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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2204127

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2204127

mardi 4 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2204127
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème Chambre
Avocat requérantCHEMMAM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 mai 2022, M. D B, représenté par Me Chemmam, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 mars 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " " sur le fondement de l'article L. 423-7 du [code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile], soit en sa qualité de parent d'enfant français " ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. A (sic) de la somme de 2 000 euros au titre de l'article " L. 76-1 " du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de l'arrêté attaqué ;

- l'arrêté litigieux méconnaît les stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- l'arrêté attaqué a été pris en violation de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 juin 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 9 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 août 2022 à 12h00.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Jorda-Lecroq, présidente-rapporteure.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né en 1957, a sollicité le 6 août 2021 son admission au séjour au titre de la vie privée et familiale. Par un arrêté du 3 mars 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la légalité externe :

2. Par un arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 31 août 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 13-2021-247 du 1er septembre 2021, M. C, signataire de l'arrêté en litige, bénéficiait, en sa qualité de chef du bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile de la préfecture des Bouches-du-Rhône, d'une délégation à l'effet de signer notamment les refus de séjour, les obligations de quitter le territoire, les décisions relatives au délai de départ volontaire et les décisions fixant le pays de destination. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

Sur la légalité interne :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5. Au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B, entré en France le 24 février 2020, quelques semaines avant la fermeture des frontières décidée dans le contexte de la crise sanitaire liée à la pandémie de covid-19, sous couvert d'un passeport valide dix ans jusqu'au 18 décembre 2024 revêtu d'un visa C de 90 jours à entrées multiples valable deux ans jusqu'au 30 avril 2020 délivré par le consulat général de France à Annaba, y réside habituellement depuis lors. Il ne peut donc se prévaloir au mieux d'une ancienneté de séjour sur le territoire français que de deux ans à la date de l'arrêté attaqué, alors qu'il a vécu en Algérie jusqu'à l'âge de 63 ans. Par ailleurs, le requérant fait valoir qu'étant désormais retraité, il a décidé de s'installer en France auprès de son fils, né le 31 août 1995, et de la mère de celui-ci, tous deux titulaires d'un certificat de résidence de dix ans, et aux côtés desquels il vit. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. B, qui n'établit ni même n'allègue avoir renoué une relation de couple avec la mère de son fils dont il est divorcé depuis plus de vingt-cinq ans, a vécu pendant de nombreuses années séparé tant de celle-ci, mariée en secondes noces en 1997, désormais veuve, et venue s'établir en France en 2008, que de leur enfant, majeur depuis 2013 et ayant rejoint sa mère en 2015. Dès lors, si le requérant, qui est retraité depuis le 1er août 2014, statut qu'il détenait depuis près de cinq ans et demi à la date de sa dernière entrée en France, allègue, au demeurant sans l'établir, être désormais isolé en Algérie, une telle situation d'isolement, à la supposer établie, n'est en tout état de cause pas nouvelle. Enfin, si l'intéressé, qui justifie avoir antérieurement effectué de courts séjours sur le territoire français sous couvert de précédents visas C, expose être lassé des allers-retours " incessants " entre l'Algérie et la France, il ne fait état d'aucun obstacle à la poursuite de tels séjours réguliers voire, s'il en remplit les conditions, à son admission au séjour plus durable sur le territoire français à un autre titre, notamment par l'obtention d'un certificat de résidence d'un an renouvelable portant la mention " visiteur " tel qu'il est prévu par l'article 7 a) de l'accord franco-algérien au bénéfice des ressortissants algériens justifiant de moyens d'existence suffisants. Dans ces conditions, l'arrêté litigieux n'a pas porté au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris et n'a donc méconnu ni les stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, seules invoquées, ni, en tout état de cause, celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, à le supposer soulevé, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux différents titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers en général et aux conditions de leur délivrance s'appliquent, ainsi que le rappelle l'article L. 110-1 du même code, " sous réserve des conventions internationales ". En ce qui concerne les ressortissants algériens, les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles ils peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s'installer en France. Aux termes de l'article 6 de cet accord : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 4. Au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins. Lorsque la qualité d'ascendant direct d'un enfant français résulte d'une reconnaissance de l'enfant postérieure à la naissance, le certificat de résidence d'un an n'est délivré au ressortissant algérien que s'il subvient à ses besoins depuis sa naissance ou depuis au moins un an () ".

6. Alors qu'il résulte à l'évidence d'une erreur de plume, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, inapplicables aux ressortissants algériens, doit être écarté comme inopérant. En tout état de cause, à supposer même que M. B ait entendu soulever le moyen tiré de la violation des stipulations précitées du 2) de l'article 6 de l'accord franco-algérien, un tel moyen doit également être écarté comme inopérant dès lors qu'il est constant que son fils, au demeurant majeur, n'est pas de nationalité française.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence et, en tout état de cause, compte tenu de leur libellé qui résulte à l'évidence d'erreurs de plume en ce qu'elles sont présentées pour le compte d'un dénommé M. E A, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Chemmam.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2022 à laquelle siégeaient :

Mme Jorda-Lecroq, présidente-rapporteure,

Mme Gaspard-Truc, première conseillère,

Mme Balussou, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2022.

La présidente-rapporteure,

Signé

K. Jorda-LecroqL'assesseure la plus ancienne,

Signé

F. Gaspard-Truc

La greffière,

Signé

N. Faure

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière.

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