mardi 11 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2204029 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | VINCENSINI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 13 mai et le 21 juillet 2022, M. B A, représenté par Me Vincensini, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 11 février 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours ;
2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou " étudiant " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer dans l'attente, dans un délai de 48 heures à compter de la même date, un récépissé de demande de titre de séjour ou une autorisation provisoire de séjour comportant une autorisation de travail au moins dans la limite de 60% de la durée légale ;
3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation en prenant une nouvelle décision dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer dans l'attente et dans un délai de 48 heures à compter de la même date un récépissé de demande de titre de séjour ou une autorisation provisoire de séjour comportant une autorisation de travail, au moins dans la limite de 60% de la durée légale ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous condition que celle-ci renonce à percevoir la contribution de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
En ce qui concerne le refus de renouvellement de titre de séjour :
- la décision est insuffisamment motivée en droit et méconnaît les dispositions des articles L 211-1 et L 211-5 du code des relations entre l'administration ;
- la décision est entachée une erreur manifeste d'appréciation ;
- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences que cette décision emporte sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :
- la décision d'obligation de quitter le territoire est illégale, par voie d'exception de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;
- la décision porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision est également entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours :
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juillet 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens invoqués par M. A n'est fondé.
Par une ordonnance du 8 juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 6 septembre 2022 à 12 heures.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 11 avril 2022.
En application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées de ce que le tribunal est susceptible de substituer d'office les stipulations de l'article 9 de la convention franco-gabonaise du 2 décembre 1992 comme base légale de la décision portant refus de séjour en lieu et place des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Un mémoire en réponse à un moyen d'ordre public a été enregistré le 23 septembre 2022 pour le requérant et a été communiqué au préfet des Bouches-du-Rhône.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-gabonais du 2 décembre 1992 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-467 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Gonneau, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant gabonais, né en 1989, est entré en France le 17 octobre 2011 sous couvert d'un visa de long séjour en qualité d'étudiant. Il a été mis en possession de plusieurs titres de séjour en cette qualité jusqu'au 31 octobre 2021. Le 24 septembre 2021, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 11 février 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône, a refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le refus de renouvellement d'un titre de séjour :
2. En relevant que M. A n'avait pas validé de diplôme depuis l'obtention d'une licence en 2018, qu'il était inscrit en mastère au titre de l'année 2021-2022 et qu'il ne justifiait pas du sérieux et de la réalité des études poursuivies l'arrêté indique de manière suffisamment précise les motifs de fait et de droit pour lesquels le préfet des Bouches-du-Rhône, qui n'était pas tenu de viser les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables, a rejeté la demande de titre de séjour de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté.
3. Aux termes de l'article 9 de la convention franco-gabonaise du 2 décembre 1992 relative à la circulation et au séjour des personnes : " Les ressortissants de chacune des Parties contractantes désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement où s'effectue le stage, ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants. ".
4. Lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.
5. En l'espèce, la décision attaquée, motivée par l'absence de caractère réel et sérieux des études de M. A, trouve son fondement légal dans les stipulations de l'article 9 de la convention franco-gabonaise susvisée, qui peuvent être substituées aux dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que cette substitution de base légale, sur laquelle les parties ont été invitées à présenter des observations, n'a pas pour effet de priver l'intéressé d'une garantie.
6. Il ressort des pièces du dossier qu'après avoir obtenu en 2014, au terme de trois années d'études, un brevet de technicien supérieur d'assistant de manager, M. A s'est inscrit à l'université d'Aix-Marseille afin d'y préparer une licence administration économique et sociale, qu'il n'a obtenu qu'en 2018. Au titre des années scolaires postérieures, il était inscrit dans une formation professionnelle " manager du développement commercial " à l'école des sciences et techniques commerciales à Marseille sans avoir obtenu de titre professionnel à la date de la décision en litige. M. A n'ayant ainsi acquis au cours de ses dix années de présence en France en qualité d'étudiant qu'un diplôme sanctionnant normalement trois années d'études le préfet des Bouches-du-Rhône a pu estimer sans commettre d'erreur d'appréciation que M. A ne justifiait pas du caractère réel et sérieux de ses études, quand bien même celui-ci a connu des problèmes de santé, et compte tenu des reports dus à l'épidémie de Covid-19.
7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
8. M. A, âgé de 32 ans, célibataire et sans charge de famille, ne justifie d'aucune insertion particulière dans la société française, sa résidence régulière pendant plus de dix ans en qualité d'étudiant ne lui donnant aucuns droits à s'établir sur le territoire, et n'établit pas être dépourvu d'attache au Gabon où résident notamment ses parents. Dans ces conditions, la décision attaquée ne peut être regardée ni comme ayant porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise ni comme étant entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
9. Aux termes de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger titulaire d'une assurance maladie qui justifie soit avoir été titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " délivrée sur le fondement des articles L. 422-1, L. 422-2 ou L. 422-6 et avoir obtenu dans un établissement d'enseignement supérieur habilité au plan national un diplôme au moins équivalent au grade de master ou figurant sur une liste fixée par décret, soit avoir été titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " passeport talent-chercheur " délivrée sur le fondement de l'article L. 421-14 et avoir achevé ses travaux de recherche, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " d'une durée d'un an dans les cas suivants : 1° Il entend compléter sa formation par une première expérience professionnelle, sans limitation à un seul emploi ou à un seul employeur ; 2° Il justifie d'un projet de création d'entreprise dans un domaine correspondant à sa formation ou à ses recherches. ".
10. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée M. A ne remplissait pas les conditions de diplôme exigées par les dispositions précitées. Par suite le moyen tiré de ce qu'il serait en droit de prétendre à la délivrance de la carte de séjour portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " doit être écarté.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
11. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour doit être écarté.
12. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, la décision attaquée ne peut être regardée ni comme ayant porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise ni comme étant entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :
13. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. () ".
14. A la date de la décision attaquée, au regard des conditions de séjour en France de M. A et de l'absence de progression dans les études, rappelées aux points 6 et 8, le préfet des Bouches-du-Rhône a pu considérer, sans erreur manifeste d'appréciation, qu'il n'y avait pas lieu d'accorder à l'intéressé un délai de départ volontaire supérieur à trente jours.
15. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Bouches-du-Rhône.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 27 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Gonneau, président,
Mme Simeray, première conseillère,
Mme Devictor, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2022.
Le président-rapporteur,
signé
P-Y. Gonneau
L'assesseure la plus ancienne,
signé
C. Simeray
La greffière,
signé
A. Martinez
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026