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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2203843

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2203843

mercredi 21 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2203843
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantGOSSA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

E une requête, enregistrée le 28 avril 2022, M. A B, représenté E Me Gossa, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 mars 2022 E lequel la préfète des Alpes-de-Haute-Provence a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans avec inscription au système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre à la préfète des Alpes-de-Haute-Provence de lui délivrer un titre de séjour à raison de son état de santé dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le même délai et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, sans délai.

Il soutient que :

- sa requête, présentée dans le délai de recours contentieux d'un mois, est recevable ;

- l'arrêté contesté est entaché d'incompétence de son auteur ;

- le refus de titre de séjour méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'obligation de quitter le territoire français est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision fixant le pays de destination et l'interdiction de retour sont dépourvues de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français.

E ordonnance du 12 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 17 août 2022.

Un mémoire en défense enregistré le 29 août 2022, présenté E la préfète des Alpes-de-Haute-Provence postérieurement à la clôture d'instruction, n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Hameline, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant géorgien né le 16 décembre 1982, déclare être entré en France le 9 février 2019 et s'y être maintenu continuellement depuis. Sa demande d'asile a été rejetée E une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 19 juillet 2019, puis E la Cour nationale du droit d'asile le 29 novembre 2019. Un arrêté portant obligation de quitter le territoire français a été pris à son encontre E le préfet des Alpes-Maritimes le 17 septembre 2020. M. B a ultérieurement sollicité la délivrance d'un titre de séjour en raison de son état de santé sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. E un arrêté du 25 mars 2022, la préfète des Alpes-de-Haute-Provence a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans avec inscription au système d'information Schengen. M. B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, en vertu d'un arrêté de la préfète des Alpes-de-Haute-Provence du 14 février 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 04-2022-02-14-0002 le même jour et librement accessible tant au juge qu'aux parties, M. D C, signataire de l'arrêté en litige, bénéficiait, en sa qualité de secrétaire général de la préfecture des Alpes-de-Haute-Provence, d'une délégation à l'effet de signer notamment toutes les décisions et tous les actes de procédures prévus en matière de police des étrangers E le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise E l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies E décret en Conseil d'Etat. Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées E le ministre chargé de la santé. Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que E une décision spécialement motivée. () ".

4. Il résulte des dispositions énoncées au point précédent qu'il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade, de vérifier, au vu de l'avis émis E le collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), que cette décision ne peut avoir de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l'étranger est originaire. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans son pays d'origine. Si de telles possibilités existent mais que l'étranger fait valoir qu'il ne peut en bénéficier, soit parce qu'elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment aux coûts du traitement ou à l'absence de modes de prise en charge adaptés, soit parce qu'en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l'empêcheraient d'y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l'ensemble des informations dont elle dispose, d'apprécier si l'intéressé peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine.

5. Il ressort des pièces du dossier que, pour rejeter la demande d'admission au séjour de M. B, la préfète des Alpes-de-Haute-Provence a retenu, en s'appropriant les termes de l'avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 23 mars 2022, que si l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, vers lequel il peut voyager sans risque.

6. Pour contester cette appréciation, M. B produit des comptes-rendus d'hospitalisation, le dernier d'entre eux datant du 6 avril 2022, établis E le service de chirurgie viscérale du centre hospitalier de Digne-les-Bains et faisant état d'antécédents notamment de polyneuropathie diabétique, d'hépatite C, de tuberculose pulmonaire et de plusieurs opérations de chirurgie pulmonaire. Il ressort E ailleurs du compte-rendu du 28 mars 2022 que le passage de M. B E le service de réanimation de cet hôpital a été motivé E les difficultés rencontrées E les services hospitaliers dans la prise en charge du requérant, poly-toxicomane, dont l'hospitalisation en service classique soulevait des problèmes tant pour sa sécurité que pour la responsabilité du personnel soignant. Ces documents, s'ils attestent de l'existence et de la gravité des pathologies dont souffre le requérant, qui ont nécessité plusieurs admissions de l'intéressé en service d'urgence entre août 2021 et avril 2022, ne comportent toutefois aucune appréciation de la disponibilité d'un traitement ou de la possibilité de prise en charge de l'intéressé en Géorgie et ne sont, en tout état de cause, pas de nature à démontrer que, contrairement à l'avis rendu E le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, le traitement approprié de l'affection en cause n'existerait pas dans son pays d'origine. E suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'articles L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. / () ".

8. Il ressort des pièces du dossier que, d'une part, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, M. B ne démontre pas qu'il ne pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié en Géorgie. D'autre part, en se bornant à soutenir qu'en édictant à son encontre une obligation de quitter le territoire français, la préfète des Alpes-de-Haute-Provence a méconnu l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le requérant n'assortit pas son moyen des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé. E suite, les moyens tirés de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français a été édictée à l'encontre de M. B en méconnaissance de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent écartés.

9. En quatrième lieu, il résulte de ce qui précède que la décision de refus de titre de séjour et celle portant obligation de quitter le territoire français ne sont pas entachées d'illégalité. E suite, M. B ne peut exciper de leur illégalité pour demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination ainsi que de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans avec inscription au système d'information Schengen.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris en ses conclusions aux fins d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète des Alpes-de-Haute-Provence.

Délibéré après l'audience du 7 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Hameline, présidente,

- Mme Felmy, première conseillère,

- Mme Gaspard-Truc, première conseillère.

Rendu public E mise à disposition au greffe le 21 septembre 2022.

La présidente-rapporteure,

signé

M-L. HamelineL'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

signé

E. FelmyLa greffière,

signé

B. Marquet

La République mande et ordonne à la préfète des Alpes-de-Haute-Provence en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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