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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2203785

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2203785

lundi 5 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2203785
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantGONAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 et 16 mai 2022, Mme A B représentée par Me Gonand, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 mars 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai d'un mois et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence algérien comportant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le signataire de l'arrêté est incompétent ;

- le préfet des Bouches-du-Rhône n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur de fait ;

- il méconnait l'article 6 5° de l'accord franco-algérien ;

- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnait l'article 3-1 de la convention internationale relative au droit de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juillet 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 29 août 2022, en présence de Mme Ibram, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Simon, présidente,

- les observations de Me Gonand, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissant algérienne, demande l'annulation de l'arrêté du

31 mars 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande d'admission au séjour présentée sur le fondement de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être reconduite.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien précité : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. Mme B est entrée en France le 17 novembre 2018 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa C valable du 23 janvier 2018 au 22 janvier 2020. Elle démontre, par les nombreuses pièces versées au débat, la continuité de son séjour sur le territoire depuis sa date d'entrée. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que Mme B est mariée depuis le

15 décembre 2018 à un compatriote titulaire d'un certificat de résidence valable jusqu'au

21 août 2023 et que de cette union est née l'enfant Sidra en novembre 2019. Si le préfet des Bouches-du-Rhône fait valoir que son époux pourra solliciter le bénéfice du regroupement familial, il ressort des pièces du dossier que ce dernier a sollicité un tel regroupement qui a fait l'objet d'une décision de rejet confirmée le 18 juin 2020 au motif qu'il ne remplissait pas les conditions de ressources, notamment en raison de l'instabilité de ses revenus, sans qu'il ressorte des pièces du dossier que sa situation professionnelle aurait changé depuis. Dès lors, la requérante démontre avoir concentré l'ensemble de ses intérêts privés et familiaux sur le territoire. Enfin, Mme B justifie de l'obtention d'un diplôme d'infirmière d'Etat, de son inscription à l'ordre des infirmiers ainsi que de la poursuite de ses études en médecine afin de faire valoir les compétences acquises dans son pays d'origine sur le territoire national. Dès lors, la requérante doit être regardée comme étant intégré sur le plan socio-professionnel. Dans ces conditions,

Mme B est fondée à soutenir que le préfet des Bouches-du-Rhône a méconnu les stipulations précitées de l'accord franco-algérien et de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.

4. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de l'arrêté pris par le préfet des Bouches-du-Rhône le 31 mars 2022.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

5. Eu égard au motif qu'il retient, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de délivrer à Mme B un certificat de résidence algérien comportant la mention " vie privée et familiale " et ce, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais d'instance :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 31 mars 2022 pris par le préfet des Bouches-du-Rhône est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de délivrer à Mme B un certificat de résidence algérien valable un an dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Mme B la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Marseille.

Délibéré après l'audience du 29 août 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Simon, présidente,

Mme Fabre, première conseillère,

Mme Simeray, conseillère,

Assistées de Mme Ibram, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 septembre 2022.

La présidente-rapporteure,

signé

F. SIMONL'assesseure la plus ancienne,

signé

E. FABRE

La greffière,

signé

S. IBRAM

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

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