mercredi 24 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2203948 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème Chambre |
| Avocat requérant | CHEVALLIER-MAUPOU |
Vu la procédure suivante :
Par un déféré, enregistré le 11 mai 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 9 mai 2022 par laquelle le président du centre intercommunal d'action sociale (CIAS) du Pays de Martigues a refusé d'abroger la délibération de son conseil d'administration n° 2013/06/12 du 7 juin 2013 adoptant le règlement intérieur général de l'aménagement et de la réduction du temps de travail.
Il soutient que :
- le calcul du temps de travail effectif annuel des agents du CIAS est erroné ;
- le CIAS a méconnu l'article 6 de loi n° 2004-626 du 30 juin 2004 en s'abstenant de mettre en place la journée de solidarité ;
- il a octroyé des jours de congés et des jours fériés, dits " locaux ", ainsi que des jours dits de fractionnement qui diminuent illégalement le temps de travail devant être effectivement accompli par ses agents ;
- le règlement en litige est dépourvu de base légale depuis le 1er janvier 2022 en application de l'article 47 de la loi n° 2019-828 du 6 août 2019.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juillet 2022, le CIAS du Pays de Martigues, représenté par Me Chevallier-Maupou, conclut au rejet du déféré et à la mise à la charge de l'Etat de la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le préfet des Bouches-du-Rhône ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 26 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 20 octobre 2022 en application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- la loi n° 2004-626 du 30 juin 2004 ;
- la loi n° 2019-828 du 6 août 2019 ;
- le décret n° 85-1250 du 26 novembre 1985 ;
- le décret n° 2000-815 du 25 août 2000 ;
- le décret n° 2001-623 du 12 juillet 2001 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Balussou,
- les conclusions de M. Garron, rapporteur public,
- et les observations de Mme A, représentant le préfet des Bouches-du-Rhône.
Considérant ce qui suit :
1. Par une délibération n° 2013/06/12 du 7 juin 2013, le conseil d'administration du CIAS du Pays de Martigues a adopté un règlement intérieur général de l'aménagement et de la réduction du temps de travail applicable à ses agents. Après envoi d'une lettre-circulaire préfectorale le 13 octobre 2021 sollicitant la transmission des délibérations en vigueur des collectivités portant sur l'organisation du temps de travail, par une lettre du 18 janvier 2022 le préfet des Bouches-du-Rhône a demandé au président du CIAS d'abroger cette délibération. Cette demande a été rejetée par une décision du président du CIAS du 9 mai 2022. Le préfet doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler le refus du président du CIAS du 9 mai 2022 d'abroger tant le règlement intérieur général de l'aménagement et de la réduction du temps de travail que la délibération du 7 juin 2013 en approuvant les dispositions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. L'autorité compétente, saisie d'une demande tendant à l'abrogation d'un règlement illégal, est tenue d'y déférer, soit que ce règlement ait été illégal dès la date de sa signature, soit que l'illégalité résulte de circonstances de droit ou de fait postérieures à cette date.
3. En premier lieu, aux termes de l'article 7-1 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " Les règles relatives à la définition, à la durée et à l'aménagement du temps de travail des agents des collectivités territoriales et des établissements publics mentionnés au premier alinéa de l'article 2 sont fixées par la collectivité ou l'établissement, dans les limites applicables aux agents de l'Etat, en tenant compte de la spécificité des missions exercées par ces collectivités ou établissements () ". Aux termes de l'article 1er du décret du 12 juillet 2001 pris pour l'application de l'article 7-1 de la loi du 26 janvier 1984 et relatif à l'aménagement et à la réduction du temps de travail dans la fonction publique territoriale : " Les règles relatives à la définition, à la durée et à l'aménagement du temps de travail applicables aux agents des collectivités territoriales et des établissements publics en relevant sont déterminées dans les conditions prévues par le décret du 25 août 2000 () ". Aux termes de l'article 1er du décret du 25 août 2000 relatif à l'aménagement et à la réduction du temps de travail dans la fonction publique de l'Etat et dans la magistrature : " La durée du travail effectif est fixée à trente-cinq heures par semaine dans les services et établissements publics administratifs de l'Etat ainsi que dans les établissements publics locaux d'enseignement. / Le décompte du temps de travail est réalisé sur la base d'une durée annuelle de travail effectif de 1 607 heures maximum () / Cette durée annuelle peut être réduite () pour tenir compte des sujétions liées à la nature des missions et à la définition des cycles de travail qui en résultent () ". Aux termes de l'article 2 du même décret : " La durée du travail effectif s'entend comme le temps pendant lequel les agents sont à la disposition de leur employeur et doivent se conformer à ses directives sans pouvoir vaquer librement à des occupations personnelles ". Aux termes de l'article 4 de ce décret : " Le travail est organisé selon des périodes de référence dénommées cycles de travail. Les horaires de travail sont définis à l'intérieur du cycle, qui peut varier entre le cycle hebdomadaire et le cycle annuel de manière que la durée du travail soit conforme sur l'année au décompte prévu à l'article 1er. / () / Les conditions de mise en œuvre de ces cycles et les horaires de travail en résultant sont définies pour chaque service ou établissement () ".
4. Il résulte de ces dispositions que le décompte de la durée du temps de travail dans les collectivités territoriales et leurs établissements publics s'effectue sur une base annuelle et que cette durée est, sauf dans l'hypothèse où les agents sont soumis à des sujétions particulières, fixée à 1607 heures.
5. Le préfet ne conteste pas que la durée journalière du temps de travail des agents du CIAS est fixée à 7 heures 45. Dès lors que, pour accomplir annuellement 1607 heures de travail, les agents doivent exercer leurs fonctions pendant une durée de 207 jours et que cette durée est celle prévue par le règlement en litige, le préfet n'est pas fondé à soutenir que l'établissement aurait procédé à un calcul erroné de la durée du temps de travail.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 3133-7 du code du travail : " La journée de solidarité instituée en vue d'assurer le financement des actions en faveur de l'autonomie des personnes âgées ou handicapées prend la forme : / 1° D'une journée supplémentaire de travail non rémunérée pour les salariés ; () ". Aux termes de l'article 6 de loi du 30 juin 2004 relative à la solidarité pour l'autonomie des personnes âgées et des personnes handicapées : " Pour les fonctionnaires et agents non titulaires relevant de () la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale (), la journée de solidarité mentionnée à l'article L. 3133-7 du code du travail est fixée dans les conditions suivantes : / -dans la fonction publique territoriale, par une délibération de l'organe exécutif de l'assemblée territoriale compétente, après avis du comité technique concerné ; / () / Dans le respect des procédures énoncées aux alinéas précédents, la journée de solidarité peut être accomplie selon les modalités suivantes : / 1° Le travail d'un jour férié précédemment chômé autre que le 1er mai ; / 2° Le travail d'un jour de réduction du temps de travail tel que prévu par les règles en vigueur ; / 3° Toute autre modalité permettant le travail de sept heures précédemment non travaillées, à l'exclusion des jours de congé annuel () ".
7. Dès lors que le règlement en litige dispose que la durée annuelle de travail à effectuer par les agents de l'établissement est de 1607 heures au lieu de 1600 heures qui correspondaient à la durée légale prévue avant la mise en œuvre de la journée de solidarité, le CIAS a implicitement mais nécessairement mis en œuvre ce dispositif et n'a pas, par suite, méconnu les dispositions précitées de l'article 6 de la loi du 30 juin 2004 contrairement à ce que soutient le préfet.
8. En troisième lieu, les dispositions précitées des articles 1er et 4 du décret du 25 août 2000 n'ont ni pour objet, ni pour effet d'interdire que soit fixée une durée hebdomadaire du travail supérieure à 35 heures, dès lors que celle-ci n'excède pas les durées hebdomadaires de travail effectif maximum définies à l'article 3 du même décret et s'accompagne de l'octroi d'un nombre de journées de réduction du temps de travail suffisant pour permettre de respecter la durée annuelle de travail effectif de 1 607 heures.
9. Ainsi qu'il vient d'être dit, la durée annuelle de temps de travail est fixée à 207 jours, pour une durée journalière de 7 heures 45. Par ailleurs, il est constant que le nombre annuel de jours de repos hebdomadaires s'élève à 104, que les jours fériés correspondant à des jours ouvrés chômés sont fixés par convention à 8 par an, que le nombre de jours de congés annuels pour les agents à temps complet est de 25 en application de l'article 1er du décret du 26 novembre 1985 relatif aux congés annuels des fonctionnaires territoriaux et que le règlement en litige prévoit 12 jours de réduction du temps de travail (RTT), soit un total de 356 jours par an. Il ressort des dispositions de ce règlement que le reliquat de jours de l'année a été affecté à deux catégories, à savoir 5 jours de " congés locaux " et 3 " jours fériés locaux ". L'affectation de ces journées, quelle que soit leur dénomination, n'a toutefois pas pour effet, compte-tenu de ce qui précède, de réduire irrégulièrement la durée de temps de travail effectif. Le préfet des Bouches-du-Rhône n'est donc pas fondé à soutenir qu'une illégalité entacherait les dispositions du règlement instituant ces jours de congés et jours fériés locaux.
10. En quatrième lieu, aux termes du dernier alinéa de l'article 1er du décret du 26 novembre 1985 : " Un jour de congé supplémentaire est attribué au fonctionnaire dont le nombre de jours de congé pris en dehors de la période du 1er mai au 31 octobre est de cinq, six ou sept jours ; il est attribué un deuxième jour de congé supplémentaire lorsque ce nombre est au moins égal à huit jours ".
11. Si le préfet des Bouches-du-Rhône soutient que le CIAS a illégalement accordé des jours dit " de fractionnement " en méconnaissance des dispositions précitées de l'article 1er du décret du 26 novembre 1985, l'existence d'un tel avantage ne ressort ni du règlement en litige ni des autres pièces du dossier. Le moyen doit ainsi être écarté.
12. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article 47 de la loi n° 2019-828 du 6 août 2019 de transformation de la fonction publique : " I. - Les collectivités territoriales et les établissements publics mentionnés au premier alinéa de l'article 2 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ayant maintenu un régime de travail mis en place antérieurement à la publication de la loi n° 2001-2 du 3 janvier 2001 relative à la résorption de l'emploi précaire et à la modernisation du recrutement dans la fonction publique ainsi qu'au temps de travail dans la fonction publique territoriale disposent d'un délai d'un an à compter du renouvellement de leurs assemblées délibérantes pour définir, dans les conditions fixées à l'article 7-1 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 précitée, les règles relatives au temps de travail de leurs agents. Ces règles entrent en application au plus tard le 1er janvier suivant leur définition () ".
13. En vue de l'harmonisation de la durée du temps de travail au sein des fonctions publiques, l'article 47 de la loi du 6 août 2019 susvisée de transformation de la fonction publique prévoit que les collectivités territoriales, lorsqu'elles ont maintenu un régime de travail mis en place antérieurement à la publication de la loi du 3 janvier 2001 relative à la résorption de l'emploi précaire et à la modernisation du recrutement dans la fonction publique ainsi qu'au temps de travail dans la fonction publique territoriale, doivent définir les règles relatives au temps de travail de leurs agents dans un délai d'un an à compter du renouvellement de leurs assemblées délibérantes, soit à compter du 18 mai 2020 pour les communes dont le conseil municipal a été élu au complet au premier tour et au 28 juin 2020 pour les autres. L'entrée en application de la loi a été fixée au plus tard à compter du 1er janvier 2022.
14. Pour les motifs exposés aux points précédents, il ne ressort pas des pièces du dossier que les dispositions du règlement adopté par le CIAS le 7 juin 2013 dérogent à la règlementation applicable à l'aménagement et à la réduction du temps de travail à compter du 1er janvier 2022. Par suite, le préfet des Bouches-du-Rhône ne saurait utilement se prévaloir des dispositions précitées de l'article 47 de la loi du 6 août 2019 pour soutenir que le refus d'abroger ce règlement opposé par le président du CIAS le 9 mai 2022 est entaché d'illégalité.
15. Il résulte de tout ce qui précède que le préfet des Bouches-du-Rhône n'est pas fondé à soutenir que la décision de refus d'abrogation du règlement approuvé par délibération du CIAS du Pays de Martigues le 7 juin 2013, qui lui a été opposée par le président du CIAS le 9 mai 2022, méconnaît la règlementation applicable à l'aménagement et à la réduction du temps de travail. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
16. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par le CIAS du Pays de Martigues et non compris dans les dépens.
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D E C I D E :
Article 1er : Le déféré du préfet des Bouches-du-Rhône est rejeté.
Article 2 : L'Etat versera une somme de 1 000 euros au centre intercommunal d'action sociale du Pays de Martigues en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié au préfet des Bouches-du-Rhône et au centre intercommunal d'action sociale du Pays de Martigues.
Copie en sera adressée à la commune de Martigues.
Délibéré après l'audience du 2 mai 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Hameline, présidente,
Mme Gaspard-Truc, première conseillère,
Mme Balussou, première conseillère,
Assistées par Mme Faure, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mai 2023.
La rapporteure,
Signé
E.-M. Balussou
La présidente,
Signé
M.-L. HamelineLa greffière,
Signé
N. Faure
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026