guides pratiques
  • Jurisprudence

Avocats

  • Pour les avocats
  • Espace avocat
  • Tarifs et formules
  • Recevoir des leads
  • Programme d'affiliation
  • Contact commercial

Spécialités

  • Droit général
  • Droit du travail
  • Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale
  • Droit fiscal et droit douanier
  • Droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine
  • Droit immobilier

Légal

  • Mentions légales
  • Confidentialité
  • CGU
  • Cookies
  • Contact

Newsletter juridique hebdomadaire

Décisions clés, évolutions législatives, conseils pratiques — chaque semaine.

© 2026 MeilleurAvocats.fr— KONSEIL SAS. Tous droits réservés.

Mentions légales|Confidentialité|Cookies

BOB★La messagerie française & cryptée pour des échanges confidentiels entre avocats et clients.

En savoir +TéléchargerBOB
AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2203695

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2203695

jeudi 22 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2203695
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCABINET DOM & ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

La société du casino municipal d'Aix Thermal a demandé au tribunal administratif de Marseille d'annuler la décision du 29 octobre 2019 par laquelle le ministre de l'intérieur a renouvelé son autorisation de la pratique des jeux de hasard pour une durée de trois ans, d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder au réexamen de sa demande, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 500 euros par jour de retard et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un jugement n° 1911100 du 22 novembre 2021, le tribunal administratif de Marseille a rejeté cette demande.

Par un arrêt n° 22MA00246 du 2 mai 2022, la cour administrative d'appel de Marseille, saisie par la société requérante, a annulé ce jugement et renvoyé l'affaire devant le tribunal.

Procédure devant le tribunal :

Par sa requête enregistrée initialement le 27 décembre 2019 puis à nouveau, après renvoi, sous le n° 2203695 le 2 mai 2022, et des mémoires enregistrés le 7 janvier 2020 et le 11 février 2021, la société du casino municipal d'Aix Thermal, représentée par la société GFD-Avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 29 octobre 2019 par laquelle le ministre de l'intérieur a renouvelé son autorisation de la pratique des jeux de hasard, en tant qu'elle limite la durée de cette autorisation à trois ans ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder au réexamen de sa demande, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée lui fait grief dès lors qu'elle a sollicité un renouvellement de son autorisation pour une durée de cinq ans ;

- la décision en litige, qui constitue une sanction administrative en ce qu'elle limite la durée du renouvellement dans le temps, est intervenue en méconnaissance du principe du contradictoire ;

- elle ne relevait pas de la compétence de la direction des libertés publiques et des affaires juridiques ;

- le ministre de l'intérieur ne pouvait prendre cette décision non prévue par la réglementation ;

- aucun texte ne prévoit la réduction de la durée de l'autorisation ;

- le service central des courses et jeux (SCCJ) a fait preuve de partialité à son égard ;

- la composition de la commission consultative des jeux de cercles et de casinos (CCJCC) était irrégulière du fait de la présence de représentants du SCCJ ;

- le SCCJ ne dispose d'aucun pouvoir d'enquête au titre de la CCJCC et ses interventions en cours de séance sont illégales ;

- les déclarations de soupçon, qu'elle n'avait pas à transmettre, ne sont pas nécessaires à l'exercice de sa mission par le SCCJ, agissant en qualité d'autorité de police administrative des casinos ;

- le SCCJ ne peut, au titre de la police administrative, exiger des casinos ce qu'il ne peut obtenir à titre judiciaire que de Tracfin, dans des conditions protectrices des droits des justiciables, ce qui contrarie le principe de séparation des pouvoirs ;

- les manquements allégués sont infondés, dès lors qu'aucune persistance des défaillances en matière de lutte contre le blanchiment ne peut lui être reprochée, ni même aucun grief sur la mauvaise tenue du registre des changes ou la transmission des déclarations de soupçons.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 septembre 2020, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- à titre principal, les conclusions de la société requérante sont irrecevables dès lors que la décision attaquée ne lui fait pas grief ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par la société du casino municipal d'Aix Thermal ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 19 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er septembre 2022.

Sur demande faite par le greffe au ministre de l'intérieur le 15 novembre 2022 en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, celui-ci a produit le même jour au dossier l'avis émis le 24 octobre 2019 par la commission consultative des jeux de cercles et de casinos, pièce communiquée à la requérante le 22 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code monétaire et financier ;

- la loi du 15 juin 1907 modifiée réglementant le jeu dans les cercles et les casinos des stations balnéaires, thermales et climatiques ;

- la loi n° 83-628 du 12 juillet 1983 ;

- le décret n° 59-1489 du 22 décembre 1959 modifié ;

- l'arrêté du 23 décembre 1959 modifié portant réglementation des jeux dans les casinos ;

- l'arrêté du 14 mai 2007 relatif à la règlementation des jeux dans les casinos ;

- l'arrêté du 5 août 2009 relatif aux missions et à l'organisation de la direction centrale de la police judiciaire, en particulier son article 5 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de M. Ouillon, rapporteur public,

- et les observations de Me Nabeth, représentant la société du casino municipal d'Aix Thermal.

Considérant ce qui suit :

1. La société du casino municipal d'Aix Thermal exploite le casino d'Aix-en-Provence, sous le nom de " D B ". L'arrêté du ministre de l'intérieur du 20 octobre 2016 l'autorisant à exploiter les jeux de hasard dans cet établissement pour une durée de trois ans arrivant à échéance le 31 octobre 2019, elle a sollicité le renouvellement de cette autorisation pour une durée de cinq ans par une demande formulée le 24 juin 2019. Par un arrêté du 29 octobre 2019, le ministre de l'intérieur a maintenu pour une durée limitée à trois ans l'autorisation dont la société disposait depuis 2016 et a ainsi renouvelé cette autorisation du 1er novembre 2019 au 31 octobre 2022. La société a demandé au tribunal d'annuler cet arrêté en tant qu'il limite son autorisation d'exploitation à une durée de trois ans. Le jugement n° 1911100 du 22 novembre 2021 rejetant sa requête a été annulé le 2 mai 2022 par la cour administrative d'appel de Marseille qui a considéré que les conclusions de la société casino municipal d'Aix Thermal étaient recevables en tant que l'arrêté du 29 octobre 2019 ne lui donnait pas entièrement satisfaction en limitant l'autorisation à une durée de trois ans. La Cour a renvoyé l'affaire au tribunal pour qu'il y soit statué.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 320-1 du code de la sécurité intérieure : " Les jeux d'argent et de hasard sont régis par les dispositions du présent titre et par celles du chapitre Ier de la loi n° 2010-476 du 12 mai 2010 relative à l'ouverture à la concurrence et à la régulation du secteur des jeux d'argent et de hasard en ligne ". En vertu de l'article L. 324-1 de ce code, " le fait de participer y compris en tant que banquier à la tenue d'une maison de jeux de hasard où le public est librement admis " constitue une infraction pénale. Par dérogation à cette interdiction, l'article L. 321-1 du code précité prévoit que peut être accordée aux casinos implantés notamment dans les communes classées stations balnéaires, thermales et climatiques, une " autorisation temporaire d'ouvrir au public des locaux spéciaux, distincts et séparés où sont pratiqués certains jeux de hasard ", sous certaines conditions. Aux termes de l'article R. 321-5 du même code dans sa rédaction applicable au litige : " L'autorisation est accordée par arrêté du ministre de l'intérieur. / Cet arrêté fixe :/1° Le nombre de tables de jeux, de formes électroniques de ces jeux et de machines à sous autorisées ;/ 2° La durée de l'autorisation ; /3° Les heures limites d'ouverture et de fermeture des salles de jeux. () ". Aux termes de l'article R. 321-2 du même code : " La demande d'autorisation est adressée au préfet du département du lieu d'implantation du casino () ". Aux termes de l'article R. 321-3 de ce code : " La demande d'autorisation est soumise à une enquête sauf lorsqu'elle a pour objet : 1° Un renouvellement d'autorisation () ". Aux termes de l'article R. 321-4 dudit code : " Le préfet adresse la demande d'autorisation au ministre de l'intérieur. Elle est soumise à l'avis de la commission consultative des jeux de cercles et de casinos pris dans les conditions et selon les modalités prévues par la sous-section 2 () ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 14 mai 2007 relatif à la réglementation des jeux dans les casinos : " L'autorisation d'exploiter les jeux est accordée par le ministre de l'intérieur aux casinos implantés dans les communes visées par l'article L. 321-1 du code de la sécurité intérieure. /Cette autorisation est temporaire. Elle est accordée en prenant en compte, notamment, les impératifs liés à une politique contrôlée du jeu et la répartition équilibrée de l'offre de jeux de casino sur le territoire ". Aux termes de son article 7, dans sa rédaction applicable au litige : " Demandes de renouvellement d'autorisation de jeux en cours de concession et demandes de transfert d'implantation géographique./ Pour les demandes de renouvellement d'autorisation de jeux en cours de concession, ainsi que pour les demandes de transfert d'implantation géographique, le dossier à transmettre doit comporter les pièces suivantes, en double exemplaire : /1° La demande de renouvellement précisant les jeux demandés, leurs horaires d'ouverture, le nombre de tables sollicitées et installées pour chaque type de jeu de table exploité, les minimums des mises, le nombre de machines à sous installées, les jeux sous forme électronique, ainsi que, pour la demande de transfert géographique, la localisation dans la commune du nouvel immeuble d'implantation ; ()/8° L'avis motivé du préfet. () ".

3. Les mesures que le ministre de l'intérieur est susceptible de prendre sur le fondement des dispositions précitées et dont l'objet est de prévenir les manquements aux obligations découlant pour les casinos des autorisations qui leur sont accordées, indépendamment de toute responsabilité de l'exploitant, constituent, non pas des sanctions, mais des mesures de police administrative. Eu égard à l'étendue du pouvoir d'appréciation dont dispose le ministre de l'intérieur pour accorder des autorisations dérogeant au principe d'interdiction de la tenue de maison de jeux de hasard, le juge exerce, sur l'appréciation à laquelle se livre le ministre pour décider de la durée, de la suspension ou de la révocation de ces autorisations, un contrôle limité à l'erreur manifeste.

En ce qui concerne la compétence de l'auteur de la décision :

4. Il ressort des dispositions précitées de l'article R. 321-5 du code de la sécurité intérieure que les autorisations de jeux, fixant notamment la durée de celles-ci, sont accordées par le ministre de l'intérieur, autorité de police administrative spéciale seule compétente pour autoriser l'exploitation des jeux d'argent dans les casinos municipaux. En outre, par décision du 12 septembre 2019 portant délégation de signature, le directeur des libertés publiques et des affaires juridiques a donné délégation à M. E C, administrateur civil, chef du bureau des polices administratives, adjoint au sous-directeur des polices administratives, directement placé sous l'autorité du sous-directeur des polices administratives, signataire de la décision en litige, à l'effet de signer, au nom du ministre de l'intérieur, tous actes, arrêtés et décisions, dans la limite de ses attributions. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte en litige doit être écarté.

En ce qui concerne la régularité de la procédure :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ".

6. La société requérante ne peut utilement soutenir que le principe du contradictoire n'a pas été respecté, dès lors que l'arrêté en litige statue sur la demande de renouvellement de l'autorisation de jeux qu'elle a présentée. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que cet arrêté a été pris après avis favorable de la commission consultative des jeux de cercles et de casinos (CCJCC), rendu le 24 octobre 2019, à l'issue d'une réunion au cours de laquelle a été entendu le directeur responsable du casino qui a été mis à même de présenter ses observations orales sur les différents points soulevés. Enfin, ainsi qu'il a été rappelé au point 3, l'arrêté attaqué relève d'une mesure de police administrative et non d'une sanction. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de la procédure contradictoire, des droits de la défense et du principe de légalité des délits et des peines doivent être écartés

.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 5 de l'arrêté du 5 août 2009 relatif aux missions et à l'organisation de la direction centrale de la police judiciaire : " I. - Au titre de ses missions de police administrative, le service central des courses et jeux est chargé du contrôle et de la surveillance des établissements de jeux, ()./ Il veille au respect de la régularité et de la sincérité de ces jeux d'argent et de hasard ainsi qu'à la protection des joueurs et à la défense des intérêts de l'Etat. / Il mène les enquêtes administratives nécessaires à l'exercice de ces missions. / Il conduit les inspections de contrôle du respect, par les personnes mentionnées au 9° de l'article L. 561-2 du code monétaire et financier, des obligations relatives à la lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme. () IV. - Au titre de ses missions judiciaires, le service central des courses et jeux est notamment compétent pour les infractions spécifiques aux jeux ou qui leur sont liées. ". Aux termes de l'article 3 de cet arrêté, la direction centrale de la police judiciaire comprend le service central des courses et jeux. Il résulte par ailleurs de l'article R. 312-12 du code de la sécurité intérieure que la CCJCC peut entendre le directeur central de la police judiciaire au ministère de l'intérieur ou son représentant. Ainsi, dès lors que l'intervention de la direction centrale de la police judiciaire, qui comprend le SCCJ, est rendue possible par les dispositions précitées de l'article R. 312-12 du code de la sécurité intérieure, le règlement intérieur de la CCJCC du 15 février 2019, qui prévoit dans son article 7 que le SCCJ de la direction centrale de la police judiciaire assiste en tant qu'expert sans voix délibérative aux séances de la commission et peut apporter des précisions techniques sur le dossier sur demande du président, n'est ni irrégulier ni entaché de partialité.

8. Par suite, le moyen tiré de ce que les représentants du SCCJ, dont il est constant qu'ils n'ont pas participé à la délibération ayant donné lieu à l'avis de la commission, seraient irrégulièrement intervenus au cours de la séance tenue devant la CCJCC doit être écarté, quand bien même ils auraient posé des questions en matière de lutte préventive contre le blanchiment et le financement du terrorisme dans le cadre de leur audition. Au demeurant, les questions des membres du service central des courses et jeux portant sur les actions menées par la requérante dans le cadre de cette lutte préventive, qui avaient été abordées par le rapporteur devant la commission dans son rapport et n'ont pas été mises en avant pour la première fois en séance, n'ont pas dépassé les prérogatives de la commission et pouvaient être prises en compte dans le cadre de la procédure préalable à la délivrance de l'autorisation. Il ne ressort aucunement des pièces du dossier que ce service, qui était déjà intervenu sur place au sein de l'établissement géré par la société, aurait ainsi mené une enquête à l'occasion de la réunion de cette commission. Enfin, la circonstance que le service central des courses et jeux intervienne à la demande du président de la commission, qui dispose de la police de la séance, pour apporter des précisions techniques sur le dossier n'est pas davantage irrégulière, alors d'ailleurs qu'aucune disposition ne fait obstacle à ce que les autres membres de la commission demandent au président l'autorisation de poser des questions aux membres de ce service.

9. En troisième lieu, la requérante ne saurait utilement se prévaloir de la méconnaissance du principe d'impartialité par le SCCJ à son égard en se bornant à faire référence à la procédure en cours devant la commission nationale des sanctions concernant l'absence de transmission de ses déclarations de soupçons à Tracfin, ainsi qu'à une procédure pénale engagée à l'encontre du casino " 3.14 " situé à Cannes. Enfin, la circonstance, en outre non établie, que des policiers du service central des courses et jeux auraient fait preuve de partialité dans le cadre de l'enquête menée antérieurement au sein du casino d'Aix-en-Provence est sans incidence sur la régularité de l'avis rendu par la commission consultative des jeux de cercles et de casinos et, par suite, de l'arrêté attaqué.

En ce qui concerne l'appréciation portée par le ministre de l'intérieur sur la durée de l'autorisation :

10. En premier lieu, il résulte des dispositions de l'article R. 321-5 du code de la sécurité intérieure rappelées au point 2 que le ministre définit par arrêté la durée de l'autorisation temporaire d'ouvrir des locaux destinés aux jeux de hasard. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit en ce que l'autorisation serait illégalement limitée dans sa durée doit être écarté.

11. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 320-3 du code de la sécurité intérieure : " La politique de l'Etat en matière de jeux d'argent et de hasard a pour objectif de limiter et d'encadrer l'offre et la consommation des jeux et d'en contrôler l'exploitation afin de : () / 3° Prévenir les activités frauduleuses ou criminelles ainsi que le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme ; () ". Selon l'article L. 323-2 de ce code : " Les casinos et les groupements, clubs et sociétés organisant des jeux d'argent et de hasard sont tenus d'enregistrer les noms et adresses des joueurs dans les cas prévus à l'article L. 561-13 du code monétaire et financier. ".

12. D'une part, aux termes de l'article L. 561-13 du code monétaire et financier, dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision attaquée : " () Les casinos sont tenus, après vérification, sur présentation d'un document probant, de l'identité des joueurs, de procéder à l'enregistrement de leurs noms et adresses lorsqu'ils échangent tous modes de paiement, plaques, jetons, tickets dont le montant excède un seuil fixé par décret. Ces informations, qui ne peuvent être utilisées à d'autres fins que celles prévues au présent chapitre, sont consignées sur un registre spécifique et doivent être conservées pendant cinq ans () ". Aux termes de l'article D. 561-10-2 du même code : " Le seuil mentionné au premier alinéa de l'article L. 516-3 est fixé à 2 000 euros par séance () ".

13. D'autre part, aux termes de l'article L. 561-32 du code monétaire et financier dans sa rédaction applicable au présent litige : " I.- Les personnes mentionnées à l'article L. 561-2 mettent en place une organisation et des procédures internes pour lutter contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme (). ". Aux termes du 9° de l'article L. 561-2 de ce code, ces personnes sont notamment les représentants légaux et directeurs responsables des opérateurs de jeux ou de paris autorisés sur le fondement des articles L. 321-1 et L. 321-3 du code de la sécurité intérieure. Aux termes du III de l'article R. 561-38-1 du même code : " Les personnes mentionnées à l'article L. 561-2 s'assurent que l'organisation du dispositif de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme mentionné au I de l'article L. 561-32 est adaptée à leur taille, à la nature de leurs activités ainsi qu'aux risques identifiés par la classification des risques mentionnée à l'article L. 561-4-1. ". Selon l'article R. 561-39 du code monétaire et financier : " Pour l'application du 14° du I de l'article L. 561-36, l'autorité administrative compétente pour le contrôle du respect par les personnes mentionnées au 9° de l'article L. 561-2 des obligations prévues aux chapitres Ier et II du titre VI du livre V de la partie législative du présent code est le service central des courses et jeux./ Les inspections de contrôle du respect par les personnes mentionnées au 9° de l'article L. 561-2 des obligations prévues aux chapitres Ier et II du titre VI du livre V de la partie législative du présent code sont conduites par des agents de la police nationale chargés de la police des jeux, spécialement habilités par arrêté du ministre de l'intérieur ".

14. L'article L. 561-23 du code monétaire et financier prévoit : " I.- Une cellule de renseignement financier nationale exerce les attributions prévues au présent chapitre () ". Aux termes de l'article R. 561-33 du même code : " Le service à compétence nationale TRACFIN (traitement du renseignement et action contre les circuits financiers clandestins), prévu à l'article L. 561-23, est rattaché au ministre chargé de l'économie et au ministre chargé du budget et a pour mission de : / 1° Recevoir et traiter, dans les conditions prévues par la législation en vigueur, les déclarations prescrites à l'article L. 561-15 ainsi que les autres informations prévues au chapitre Ier du titre VI du livre V de la partie législative du présent code ; / 2° Recueillir, traiter et diffuser le renseignement relatif aux infractions mentionnées à l'article L. 561-15 ; / 3° Animer et coordonner, en tant que de besoin, aux niveaux national et international, les moyens d'investigation dont disposent les administrations ou services relevant du ministre chargé de l'économie et du ministre chargé du budget, ainsi que les organismes qui y sont rattachés, pour la recherche des infractions mentionnées à l'article L. 561-15 ; / 4° Participer à l'étude des mesures à mettre en œuvre pour faire échec aux circuits financiers clandestins, au blanchiment de capitaux et au financement du terrorisme ; / 5° Développer, en relation avec les directions concernées relevant du ministre chargé de l'économie et du ministre chargé du budget, l'action internationale de lutte contre les circuits financiers clandestins, le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. ". L'alinéa 1er de l'article L. 561-18 du code monétaire et financier pose un principe de confidentialité des déclarations de soupçon prévues par l'article L. 561-15 et son alinéa 2 dispose que : " Sous réserve des dispositions de l'article 19 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 mentionnée ci-dessus, il est interdit, sous peine des sanctions prévues à l'article L. 574-1, aux dirigeants et préposés d'organismes financiers, aux personnes mentionnées à l'article L. 561-2, au président de l'ordre des avocats au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation ou au bâtonnier de l'ordre auprès duquel l'avocat est inscrit, de porter à la connaissance du propriétaire des sommes ou de l'auteur de l'une des opérations mentionnées à l'article L. 561-15 ou à des tiers, autres que les autorités de contrôle, ordres professionnels et instances représentatives nationales visées à l'article L. 561-36, l'existence et le contenu d'une déclaration faite auprès du service mentionné à l'article L. 561-23 et de donner des informations sur les suites qui ont été réservées à cette déclaration. ".

15. Pour limiter la durée de l'autorisation accordée à la société requérante, le ministre s'est fondé sur la persistance des défaillances en matière de lutte contre le blanchiment qui lui avaient été reprochées en 2016, en opposant à la société deux griefs tirés d'une part, de l'existence d'un suivi non satisfaisant des changes entrants aux machines à sous et aux jeux électroniques et, d'autre part, de l'absence de transmission au SCCJ des déclarations de soupçon auprès de Tracfin.

16. Le ministre fait valoir que, lors du contrôle mené en janvier 2018, le SCCJ a relevé la persistance de défaillances en matière d'enregistrement des changes, et que l'étude du registre des changes révèle pour la saison 2017-2018 des écarts inexpliqués entre les changes entrants et les gains, de sorte que le faible nombre de changes entrants enregistrés trahirait en réalité un défaut de suivi dans l'activité des machines à sous et, par voie de conséquence, une défaillance en matière de lutte contre le blanchiment d'argent, ce constat ayant d'ailleurs entraîné une saisine de la commission nationale des sanctions. S'il ressort des pièces du dossier que la requérante s'est conformée aux obligations qui lui incombent en vertu des dispositions rappelées au point 12 en ce qui concerne la régularité de la tenue en la forme d'un registre, elle ne contredit toutefois pas utilement la persistance d'une insuffisance du dispositif de contrôle déployé pour permettre un suivi exhaustif des sommes de plus de 2 000 euros engagées par les clients, quoiqu'elle affirme avoir mis en place un contrôle supplémentaire de l'enregistrement des sommes directement insérées dans les machines à sous, alors que le ratio de 0,17 entre les mentions de sommes engagées et les mentions de gains demeure faible sans explication pour la saison suivante en dépit de la hausse constatée du nombre de mentions au registre des machines à sous des sommes de plus de 2 000 euros. Il en résulte que le ministre a pu, sans erreur de fait, retenir que le fonctionnement de l'établissement sur ce point a favorisé ou facilité les infractions à la législation en matière de lutte contre le blanchiment.

17. Le ministre fait également valoir que la société requérante a refusé de communiquer au SCCJ, sur sa demande, les déclarations de soupçons transmises à Tracfin, ce refus étant ainsi susceptible de s'analyser comme une défaillance en matière de lutte contre le blanchiment d'argent, dès lors qu'il ne permet ni de s'assurer que le casino procède régulièrement à de telles déclarations, ni que ces déclarations, lorsqu'elles existent, sont suffisamment précises et circonstanciées pour pouvoir être exploitées dans le cadre de cette lutte.

18. Contrairement à ce qui est soutenu, ces déclarations de soupçons constituent un élément utile et nécessaire au contrôle par le SCCJ, dans le cadre de sa mission de police administrative, du dispositif de lutte contre le blanchiment et contre le financement du terrorisme dans les casinos qui lui est imparti par les dispositions de l'article 5 de l'arrêté du 5 août 2009 telles que rappelées au point 7. Il résulte ensuite des dispositions citées au point 14 que si les représentants légaux et directeurs responsables des opérateurs de jeux sont tenus de respecter l'obligation de confidentialité qui leur incombe en ce qui concerne les déclarations de soupçons qu'ils transmettent à Tracfin, ce principe ne s'étend pas aux autorités de contrôle, tiers autorisés à recevoir cette information, dans le cadre de l'exercice, comme en l'espèce, de leur mission de police administrative, en application du deuxième alinéa de l'article L. 561-18 du code monétaire et financier. Si les dispositions de l'article L. 561-19 du même code prévoient des garanties particulières entourant l'accès auprès de Tracfin, par l'autorité judiciaire, à la déclaration prévue à l'article L. 561-15, ces dispositions se rapportent à l'hypothèse de la mise en œuvre de la responsabilité des personnes mentionnées à l'article L. 561-2 et lorsque l'enquête judiciaire fait apparaître qu'ils peuvent être impliqués dans le mécanisme de blanchiment de capitaux qu'ils ont révélé, et demeurent par suite sans incidence sur la régularité des demandes faites par l'autorité de contrôle dans le cadre de sa mission de police administrative. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe de séparation des pouvoirs de police administrative et judiciaire, par ailleurs prévu par l'article 5 de l'arrêté du 5 août 2009 qui distingue les missions de police administrative et les missions de police judiciaire du service central des courses et jeux, ainsi qu'il a été dit au point 7, doit être écarté.

19. La société requérante, qui ne conteste pas s'être opposée à la transmission au SCCJ des déclarations de soupçon qu'elle a opérées devant Tracfin, a effectivement présenté de ce fait une défaillance dans la lutte contre le blanchiment d'argent, sans qu'ait d'incidence à cet égard la transmission par ses soins, postérieurement à la décision attaquée, le 2 décembre 2019 de telles déclarations. Enfin, la circonstance que le service central des courses et jeux aurait également pu demander la communication de ces déclarations au service Tracfin ne dispensait pas la société requérante de respecter son obligation de communication des déclarations aux services de contrôle à leur demande.

20. Compte tenu de l'importance et de la nature des défaillances ainsi établies, le ministre de l'intérieur n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en décidant de limiter à trois ans la durée de l'autorisation de jeux consentie à la société du casino municipal d'Aix-Thermal.

21. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du ministre de l'intérieur du 29 octobre 2019 en tant qu'il a limité la durée de son autorisation à trois ans.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

22. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requérante à fin d'annulation, ne nécessite aucune mesure d'exécution au regard des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative. Par suite, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par la requérante ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais du litige :

23. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance, la somme que la requérante demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société du casino municipal d'Aix Thermal est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société du casino municipal d'Aix Thermal et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 9 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Hameline, présidente,

Mme Felmy, première conseillère,

Mme Hétier-Noël, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2022.

La rapporteure,

signé

E. A

La présidente,

signé

M.-L. Hameline

La greffière

signé

B. Marquet

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière.

Décisions similaires

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

← Retour aux décisions