jeudi 17 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2203715 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | DE CASALTA-BRAVO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 28 avril 2022, M. A C, représenté par Me de Casalta-Bravo, demande au tribunal :
1°) d'annuler la délibération du 28 février 2022 du conseil municipal de Roquevaire en tant qu'elle prononce la désaffectation d'une portion du chemin rural de Malesabeilles Bassan, autorise sa cession et autorise le maire à signer l'acte authentique de vente ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Roquevaire la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la délibération en litige a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, en méconnaissance de l'article R. 161-10 du code rural et de la pêche maritime, faute d'affichage de l'arrêté d'ouverture de l'enquête publique aux extrémités du chemin et sur le tronçon faisant l'objet du projet d'aliénation, manquement qui a nui à l'information du public ;
- la délibération querellée est entachée d'une erreur de droit, d'une erreur de qualification juridique des faits et méconnait les dispositions des articles L. 161-10 et suivants du code rural et de la pêche maritime dès lors que la portion de chemin en cause n'était pas désaffectée et ne pouvait ainsi faire l'objet d'une cession, et que la fermeture de l'accès à ce chemin ne résulte que de l'action du cessionnaire lui-même ;
- la délibération contestée est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle ne prévoit pas les conditions d'accès des services de secours, en méconnaissance des préconisations du commissaire-enquêteur ;
- la délibération en litige est entachée d'un détournement de procédure, dès lors qu'une réunion officieuse a été organisée avec la participation du maire de la commune, en marge du déroulement de l'enquête publique.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 juillet 2022, la commune de Roquevaire, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.
La procédure a été communiquée à M. D B, bénéficiaire de la cession envisagée, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
La clôture de l'instruction a été fixée au 26 août 2024 par une ordonnance du 25 juillet précédent.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Niquet,
- les conclusions de M. Boidé, rapporteur public,
- et les observations de M. E maire de Roquevaire.
Considérant ce qui suit :
1. Par une délibération du 6 octobre 2003, le conseil municipal de Roquevaire a autorisé le maire à organiser des enquêtes publiques préalables à l'aliénation de portions de chemins ruraux désaffectés aux propriétaires riverains qui en faisaient la demande. M. D B a demandé à la commune de lui céder la portion du chemin rural de Malesabeilles Bassan, afin de faire la jonction entre ses parcelles alors cadastrées section AN 261, AN 83, AN 151 et AN 154 d'une part, et section AW 95, d'autre part. Le projet a ensuite été soumis à enquête publique du 2 au 18 juillet 2019 et a donné lieu à l'avis favorable du commissaire enquêteur, le 14 août 2019. M. C demande l'annulation de la délibération n° 20/2022 du 28 février 2022 par laquelle le conseil municipal de Roquevaire a prononcé la désaffectation d'une portion du chemin rural de Malesabeilles Bassan et a décidé de sa cession à M. B.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 161-26 du code rural et de la pêche maritime : " La durée de l'enquête publique est fixée à quinze jours. / () Quinze jours au moins avant l'ouverture de l'enquête, le ou les maires ayant pris l'arrêté prévu à l'article R. 161-25 font procéder à la publication, en caractères apparents, d'un avis au public l'informant de l'ouverture de l'enquête dans deux journaux régionaux ou locaux diffusés dans tout le département ou tous les départements concernés. / En outre, quinze jours au moins avant l'ouverture de l'enquête et pendant toute la durée de celle-ci, l'arrêté d'ouverture de l'enquête publique est publié par voie d'affiches et, éventuellement, par tout autre procédé dans les communes concernées par l'aliénation. Cet arrêté est également affiché aux extrémités du chemin ou des chemins concernés et sur le tronçon faisant l'objet du projet d'aliénation ".
3. S'il ressort des pièces du dossier, en particulier du rapport du commissaire enquêteur, que l'affichage de l'arrêté d'ouverture de l'enquête publique qui s'est déroulée du 2 au 18 juillet 2019, a été effectué sur les panneaux d'affichage municipaux, sur le panneau d'affichage électronique situé en face de la mairie et " sur les lieux le 12 juin à 18h30 (rapport de constatation par la police municipale en date du 14 juin 2019) ", il n'est pas sérieusement contesté par la commune de Roquevaire qu'aucun affichage n'a été effectué spécifiquement sur le tronçon faisant l'objet du projet d'aliénation ainsi qu'à l'autre extrémité du chemin. Par suite, les dispositions précitées de l'article R. 161-26 code rural et de la pêche maritime ont été méconnues.
4. Toutefois, s'il appartient à l'autorité administrative de procéder à l'ouverture de l'enquête publique et à la publicité de celle-ci dans les conditions fixées par les dispositions du code rural et de la pêche maritime, la méconnaissance de ces dispositions n'est toutefois de nature à vicier la procédure et donc à entraîner l'illégalité de la décision prise à l'issue de l'enquête publique que si elle n'a pas permis une bonne information de l'ensemble des personnes intéressées par l'opération ou si elle a été de nature à exercer une influence sur les résultats de l'enquête et, par suite, sur la décision de l'autorité administrative.
5. Il ressort des pièces du dossier, en particulier du rapport du commissaire-enquêteur que les habitants de Roquevaire ont été informés de l'ouverture de l'enquête publique dans deux journaux locaux, La Provence marchés publics et La Marseillaise, le vendredi 14 juin 2019. Par ailleurs, l'affichage de l'arrêté d'ouverture de l'enquête publique a été réalisé non seulement en mairie mais également sur le panneau d'affichage électronique situé en face de celle-ci, ainsi qu'en divers endroits de la commune. En outre, l'enquête publique a donné lieu à une vingtaine d'observations écrites recensées par le commissaire enquêteur. Compte-tenu de ce qui précède, et eu égard à la nature du projet soumis à enquête publique, l'absence d'affichage de l'arrêté d'ouverture de ladite enquête dans les conditions prévues par les dispositions précitées de l'article R. 161-26 du code rural et de la pêche maritime n'a eu pour effet ni de nuire à l'information de l'ensemble des personnes intéressées par l'opération, ni été de nature à exercer une influence sur les résultats de l'enquête et, par suite, sur la délibération attaquée. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article R. 161-26 du code rural et de la pêche maritime doit donc être écarté.
6. En deuxième lieu, aux termes l'article L. 161-1 du code rural et de la pêche maritime : " Les chemins ruraux sont les chemins appartenant aux communes, affectés à l'usage du public, qui n'ont pas été classés comme voies communales. Ils font partie du domaine privé de la commune ". Aux termes de son article L. 161-2 : " L'affectation à l'usage du public est présumée, notamment par l'utilisation du chemin rural comme voie de passage ou par des actes réitérés de surveillance ou de voirie de l'autorité municipale. / La destination du chemin peut être définie notamment par l'inscription sur le plan départemental des itinéraires de promenade et de randonnée ". Et aux termes de l'article L. 161-10 de ce même code : " Lorsqu'un chemin rural cesse d'être affecté à l'usage du public, la vente peut être décidée après enquête par le conseil municipal, à moins que les intéressés groupés en association syndicale conformément à l'article L. 161-11 n'aient demandé à se charger de l'entretien dans les deux mois qui suivent l'ouverture de l'enquête () ".
7. Il résulte de ces dispositions que la désaffectation d'un chemin rural résulte, en principe, d'un état de fait, caractérisé notamment par la circonstance qu'il n'est plus utilisé comme voie de passage et qu'il ne fait plus l'objet de la part de l'autorité communale d'actes réitérés de surveillance ou de voirie. Il appartient au juge, qui apprécie souverainement cet état de fait, de tenir compte, pour cette appréciation, de l'éventuelle irrégularité de la situation ayant empêché l'utilisation de ce chemin et des contestations qu'elle a, le cas échéant, suscitées.
8. Il ressort des pièces du dossier que le tronçon du chemin de Malesabeilles Bassan qui fait l'objet de l'aliénation au bénéfice de M. B, recouvert de broussailles, non carrossable et dont le tracé est incertain, permet d'accéder aux habitations avoisinantes, par ailleurs desservies par des voies goudronnées, par l'impasse de Malesabeilles, en partie basse, et par le chemin des Sources, en partie haute. Il ressort des mêmes pièces, et en particulier du rapport du commissaire enquêteur du 14 août 2019 et des observations concordantes recueillies dans le cadre de l'enquête publique, que cette portion de chemin rural, qui n'a au demeurant jamais été inscrite au plan départemental des itinéraires de promenade et de randonnée et qui a dévié par rapport au tracé cadastral d'origine, n'est plus empruntée par le public depuis de plusieurs décennies, en particulier depuis un incendie de forêt survenu en 1982, et ne fait plus l'objet d'actes réitérés de surveillance et de voirie de la part de la commune de Roquevaire. Par suite, elle est tombée en désuétude. A supposer même que cette portion de chemin ait été occasionnellement empruntée par quelques riverains, chasseurs ou promeneurs avertis, il n'est pas établi, contrairement à ce que soutient le requérant, qu'elle aurait fait l'objet, à la date de la délibération attaquée, d'une utilisation régulière de nature à permettre de la regarder comme affectée, en tant que voie de passage, à l'usage du public, au sens des dispositions précitées. Par ailleurs, si M. C soutient que l'accès à la portion du chemin de Malesabeilles Bassan est en réalité entravé par M. B, riverain et bénéficiaire de l'aliénation, les procès-verbaux de constat établis à sa demande par huissier les 25 juin 2020 et 30 août 2021, de même que les photographies relevant la présence d'un grillage et d'un portillon en travers d'un chemin en forêt, ne permettent d'établir, ni que la portion du chemin en litige était toujours affectée à l'usage du public à la date de la délibération attaquée, ni que son utilisation aurait été empêchée à cette date par M. B. Par suite, les moyens tirés de ce que la délibération attaquée est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions précitées des articles L. 161-2 et L. 161-10 du code rural et de la pêche maritime et repose sur une qualification juridique des faits erronée doivent être écartés.
9. A l'appui de sa contestation, M. C fait valoir en troisième lieu l'illégalité de la délibération en cause en tant qu'elle omet les conditions d'accès des services de secours, réserves émises par le commissaire-enquêteur tenant à la mise à la charge du futur acquéreur de la création d'un portail à chaque extrémité du tronçon en cause, accessible aux services d'incendie et de secours. Toutefois, il ressort des termes mêmes de la délibération en litige qu'elle vise " le rapport et les conclusions favorables du commissaire enquêteur qui impliquent que le futur acquéreur devra installer à ses frais, un portail de chaque côté de la partie à acquérir ". Dans ces conditions, et alors en tout état de cause qu'un huissier de justice a constaté le 1er août 2022 la présence de deux portillons cadenassés avec des systèmes d'ouverture " pompiers DFCI " aux extrémités nord-est et sud-ouest du chemin rural jouxtant la propriété de M. B située au 26, chemin des sources à Roquevaire, le moyen soulevé doit être écarté.
10. En dernier lieu, en se bornant à soutenir que l'enquête publique s'est déroulée dans un contexte suspect, au motif qu'une " réunion officieuse " s'est tenue en mairie le 2 juillet 2019 à 18h, en présence de deux élus dont le maire de la commune, et des personnes intéressées par le projet d'aliénation, sans que le commissaire enquêteur en ait dûment été informé, sans démontrer en quoi la tenue d'une telle réunion, organisée afin de répondre aux questionnements juridiques des riverains, a été susceptible de vicier le déroulement de l'enquête publique et d'exercer une influence sur l'avis émis par le commissaire enquêteur, M. C n'établit pas le détournement de procédure allégué. Le moyen doit donc être écarté.
11. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la délibération qu'il conteste.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions du requérant tendant à leur application et dirigées contre la commune de Roquevaire, qui n'est pas partie perdante. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a en tout état de cause pas lieu de faire droit aux conclusions que cette commune présente au titre des frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Roquevaire au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à M. D B et à la commune de Roquevaire.
Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Lopa Dufrénot, présidente,
Mme Niquet, première conseillère,
Mme Ollivaux, première conseillère,
Assistées de M. Giraud, greffier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.
La rapporteure,
signé
A. Niquet
La présidente,
signé
M. Lopa Dufrénot
Le greffier,
signé
P. Giraud
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026