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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2203989

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2203989

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2203989
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantDOUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 mai 2022, M. B C, représenté par Me Doux, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 janvier 2022 par laquelle le président de la délégation spéciale de la commune de Saint-Rémy-de-Provence a fixé la consolidation de son état de santé à la date du 6 juillet 2021 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 20 janvier 2022 par lequel le président de la délégation spéciale de la commune de Saint-Rémy-de-Provence l'a placé en congé de maladie ordinaire à compter du 7 juillet 2021 pour une durée de 209 jours ;

3°) d'annuler l'arrêté du 10 mars 2022 par lequel le maire de Saint-Rémy-de-Provence a prolongé son congé de maladie ordinaire à compter du 1er février 2022 pour une durée de 59 jours à demi-traitement ;

4°) d'annuler la décision du 25 mars 2022 par laquelle le maire a confirmé la fixation de la date de consolidation de son état de santé au 6 juillet 2021 après nouvel avis de la commission de réforme à la suite de son courrier de contestation du 14 janvier 2022 ;

5°) d'annuler la décision implicite de refus opposée par le maire à son recours indemnitaire du 11 mai 2022 ;

6°) de condamner la commune de Saint-Rémy-de-Provence à lui payer la somme de 25 600 euros en réparation des préjudices subis avec intérêt au taux légal à compter du 11 mai " 2021 ", date de la réclamation préalable ;

7°) d'enjoindre à la commune de le placer en congé d'invalidité temporaire imputable au service pour la période du 7 juillet 2021 jusqu'à la date de son admission à la retraite ou du rétablissement de son aptitude au service et de le restituer dans ses droits à compter de la même date ;

8°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Rémy-de-Provence la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne les décisions des 4 janvier 2022 et 25 mars 2022 :

- la décision du 4 janvier 2022 est entachée d'un défaut de motivation ;

- la décision du 25 mars 2022 est signée par un auteur qui n'avait pas la compétence ;

- ces deux décisions sont entachées d'un vice de procédure eu égard à la composition de la commission de réforme ;

- la date de consolidation est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elles méconnaissent l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 ;

En ce qui concerne les décisions des 20 janvier 2022 et 10 mars 2022 :

- il n'est pas possible d'identifier l'auteur de la décision du 20 janvier 2022 ;

- elles méconnaissent le principe de non rétroactivité des actes administratifs ;

- elles méconnaissent l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 ;

En ce qui concerne les conclusions indemnitaires :

- il a subi un préjudice économique et financier, à hauteur de 7 600 euros ;

- il a subi un préjudice moral, à hauteur de 8 000 euros ;

- il a subi des troubles dans ses conditions d'existence, à hauteur de 1 700 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 septembre 2022, la commune de Saint-Rémy-de-Provence, représentée par Me Walgenwitz, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge de M. C la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les conclusions aux fins d'annulation des courriers des 4 janviers 2022 et 25 mars 2022 sont irrecevables dès lors que ceux-ci ne font pas grief ;

- les moyens invoqués par M. C ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 6 novembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée, en application des articles R. 613-1 et R. 613-3 du code de justice administrative, au 7 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;

- l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Le Mestric, première conseillère,

- les conclusions de Mme Pilidjian, rapporteure publique,

- et les observations de Me Doux, représentant M. C et de Me Allala, représentant la commune de Saint-Rémy-de-Provence.

Considérant ce qui suit :

1. Le 14 janvier 2019, M. C, adjoint technique principal de 1ère classe exerçant les fonctions d'agent de maintenance des équipements de la commune de Saint-Rémy-de-Provence, a été victime d'un blocage lombo-sciatique en se baissant pour nettoyer les bavettes de l'autolaveuse qu'il utilisait alors qu'il assurait l'entretien d'un gymnase. Le 23 septembre 2020, cet accident a été reconnu imputable au service par la commune. Le 4 janvier 2022, après réunion de la commission de réforme, l'autorité territoriale lui a indiqué que la date de consolidation de son état de santé était fixée au 6 juillet 2021. Le 14 janvier 2022, le requérant a contesté cette date de consolidation. Le 20 janvier 2022, il a été placé en congé de maladie ordinaire à compter du 7 juillet 2021 pour une durée de 209 jours, et cette période a été prolongée par arrêté du maire du 10 mars 2022 pour une durée de 59 jours à demi-traitement à compter du 1er février 2022. Le 25 mars 2022, l'administration, en réponse au recours gracieux du requérant et après nouvel avis de la commission de réforme, a maintenu la date de consolidation au 6 juillet 2021. Le 12 mai 2022, M. C a formé une réclamation indemnitaire préalable. Par la présente requête, il demande au tribunal l'annulation des décisions du 4 janvier 2022, 20 janvier 2022, 10 mars 2022, 25 mars 2022 ainsi que de la décision implicite de refus opposée à son recours indemnitaire, et demande à la commune de Saint-Rémy-de-Provence de réparer les préjudices qu'il estime avoir subi du fait de l'illégalité de ces actes.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision du 4 janvier 2022 et la décision du 25 mars 2022 sur recours gracieux fixant la date de consolidation de l'état de santé de M. C : :

2. En premier lieu, la décision du 4 janvier 2022 reprend l'avis de la commission de réforme du 23 novembre 2021 dont elle s'approprie la teneur et se réfère explicitement à l'expertise du docteur A du 6 juillet 2021 auquel a participé M. C. Il n'est pas contesté que les conclusions de l'expertise et l'avis de la commission de réforme étaient effectivement joints au courrier contesté. Par suite, la décision est suffisamment motivée.

3. En deuxième lieu, la décision du 25 mars 2022 rejette le recours gracieux de l'intéressé formé le 14 janvier 2022 contre la décision du 4 janvier 2022 fixant la date de consolidation. A ce titre, les moyens critiquant les vices propres dont serait affectée cette seconde décision ne peuvent être utilement invoqués. En tout état de cause, celle-ci a été signée par le premier adjoint au maire de Saint-Rémy-de-Provence qui bénéficiait d'une délégation de signature à cet effet par arrêté du 9 février 2022. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision du 25 mars 2022 doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière : " () Cette commission comprend : 1. Deux praticiens de médecine générale, auxquels est adjoint, s'il y a lieu, pour l'examen des cas relevant de sa compétence, un médecin spécialiste qui participe aux débats mais ne prend pas part aux votes ; 2. Deux représentants de l'administration ; 3. Deux représentants du personnel. ". Aux termes de l'article 17 de cet arrêté : " La commission ne peut délibérer valablement que si au moins quatre de ses membres ayant voix délibérative assistent à la séance. / Deux praticiens, titulaires ou suppléants, doivent obligatoirement être présents. () ".

5. Il ressort des pièces du dossier qu'au cours de sa séance du 23 novembre 2021, la commission de réforme était composée de deux représentants du personnel, d'un représentant de l'administration et de deux médecins généralistes et qu'au cours de la séance du 15 mars 2022, elle était composée de deux représentants du personnel, et de deux médecins généralistes. Le quorum prévu à l'article 17 de cet arrêté étant ainsi atteint lors des deux réunions de la commission, le moyen tiré d'un vice de procédure en raison de l'irrégularité de la composition de la commission de réforme doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 : " I. - Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. Ces définitions ne sont pas applicables au régime de réparation de l'incapacité permanente du fonctionnaire. / Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. La durée du congé est assimilée à une période de service effectif. L'autorité administrative peut, à tout moment, vérifier si l'état de santé du fonctionnaire nécessite son maintien en congé pour invalidité temporaire imputable au service. II.- Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service. / () ".

7. En se bornant à produire une attestation de son médecin traitant du 14 janvier 2022 précisant que sa pathologie évoluait défavorablement et préconisant des examens complémentaires et un avis neurologique, le requérant n'établit pas le caractère direct du lien entre ses troubles de santé postérieurs à la date de consolidation et l'accident du 14 janvier 2019, ne démontre pas que la date de consolidation fixée par les décisions contestées au 6 juillet 2021 serait entachée d'erreur d'appréciation.

8. En cinquième et dernier lieu, M. C ne peut utilement soutenir à l'appui de ses conclusions contre les décisions des 4 janvier et 25 mars 2022, que le maire a commis une erreur de droit en le plaçant en congé de maladie ordinaire à compter du 7 juillet 2021dès lors que les décisions contestées se bornent à fixer une date de consolidation. Par suite, le moyen doit être écarté comme inopérant.

En ce qui concerne les décisions des 20 janvier 2022 et 10 mars 2022 prolongeant le placement en congé de maladie ordinaire de M. C :

9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " () / Toute décision prise par l'une des autorités mentionnées à l'article 1er comporte, outre la signature de son auteur, la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ".

10. Si le nom, prénom et la qualité du signataire de l'arrêté du 20 janvier 2022 ne sont pas mentionnés sous la signature, cet arrêté comporte toutefois en en-tête la mention " délégation spéciale de la commune de Saint-Rémy-de-Provence " et comporte la signature de l'auteur de l'acte, qui est similaire à la signature apposée sur la décision du 4 janvier 2022 précédemment reçue par le requérant sur laquelle était apposée le nom, prénom et qualité du signataire, à savoir M. Bernard Fraudin, président de la délégation spéciale qui bénéficiait d'une délégation de signature du 29 novembre 2021 à l'effet de signer tous les actes concernant le personnel municipal. Il n'en résultait dès lors pour M. C aucune ambigüité quant à l'identité du signataire de cet arrêté et il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté.

11. En deuxième lieu, par arrêté du 20 janvier 2022, M. C a été placé en congé de maladie ordinaire à compter du 7 juillet 2021 et par arrêté du 10 mars 2022 son congé de maladie ordinaire a été prolongé pour 59 jours à compter du 1er février 2022. Les décisions administratives ne pouvant légalement disposer que pour l'avenir, l'administration ne peut, par dérogation à cette règle, prendre des mesures à portée rétroactive que pour assurer la continuité de la carrière d'un agent public ou procéder à la régularisation de sa situation. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que les arrêtés contestés ont eu pour objet de régulariser la situation de l'intéressé en le plaçant dans une position régulière au regard de la date de consolidation fixée après expertise et avis de la commission de réforme. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe de non-rétroactivité des actes administratif doit être écarté.

12. En troisième et dernier lieu, M. C n'est pas fondé à soutenir que le maire aurait dû le maintenir en congé pour invalidité temporaire imputable au service postérieurement à la date de sa consolidation dès lors que, ainsi qu'il a été indiqué au point 7, il n'établit pas le caractère direct du lien entre les troubles du rachis postérieurs à la date de consolidation et l'accident du 14 janvier 2019, et qu'il n'est pas utilement contredit que ceux-ci sont dus à un état antérieur en matière de pathologie du rachis lombaire documenté par plusieurs pièces du dossier. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit de la commune sur ce point doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir invoquée en défense, que les conclusions présentées à fin d'annulation des décisions contestées doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent également être rejetées les conclusions présentées par M. C à fin d'injonction.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

14. Il appartient au juge de plein contentieux non pas d'apprécier la légalité de la décision liant le contentieux mais de se prononcer lui-même sur le droit du requérant à obtenir l'indemnité qu'il réclame. Par suite, M. C n'est en toute hypothèse pas fondé à demander l'annulation de la décision implicite de rejet par la commune de Saint-Rémy-de-Provence de sa demande indemnitaire reçue le 12 mai 2022.

15. Il résulte de l'ensemble de ce qui a été dit aux points 2 à 13 que la commune n'a pas commis d'illégalité fautive en édictant les décisions contestées relatives à la date de consolidation de l'état de santé du requérant et à son placement en congé de maladie ordinaire. Par suite, les conclusions de M. C tendant à ce que la commune soit condamnée à réparer les préjudices qu'il estime en résulter ne peuvent qu'être également rejetées.

Sur les frais d'instance :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la commune de Saint-Rémy-de-Provence qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. C la somme que la commune de Saint-Rémy-de-Provence demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Saint-Rémy-de-Provence au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la commune de Saint-Rémy-de-Provence.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Hameline, présidente,

Mme Le Mestric, première conseillère,

Mme Fabre, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.

La rapporteure,

signé

F. Le Mestric

La présidente,

signé

M-L. Hameline La greffière

signé

B. Marquet

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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