jeudi 24 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2204109 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SELARL GRIMALDI & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête n°2204109, enregistrée le 17 mai 2022, Mme C B, représentée par Me Grimaldi, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 janvier 2022 par laquelle le président de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur (PACA) a prononcé sa suspension de fonctions ainsi que la décision de rejet de son recours gracieux du 23 février 2022 ;
2°) d'enjoindre à la région de procéder à sa réintégration juridique pendant la durée de sa suspension de fonctions et de reconstituer sa carrière dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la région la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté en litige est entaché d'une incompétence de l'auteur de l'acte ;
- il est entaché d'erreur de fait et d'erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juin 2022, la région Provence-Alpes-Côte d'Azur conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens invoqués par Mme B ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 7 novembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée, en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative, au 8 décembre 2023.
II. Par une requête n°2302487, enregistrée le 14 mars 2023, Mme C B, représentée par Me Grimaldi, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 novembre 2022 par laquelle le président de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur a prononcé son exclusion temporaire de fonctions pour une durée de trois jours ;
2°) d'enjoindre à la région de procéder à sa réintégration juridique pendant la durée de son exclusion temporaire de fonctions et de reconstituer sa carrière dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la région la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté en litige est entaché d'une incompétence de l'auteur de l'acte ;
- il est entaché d'erreur d'appréciation, l'intéressée n'ayant commis aucune faute.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juin 2023, la région Provence-Alpes-Côte d'Azur conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens invoqués par Mme B ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 20 décembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée, en application des articles R. 613-3 et R. 613-1 du code de justice administrative, au 5 février 2024.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'éducation ;
- le code général de la fonction publique ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Le Mestric, première conseillère,
- les conclusions de Mme Pilidjian, rapporteure publique,
- et les observations de Me Bouakfa représentant Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, adjointe technique territoriale de 1ère classe des établissements public locaux d'enseignement employée par la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, a été affectée au sein du lycée Marseilleveyre à Marseille. A la suite d'un incident survenu le 5 janvier 2022 en conséquence duquel un agent du lycée a été physiquement agressé par un membre de la famille de Mme B, l'intéressée a été suspendue de ses fonctions par arrêté du président du conseil régional du 7 janvier 2022 à titre conservatoire pour une durée maximale de quatre mois. Le 13 janvier 2022, la proviseure du lycée lui a interdit l'accès à l'établissement. Par arrêté du 25 novembre 2022, il lui a été infligée une sanction portant exclusion temporaire de fonctions d'une durée de trois jours. Par les présentes requêtes, Mme B demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 7 janvier 2022 et de la décision rejetant son recours gracieux formé contre celui-ci le 23 février 2022, ainsi que de la sanction disciplinaire du 25 novembre 2022.
Sur la jonction :
2. Les requêtes enregistrées sous les numéros 2204109 et 2302487 ont trait au même litige et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté du 7 janvier 2022 portant suspension à titre conservatoire et la décision de rejet du recours gracieux formé contre celui-ci :
3. En premier lieu, par une délibération n° 2021-1722 du 17 septembre 2021, le président du conseil régional a donné à Mme A, directrice générale des services et signataire de la décision attaquée, une délégation, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs du 29 septembre 2021, à l'effet de signer notamment les actes relevant de l'autorité de nomination, au nombre desquels figure les décisions en matière disciplinaire, à l'exception de certains actes de recrutements. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.
4. En second lieu, aux termes de L. 531-1 du code général de la fonction publique, : " En cas de faute grave commise par un fonctionnaire, qu'il s'agisse d'un manquement à ses obligations professionnelles ou d'une infraction de droit commun, l'auteur de cette faute peut être suspendu par l'autorité ayant pouvoir disciplinaire qui saisit, sans délai, le conseil de discipline. / Le fonctionnaire suspendu conserve son traitement, l'indemnité de résidence, le supplément familial de traitement et les prestations familiales obligatoires. Sa situation doit être définitivement réglée dans le délai de quatre mois. Si, à l'expiration d'un délai de quatre mois, aucune décision n'a été prise par l'autorité ayant le pouvoir disciplinaire, le fonctionnaire qui ne fait pas l'objet de poursuites pénales est rétabli dans ses fonctions. () ".
5. Il ressort des pièces du dossier et notamment du rapport établi le 6 janvier 2022 par la direction du lycée Marseilleveyre qu'en dépit des instructions de sa hiérarchie, Mme B a demandé à deux de ses collègues d'attester être responsables de dégradations sur son véhicule stationné dans le parking du lycée bien que n'ayant aucune preuve de leur culpabilité, suscitant ainsi une altercation dans l'enceinte de l'établissement le 5 janvier 2022 entre 11h et 12 h. Le jour même entre 14h30 et 14h45, après un contact téléphonique de la requérante avec son fils, celui-ci a essayé d'entrer dans le lycée puis, ne pouvant entrer dans les locaux, a attendu les deux collègues de Mme B à la fin de leur service sur un rond-point non loin du lycée, les agressant physiquement pour l'un et verbalement pour le second. Dans ces conditions, les faits imputés à Mme B présentaient à la date de la décision contestée un caractère suffisant de vraisemblance et de gravité pour justifier une mesure de suspension prise dans l'intérêt du service, alors que l'intéressée, qui fait partie de la communauté éducative de l'établissement au sens de l'article L. 214-6-1 du code de l'éducation, a pu être regardée comme ayant adopté un comportement contraire aux missions de services public de l'éducation nationale et a par ailleurs méconnu le principe d'obéissance hiérarchique inhérent à son statut de fonctionnaire. Ainsi, et sans préjudice de la mesure préventive prise par ailleurs par le proviseur du lycée et visant à interdire l'accès de l'intéressée à l'établissement, une mesure de suspension à titre conservatoire a pu légalement être édictée à son égard par le président du conseil régional. La circonstance qu'à l'expiration des effets de cette décision de suspension, à l'issue du délai de quatre mois qu'elle prévoyait, Mme B n'ait pas fait l'objet d'une procédure pénale et le conseil de discipline n'ait pas été saisi ne saurait par elle-même caractériser une erreur d'appréciation de l'autorité territoriale en édictant cette mesure. Par suite, le moyen tiré de ce que les faits ne présentaient pas un degré de gravité de nature à justifier la décision en litige doit être écarté.
6. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision du 7 janvier 2022 portant suspension de fonctions serait illégale ni, par suite, la décision implicite du président du conseil régional rejetant son recours gracieux contre celle-ci.
En ce qui concerne l'arrêté du 25 novembre 2022 portant sanction disciplinaire d'exclusion de fonctions pour une durée de trois jours :
7. En premier lieu, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté, qui a été signé par Mme A directrice générale des services sur délégation du président du conseil régional, doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux précisés au point 3 du présent jugement.
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 533-1 du code général de la fonction publique : " Les sanctions disciplinaires pouvant être infligées aux fonctionnaires sont réparties en quatre groupes : 1° Premier groupe : a) L'avertissement ; b) Le blâme ; c) L'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de trois jours. 2° Deuxième groupe : a) La radiation du tableau d'avancement ; b) L'abaissement d'échelon à l'échelon immédiatement inférieur à celui détenu par le fonctionnaire ; c) L'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de quatre à quinze jours ; d) Le déplacement d'office dans la fonction publique de l'Etat. 3° Troisième groupe : a) La rétrogradation au grade immédiatement inférieur et à l'échelon correspondant à un indice égal ou, à défaut, immédiatement inférieur à celui afférent à l'échelon détenu par le fonctionnaire ; b L'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de seize jours à deux ans. 4° Quatrième groupe : a) La mise à la retraite d'office ; b) La révocation. ".
9. En l'absence de disposition législative contraire, l'autorité investie du pouvoir disciplinaire, à laquelle il incombe d'établir les faits sur le fondement desquels elle inflige une sanction à un agent public, peut apporter la preuve de ces faits devant le juge administratif par tout moyen. Toutefois, tout employeur public est tenu, vis-à-vis de ses agents, à une obligation de loyauté. Il ne saurait, par suite, fonder une sanction disciplinaire à l'encontre de l'un de ses agents sur des pièces ou documents qu'il a obtenus en méconnaissance de cette obligation, sauf si un intérêt public majeur le justifie. Il appartient au juge administratif, saisi d'une sanction disciplinaire prononcée à l'encontre d'un agent public, d'en apprécier la légalité au regard des seuls pièces ou documents que l'autorité investie du pouvoir disciplinaire pouvait ainsi retenir.
10. Pour fonder la sanction d'exclusion temporaire de fonction de trois jours, le président du conseil régional a retenu que la requérante avait désobéi à l'ordre de ses supérieurs hiérarchiques en demandant à deux de ses collègues affectés à l'atelier de maintenance d'attester avoir dégradé son véhicule, étant à l'initiative d'une vive altercation dans l'enceinte du lycée. Il a également retenu les propos non conformes aux attendus d'un agent participant aux missions éducatives tenus par l'intéressée lors de l'échange avec ses deux collègues, et relevé les conséquences de cette altercation dès lors qu'à la suite d'une conversation téléphonique de Mme B avec un de ses proches, l'un des deux agents a été physiquement agressé par un membre de la famille de Mme B à la fin de son service, le tout caractérisant des manquements de la requérante à ses obligations professionnelles prévues par le code général de la fonction publique.
11. La requérante conteste la matérialité des faits au motif qu'elle n'a pris part à aucun incident et qu'elle ne pouvait être tenue pour responsable de l'agression de ses collègues par son fils. Toutefois, lors de son entretien avec sa hiérarchie du 6 avril 2022, l'intéressée a elle-même fait valoir qu'après avoir téléphoné à son fils pour lui relater les vifs propos échangés avec ses collègues, elle aurait prévenu l'accueil de l'établissement d'une possible venue de ce dernier afin de prévenir son éventuelle entrée dans le lycée. Il ressort des comptes-rendus d'entretiens concordants des agents témoins des faits du 5 janvier 2022 que l'intéressée a été à l'origine d'une vive altercation avec deux de ses collègues entre 11 heures et 12 heures dans les locaux de l'établissement après les avoir accusés d'avoir dégradé son véhicule alors que ce fait n'était pas établi, et leur avoir demandé de signer une attestation en vue de solliciter une prise en charge du dommage par l'assureur de la région. Dans ces conditions, Mme B a ainsi manqué aux obligations de dignité et d'obéissance s'imposant à tout fonctionnaire, sa hiérarchie lui ayant préalablement demandé de ne pas solliciter ses collègues. En outre, si les faits délictueux commis par son fils ne peuvent être directement imputés à Mme B en l'absence d'éléments précis sur les propos tenus par cette dernière lors de leur échange téléphonique, son comportement n'est pas compatible avec celui attendu d'un agent participant aux missions éducatives de l'éducation nationale ainsi que le précise l'article L. 214-6-1 du code de l'éducation. Par suite, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que le président du conseil régional a prononcé à son encontre une sanction d'exclusion temporaire de fonctions d'une durée de trois jours.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions contestées du président du conseil régional de Provence-Alpes-Côte d'Azur doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions présentées par Mme B aux fins d'injonction et d'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.
D EC I D E :
Article 1er : Les requêtes n° 2204109 et 2302487 de Mme B sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et à la région Provence-Alpes-Côte d'Azur.
Délibéré après l'audience du 10 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Hameline, présidente,
Mme Le Mestric, première conseillère,
Mme Fabre, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.
La rapporteure,
signé
F. Le Mestric
La présidente,
signé
Mme Hameline La greffière
signé
B. Marquet
La République mande et ordonne au préfet de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026