mardi 12 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2203717 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP BOREL & DEL PRETE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 avril 2022, la commune de Gignac-la-Nerthe, représentée par Me Del Prete, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 février 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a fixé le montant du prélèvement visé à l'article L. 302-7 du code de la construction et de l'habitation au titre de l'année 2022 à la somme de 291 604,89 euros, dont 129 530,14 euros de majoration résultant de l'arrêté de carence du 22 décembre 2020 pris par la même autorité au titre de la période triennale 2017/2019 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la fixation du prélèvement par l'arrêté du 28 février 2022 est constitutive d'une sanction, qui aurait dû être motivée ;
- l'arrêté en litige est illégal par voie de conséquence de l'illégalité de l'arrêté du 22 décembre 2020, qui est entaché d'erreurs d'appréciation et de droit ;
- en retenant un taux de majoration de 79,92%, le préfet a entaché l'arrêté en litige d'erreurs de droit et d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 27 octobre 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir, à titre principal, que la requête est irrecevable, en raison de l'absence de production de la délibération du conseil municipal autorisant le maire à ester en justice et, à titre subsidiaire, qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
La clôture de l'instruction a été fixée au 13 juillet 2023.
Vu :
- le jugement n° 2101574 du tribunal administratif de Marseille du 6 avril 2023 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Ollivaux,
- les conclusions de M. Boidé, rapporteur public,
- et les observations de Me Baillargeon pour la commune de Gignac-la-Nerthe.
Considérant ce qui suit :
1. Le préfet des Bouches-du-Rhône a prononcé, par arrêté du 22 décembre 2020, la carence de la commune de Gignac-la-Nerthe, au regard de ses objectifs de production de logements sociaux au titre de la période triennale 2017-2019, telle que définie par l'article L. 302-9-1 du code de la construction et de l'habitation, et a fixé le taux de majoration à appliquer au prélèvement effectué sur ses ressources fiscales à 79,92 %. Par un jugement n° 2101574 du 6 avril 2023, le tribunal administratif de Marseille a rejeté le recours en annulation contre l'arrêté de carence formé par la commune. La commune de Gignac-la-Nerthe demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 28 février 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a fixé le montant du prélèvement visé à l'article L. 302-7 du code de la construction et de l'habitation, au titre de l'année 2022.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 302-7 du code de la construction et de l'habitation, dans sa version applicable au litige : " Il est effectué chaque année un prélèvement sur les ressources fiscales des communes visées à l'article L. 302-5, à l'exception de celles qui bénéficient de la dotation de solidarité urbaine et de cohésion sociale prévue par l'article L. 2334-15 du code général des collectivités territoriales lorsque le nombre des logements sociaux y excède 20 % des résidences principales pour les communes mentionnées au I du même article L. 302-5, ou 15 % pour les communes mentionnées aux premier et dernier alinéas du II dudit article L. 302-5. A compter du 1er janvier 2015, toute commune soumise pour la première fois à l'application des I ou II de l'article L. 302-5 est exonérée de ce prélèvement pendant les trois premières années. / Ce prélèvement est fixé à 25 % du potentiel fiscal par habitant défini à l'article L. 2334-4 du code général des collectivités territoriales multipliés par la différence entre 25 % ou 20 % des résidences principales, selon que les communes relèvent des I ou II de l'article L. 302-5, et le nombre de logements sociaux existant dans la commune l'année précédente, comme il est dit à l'article L. 302-5, sans pouvoir excéder 5 % du montant des dépenses réelles de fonctionnement de la commune constatées dans le compte administratif afférent au pénultième exercice. (). Et aux termes de l'article L. 302-9-1 du code de la construction et de l'habitation, dans sa version alors applicable : " Lorsque, dans les communes soumises aux obligations définies aux I et II de l'article L. 302-5, au terme de la période triennale échue, le nombre de logements locatifs sociaux à réaliser à l'échelle communale en application du I de l'article L. 302-8 n'a pas été atteint ou lorsque la typologie de financement définie au III du même article L. 302-8 n'a pas été respectée, le représentant de l'Etat dans le département informe le maire de la commune de son intention d'engager la procédure de constat de carence. Il lui précise les faits qui motivent l'engagement de la procédure et l'invite à présenter ses observations dans un délai au plus de deux mois. / En tenant compte de l'importance de l'écart entre les objectifs et les réalisations constatées au cours de la période triennale échue, des difficultés rencontrées le cas échéant par la commune et des projets de logements sociaux en cours de réalisation, le représentant de l'Etat dans le département peut, par un arrêté motivé pris après avis du comité régional de l'habitat et de l'hébergement et, le cas échéant, après avis de la commission mentionnée à l'article L. 302-9-1-1, prononcer la carence de la commune. Cet arrêté peut aussi prévoir les secteurs dans lesquels le représentant de l'Etat dans le département est compétent pour délivrer les autorisations d'utilisation et d'occupation du sol pour des catégories de constructions ou d'aménagements à usage de logements listées dans l'arrêté. Par le même arrêté et en fonction des mêmes critères, il fixe, pour une durée maximale de trois ans à compter du 1er janvier de l'année suivant sa signature, la majoration du prélèvement défini à l'article L. 302-7. Le taux de majoration du prélèvement ne peut être inférieur au rapport entre le nombre de logements sociaux non réalisés et l'objectif total de logements mentionné au I de l'article L. 302-8. Le prélèvement majoré ne peut être supérieur à cinq fois le prélèvement mentionné à l'article L. 302-7. Le prélèvement majoré ne peut excéder 5 % du montant des dépenses réelles de fonctionnement de la commune figurant dans le compte administratif établi au titre du pénultième exercice. Ce plafond est porté à 7,5 % pour les communes dont le potentiel fiscal par habitant est supérieur ou égal à 150 % du potentiel fiscal médian par habitant sur l'ensemble des communes soumises au prélèvement défini à l'article L. 302-7 au 1er janvier de l'année précédente. "
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 302-7 du même code, dans sa version applicable du 6 mars 2007 au 20 janvier 2013 : " () Le taux de la majoration est égal au plus au rapport entre le nombre des logements sociaux non réalisés et l'objectif total de logements fixé dans le programme local de l'habitat ou déterminé par application du dernier alinéa de l'article L. 302-8. Le prélèvement majoré ne peut excéder 5 % du montant des dépenses réelles de fonctionnement de la commune figurant dans le compte administratif établi au titre du pénultième exercice ".
4. En premier lieu, la commune soutient que l'arrêté en litige, qui doit être regardé comme infligeant une sanction, est entaché d'une insuffisance de motivation. Toutefois, la procédure de fixation du prélèvement, instituée par les dispositions précitées de l'article L. 302-7 du code de la construction et de l'habitation est indépendante de la procédure de carence, prévue à l'article L. 302-9-1-1 de ce même code, et le prélèvement forfaitaire imposé par l'arrêté en litige ne constitue pas, à la différence de l'arrêté du 22 décembre 2020 prononçant la carence de la commune, une sanction. Par suite, ce moyen doit être écarté comme inopérant.
5. En deuxième lieu, la commune soutient qu'en fixant un taux de majoration de 79,92%, le préfet a entaché l'arrêté en litige d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation. Toutefois, ces moyens, qui visent à contester les modalités de calcul du taux de majoration fixé par l'arrêté de carence du 22 décembre 2020, ne sont pas opérants par voie d'action contre l'arrêté du 28 février 2022.
6. En dernier lieu, l'illégalité d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, ne peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que si cette dernière décision a été prise pour l'application du premier acte ou s'il en constitue la base légale. S'agissant d'un acte réglementaire, une telle exception peut être formée à toute époque, même après l'expiration du délai du recours contentieux contre cet acte. S'agissant d'un acte non réglementaire, l'exception n'est, en revanche, recevable que si l'acte n'est pas devenu définitif à la date à laquelle elle est invoquée, sauf dans le cas où l'acte et la décision ultérieure constituant les éléments d'une même opération complexe, l'illégalité dont l'acte serait entaché peut être invoquée en dépit du caractère définitif de cet acte.
7. D'une part, excipant de l'illégalité de l'arrêté de carence du 22 décembre 2020, en ce que le calcul du taux de majoration qui lui est appliqué est entaché d'erreur de droit, la commune de Gignac-la-Nerthe se fonde sur des dispositions de l'article L. 302-9-1 du code de la construction et de l'habitation qui ne sont plus en vigueur depuis le 20 janvier 2013. En tout état de cause, à supposer applicable l'ancienne version de cette disposition, le taux qui a été retenu est, contrairement à ce qui est soutenu, supérieur au rapport entre le nombre des logements sociaux non réalisés, soit 199 logements, et l'objectif total de logements fixé dans le programme local de l'habitat, fixé à 249, visé par ces anciennes dispositions La branche de l'exception d'illégalité de l'arrêté du 22 décembre 2020 manque en droit et doit donc être écartée.
8. D'autre part, si la commune soutient avoir réalisé 85 logements sociaux et non seulement 50 sur la période triennale envisagée, il ressort notamment des observations sur le respect de ses obligations en matière de logements locatifs sociaux qu'elle a présentées le 6 juillet 2020 lors d'une réunion à la sous-préfecture d'Istres, que sur le total de 180 logements sociaux qu'elle expose avoir réalisés entre le 1er janvier 2016 et le 1er janvier 2019, seuls 50 ont été réalisés pour le bilan 2017-2019 considéré, les autres réalisations ayant été comptabilisés dans le précédent bilan triennal. En outre, il ressort de ces mêmes observations formulées par la commune le 6 juillet 2020 que la livraison des 35 logements complémentaires situés " en entrée de ville " n'était pas acquise au cours de l'exercice triennal considéré en raison d'inondations consécutives à des orages survenus en 2019, et n'avait donc pas à être prise en considération au titre du bilan 2017-2019, mais seulement au titre du bilan triennal suivant. Par suite, la branche du moyen tirée de l'erreur d'appréciation, également soulevé par voie d'exception d'illégalité de l'arrêté de carence, doit être écartée.
9. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par le préfet, la requête de la commune de Gignac-la-Nerthe doit être rejetée.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions de la requérante tendant à leur application et dirigées contre l'Etat, qui n'est pas partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la commune de Gignac-la-Nerthe est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Gignac-la-Nerthe et à la ministre du partenariat avec les territoires et de la décentralisation.
Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.
Délibéré après l'audience du 17 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Lopa Dufrénot, présidente,
Mme Niquet, première conseillère,
Mme Ollivaux, première conseillère,
Assistées de M. Giraud, greffier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 novembre 2024.
La rapporteure,
Signé
J. Ollivaux
La présidente,
Signé
M. Lopa Dufrénot
Le greffier,
Signé
P. Giraud
La République mande et ordonne à la ministre du partenariat avec les territoires et de la décentralisation en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026