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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2204175

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2204175

mardi 4 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2204175
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème Chambre
Avocat requérantKOUEVI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 mai 2022, M. A C, représenté par Me Kouevi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 mars 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de le convoquer afin de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans l'attente de la délivrance d'un titre de séjour, dès la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, qui s'engage dans ce cas à renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande d'admission au séjour en estimant qu'il ne justifie pas l'ancienneté et la stabilité des liens personnels et familiaux dont il pourrait se prévaloir au sens des stipulations de l'article 6-5) de l'accord-franco-algérien, relevant que son épouse pourra présenter une demande de regroupement familial ; s'il ne peut être contesté que le bénéfice du regroupement familial ne peut être accordé qu'aux personnes résidant à l'étranger, à la date du dépôt de sa demande d'admission au séjour, le 2 novembre 2021, les liaisons aériennes entre l'Algérie et la France avaient été suspendues jusqu'à nouvel ordre et les rares dessertes depuis Alger et Oran vers Paris qui ont eu lieu quelques mois plus tard concernaient les ressortissants français et européens, les citoyens algériens détenteurs de certificats de résidence et les conjoints d'Algériens détenteurs de visa C ; dans ces conditions, il sera admis qu'il ne peut retourner dans son pays d'origine pour bénéficier d'un titre de séjour au titre du regroupement familial ; en outre, rien ne peut garantir son retour en France dans un délai raisonnable alors qu'il est gérant d'une micro-entreprise inscrite au registre du commerce et des sociétés de Marseille ayant pour activités " la livraison de repas à vélo et petit colis " ; en conséquence, alors qu'il ne pourra lui être reproché un détournement de la procédure du regroupement familial, l'administration n'était pas en situation de compétence liée et il était possible au préfet, compte tenu de sa situation particulière, d'autoriser un regroupement familial sur place dès lors que son épouse en remplit les conditions de ressources et de logement ;

- contrairement à ce qu'a estimé le préfet des Bouches-du-Rhône, les arguments précités constituent un motif exceptionnel qui aurait pu conduire l'administration à lui délivrer un titre de séjour au titre du regroupement familial sur place ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 juin 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 6-5) de l'accord franco-algérien est inopérant ;

- les autres moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 9 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 août 2022 à 12h00.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Jorda-Lecroq, présidente-rapporteure.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien né le 1er août 1980, a sollicité son admission au séjour le 2 novembre 2021 au titre de la vie privée et familiale. Par un arrêté du 3 mars 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Aux termes de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : / 1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. C a épousé, le 24 avril 2021 à Marseille, Mme B, titulaire d'une carte de résident valide jusqu'au 17 août 2024. Dans ces conditions, le requérant, qui entre dans les catégories qui ouvrent droit au regroupement familial, ne peut utilement se prévaloir des stipulations précitées du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Dès lors, à le supposer soulevé, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté comme inopérant.

4. En deuxième lieu, il est constant que le préfet des Bouches-du-Rhône a été saisi d'une demande d'admission au séjour au titre de la vie privée et familiale présentée par M. C et non pas d'une demande de regroupement familial " sur place " qu'aurait déposée l'épouse de l'intéressé. Par suite, alors même que son épouse remplirait les conditions de ressources et de logement auxquelles est subordonné l'octroi du regroupement familial et qu'il aurait été dans l'impossibilité de regagner l'Algérie à la date de sa demande d'admission au séjour du fait de la suspension des liaisons aériennes avec la France, l'argumentation du requérant tirée de ce que le préfet des Bouches-du-Rhône aurait dû lui délivrer un certificat de résidence à ce titre est, en tout état de cause, inopérante au soutien de ses conclusions à fin d'annulation de l'arrêté attaqué.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. M. C déclare être entré en France le 2 juillet 2017 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa C de 90 jours à entrées multiples valide du 11 avril 2017 au 10 avril 2018 délivré par le consulat général de France à Alger et s'y être continûment maintenu depuis lors. Toutefois, d'une part, bien que non contestée en défense, la date de dernière entrée alléguée en France, le 12 juillet 2017, qui n'apparaît au demeurant pas sur la copie partielle du passeport produite au dossier, est contredite par deux cachets postérieurs apposés sur ce titre de voyage aux dates des 5 août 2017 et 23 janvier 2018 et le récépissé de demande de titre de séjour délivré le 27 janvier 2022 indique une entrée en France le 29 juillet 2018, et, d'autre part, les pièces du dossier n'établissent pas même le caractère habituel du séjour de l'intéressé sur le territoire français tout au long de la période en cause, notamment avant l'année 2021. Par ailleurs, si M. C se prévaut de son mariage avec une ressortissante étrangère, titulaire d'une carte de résident valide jusqu'au 17 août 2024, cette union n'a été célébrée que le 24 avril 2021, soit moins d'un an avant l'édiction de l'arrêté attaqué, et il n'est pas justifié de l'ancienneté de la relation et d'une vie commune antérieure, le couple n'ayant pas d'enfant. En outre, alors qu'il ne revendique la présence en France d'aucune autre attache familiale à l'exception de son épouse, il est constant que M. C n'est pas dépourvu de telles attaches en Algérie où réside à tout le moins sa mère et où il a vécu jusqu'à l'âge d'au moins 36 ans. Enfin, en se bornant à produire divers documents attestant de la création d'une activité, entamée le 16 mars 2022, au demeurant postérieurement à l'arrêté attaqué, de " livraison de repas à vélo et petit colis ", le requérant, qui n'établit ni même n'allègue avoir exercé une activité professionnelle antérieure, ne justifie pas d'une insertion socio-économique notable. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué n'a pas porté au droit de M. C au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. En quatrième lieu, compte tenu de ce qui a été exposé aux points précédents, en estimant que M. C ne fait valoir aucun motif exceptionnel ni considérations humanitaires qui justifieraient l'application de son pouvoir général de régularisation, le préfet des Bouches-du-Rhône n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Kouevi.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2022 à laquelle siégeaient :

Mme Jorda-Lecroq, présidente-rapporteure,

Mme Gaspard-Truc, première conseillère,

Mme Balussou, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2022.

La présidente-rapporteure,

Signé

K. Jorda-LecroqL'assesseure la plus ancienne,

Signé

F. Gaspard-Truc

La greffière,

Signé

N. Faure

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière.

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