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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2204015

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2204015

mardi 11 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2204015
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantBRACCINI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 et 26 mai 2022, Mme E, représentée par Me Braccini, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 décembre 2021 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et à défaut, de procéder au réexamen de sa demande, de prendre une décision dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, ladite astreinte courant pendant un délai de trois mois après lequel elle pourra être liquidée et une nouvelle astreinte fixée ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne le refus d'admission au séjour :

- la décision est insuffisamment motivée en méconnaissance des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en méconnaissance des dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a également commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle et familiale en méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

- la décision est entachée d'une insuffisance de motivation et révèle un défaut d'examen particulier de sa demande ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juillet 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 8 juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 6 septembre 2022 à 12 heures.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de M. Gonneau, président-rapporteur et les observations de Me Braccini pour Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E, ressortissante comorienne, née en 1993, a sollicité, le 24 octobre 2019, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande par un arrêté du 30 décembre 2021 et a assorti cette décision d'une obligation de quitter le territoire dans le délai de trente jours. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur le refus d'admission au séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté en litige vise les textes dont il fait application, notamment les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par ailleurs, il précise les éléments déterminants de la situation de la requérante qui ont conduit à lui refuser la délivrance d'un titre de séjour, notamment sa situation familiale et la procédure pénale pour tentative d'obtention frauduleuse de document administratif engagée contre elle. L'arrêté comporte ainsi l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement, de manière suffisamment précise, et, par suite le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. " et aux termes de l'article L. 423-8 du même code : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. /Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant. ".

4. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du rapport d'analyse de l'Institut national de la police scientifique du 12 avril 2021, que M. C B, ressortissant français ayant reconnu la fille de Mme A le jour de sa naissance, le 28 décembre 2018, n'est pas le père biologique de cet enfant. Dans ces conditions le préfet des Bouches-du-Rhône a pu légalement refuser de délivrer à la requérante un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français, quand bien même la reconnaissance de l'enfant par M. B n'aurait pas eu de caractère frauduleux ou que M. B contribue à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. " Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. /2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

6. Mme A, née en 1993, arrivée en France au mois de novembre 2017 à l'âge de 24 ans, est titulaire d'un contrat à durée indéterminée en qualité d'agent de service depuis le mois d'octobre 2021 et a donné naissance à ses deux filles en France en 2018 et 2020. Si sa sœur et les pères de ses enfants résident sur le territoire, elle a toutefois été hébergée en centres d'hébergement d'urgence pendant toute la durée de son séjour en France, M. B n'est pas le père de sa première fille et M. D, ressortissant comorien père de sa seconde fille, est en situation irrégulière sur le territoire et ne contribue pas à l'entretien et à l'éducation de sa fille. Alors qu'elle ne démontre aucun insertion socio-professionnelle significative sur le territoire et qu'aucune circonstance particulière ne fait obstacle à ce que la cellule familiale de la requérante, qui est mère célibataire, se reconstitue aux Comores avec ses enfants en bas-âge, les moyens tirés de ce que la décision porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale doivent être écartés.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ".

8. Le moyen tiré de ce que les deux filles de la requérante seraient séparées de leurs pères en violation des dispositions précitées est inopérant dès lors que la décision portant refus d'admission au séjour n'a ni pour objet ni pour effet de séparer les enfants de leurs parents.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

9. Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ". Il résulte des dispositions précitées et de ce qui a été dit au point 2 que le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

10. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation de Mme A n'aurait pas fait l'objet d'un examen particulier de la part de l'administration au regard des éléments dont elle avait connaissance à la date de la décision. Par suite, le moyen tiré de l'absence de cet examen doit être écarté.

11. Les moyens tirés de la méconnaissance du droit au respect de la vie privée et familiale et de l'existence d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la mesure d'éloignement doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 27 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Gonneau, président,

Mme Simeray, première conseillère,

Mme Devictor, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2022.

Le président-rapporteur,

Signé

P-Y. Gonneau

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

C. Simeray

La greffière,

Signé

A. Martinez

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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