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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2203748

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2203748

vendredi 16 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2203748
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSCHWARZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 avril 2022, M. D A, représenté par Me Schwarz, demande au Tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire dans l'attente d'une décision du bureau d'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 24 mars 2022 portant abrogation de son attestation de demande d'asile, rejet de sa demande d'admission au séjour et portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de destination ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ou, en cas de non-admission à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- la décision portant refus de séjour est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juillet 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 8 juin 2022, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, ont été entendus :

- le rapport de Mme C,

- les observations de Me Schwarz, avocate de M. A, présent.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, de nationalité vénézuélienne, né le 20 novembre 1984, a sollicité, le 14 juin 2018, la reconnaissance du statut de réfugié. La demande d'asile, qu'il a présentée le 14 juin 2018, a été rejetée le 28 mars 2019 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), dont la décision a été confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 3 janvier 2022. Le 28 juillet 2021, il a présenté une demande de titre de séjour au titre de la vie privée et familiale. Par un arrêté en date du 24 mars 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande de titre de séjour et a assorti ce refus de séjour d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours suivant la notification de cet arrêté. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 juin 2022. Il n'y a pas lieu, par suite, de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur lequel se fonde également l'arrêté en litige : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

4. Il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il l'a indiqué lors de l'audience à laquelle il s'est présenté avec sa compagne, que M. A, qui déclare être en instance de divorce depuis 2016, réside sur le territoire français depuis le 16 juillet 2018 avec une compatriote, Mme B, laquelle s'est vu accorder le bénéfice de la protection subsidiaire et est titulaire d'une carte de séjour valable jusqu'au 9 avril 2024. M. A justifie par ailleurs d'une insertion professionnelle, ayant suivi depuis son arrivée en France une formation de technicien en fibre optique et travaillant, sous contrat de travail à durée indéterminée conclu le 1er septembre 2021 avec la société Link Télecom comme technicien en télécommunication pour une rémunération brute mensuelle de 1 718 euros. M. A démontre ainsi tant la communauté de vie avec sa compagne titulaire de la protection subsidiaire que son insertion socioprofessionnelle. Dans ces conditions, la décision en litige portant refus de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et de son droit à mener une vie familiale normale.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 24 mars 2022 portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours suivant sa notification.

Sur les frais de l'instance :

6. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Schwarz renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Schwarz de la somme de 1 300 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre M. A, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 24 mars 2022 est annulé.

Article 3 : L'Etat versera à Me Schwarz une somme de 1 300 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Schwarz renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, au préfet des Bouches-du-Rhône et à Me Schwarz.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 2 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Markarian, présidente,

M. Secchi, premier conseiller,

Mme Charpy, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2022.

La présidente,

Signé

G. CL'assesseur le plus ancien,

Signé

L. Secchi

La greffière,

Signé

D. Dan

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

7

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