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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2203845

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2203845

mercredi 21 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2203845
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantVINCENSINI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoires, enregistrés respectivement les 29 avril et 15 juin 2022, M. B A, représenté par Me Vincensini, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 décembre 2021 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans le même délai et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le refus de titre de séjour est entaché d'erreur de fait, dès lors qu'il justifie de sa présence en France depuis mars 2018 ;

- il est entaché d'erreur de droit et méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que ses liens personnels sont susceptibles à eux seuls de permettre la délivrance du titre demandé ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- l'obligation de quitter le territoire français est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle dès lors qu'il ne peut prétendre à la nationalité guinéenne.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mai 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 12 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 17 août 2022.

Par une décision du 11 avril 2022, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Marie-Laure Hameline, présidente-rapporteure,

- et les observations de Me Bruggiamosca représentant M. A. .

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, d'origine guinéenne et se déclarant de nationalité libérienne ou sierra-léonaise, né le 1er septembre 1996, déclare être entré en France le 23 janvier 2018 et s'y être maintenu continuellement depuis. Il a formé une demande d'asile qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 21 août 2019, puis par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 4 octobre 2021. Il a sollicité le 1er mars 2021 la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 13 décembre 2021, le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, si M. A soutient être entré en France le 23 janvier 2018, il ne l'établit par aucun élément. S'il justifie d'une présence ponctuelle en France en mars, novembre et décembre 2018 puis d'une présence continue à compter de janvier 2019 en produisant des documents relatifs à sa demande d'asile et au suivi de formations professionnelles ainsi que des bulletins de paie, il ne démontre pas la continuité et l'ancienneté de son séjour durant l'ensemble de la période alléguée. Il n'est, dès lors, pas fondé à soutenir que l'arrêté contesté serait entaché d'erreur de fait sur ce point.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales :

" 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. D'une part, ainsi qu'il a été dit au point 2, M. A ne démontre pas l'ancienneté et la continuité de son séjour sur le territoire français, où selon ses propres déclarations il était présent depuis moins de quatre ans à la date de l'arrêté contesté. D'autre part, si le requérant fait valoir que son père et sa sœur sont décédés et qu'il n'a plus de contact avec sa mère qui résiderait au Libéria, il est célibataire et sans enfant, et ne fait état d'aucune attache familiale en France. Enfin, M. A, qui se prévaut de son insertion professionnelle, justifie avoir été embauché en qualité d'aide ouvrier forestier par l'association d'insertion IE 13 pour un contrat à durée déterminée d'insertion de six mois renouvelé une fois, et présente des attestations portant sur ses efforts d'insertion ainsi qu'une promesse d'embauche pour un contrat d'apprentissage de deux ans en maçonnerie à compter de septembre 2021. Toutefois, ces seules circonstances ne suffisent pas à caractériser le transfert de l'ensemble de ses intérêts privés et professionnels sur le territoire français. Dans ces conditions, eu égard à la brève durée et aux conditions de son séjour en France, le préfet pouvait à bon droit et sans porter au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au buts en vue desquels il a été pris, refuser de l'admettre au séjour. Il n'a donc méconnu ni les stipulations l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et n'a pas davantage entaché sa décision d'erreur de droit sur ce point.

5. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

6. Il ne ressort pas des pièces du dossier, compte tenu notamment des éléments mentionnés au point 4, qu'en ne procédant pas à la régularisation de la situation de M. A à titre humanitaire ou exceptionnel, le préfet des Bouches-du-Rhône aurait méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté ainsi que celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 6 qu'aucun des moyens soulevés par M. A à l'encontre de la décision du préfet des Bouches-du-Rhône rejetant sa demande de titre de séjour n'est fondé. Le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français ne peut, dès lors, qu'être écarté.

8. En second lieu, alors que M. A se borne à faire valoir son insertion sociale et professionnelle, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait, en édictant à l'encontre du requérant une obligation de quitter le territoire français, entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Sur la décision fixant le pays de destination :

9. En premier lieu, l'arrêté contesté du préfet des Bouches-du-Rhône mentionne notamment dans ses motifs que M. A est de nationalité guinéenne et que sa demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA et la Cour nationale du droit d'asile, et il prévoit en son article 3 que l'obligation de quitter le territoire français pourra être exécutée d'office " à destination du pays dont il a la nationalité ou qui lui a délivré un titre de voyage en cours de validité ou encore à destination de tout autre pays dans lequel il établit qu'il est légalement admissible ". Il ne ressort ainsi des termes de l'arrêté ni que le préfet se serait cru en situation de compétence liée en fixant le pays de renvoi, ni que cette décision serait insuffisamment motivée. La circonstance que, ainsi que le fait valoir M. A, la Cour nationale du droit d'asile aestimé dans sa décision du 4 octobre 2021 qu'il devait être regardé comme éligible de plein droit tant à la nationalité sierra-léonaise que libérienne, et non à la nationalité guinéenne, et a en conséquence examiné les risques dont il se prévalait au regard de la situation en Sierra-Leone et au Libéria, n'avait pas à être nécessairement mentionnée par le préfet dans l'arrêté contesté et demeure à cet égard sans influence.

10. En second lieu, si le requérant soutient que les autorités de la République de Guinée refusent de lui accorder la nationalité guinéenne, le seul document qu'il produit à l'appui de cette affirmation, à savoir un refus de délivrance d'extrait d'acte de naissance daté du 7 avril 2022 établi par le vice-maire de la commune urbaine de Guéckedou en Guinée, qui précise que M. A n'est pas inscrit sur le registre d'état civil de cette commune, n'exclut pas par lui-même la possibilité pour M. A de saisir les autorités compétentes en Guinée afin d'obtenir un jugement supplétif établissant un acte de naissance, ni celle de recourir aux voies de droit existantes en vue de se voir reconnaître la nationalité guinéenne. Par ailleurs, M. A n'établit ni même n'allègue avoir entrepris des démarches en vue de faire reconnaître sa nationalité sierra-léonaise ou libérienne, pays d'origine de l'un et l'autre de ses parents selon ses déclarations, ni au demeurant en vue d'une éventuelle reconnaissance de la qualité d'apatride. En tout état de cause, il ressort des termes même de décision fixant le pays de renvoi, qu'elle précise que le requérant pourra être éloigné à destination du pays qui lui a délivré un document de voyage ou encore à destination de tout autre pays dans lequel il établit qu'il est légalement admissible. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination serait entachée d'une erreur de fait entraînant son illégalité.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris en ses conclusions aux fins d'injonction, et ses conclusions présentées au profit de son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 7 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Hameline, présidente,

- Mme Felmy, première conseillère,

- Mme Gaspard-Truc, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 septembre 2022.

La présidente-rapporteure,

signé

M-L. HamelineL'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

signé

E. Felmy

La greffière,

signé

B. Marquet

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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