mardi 4 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2204176 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème Chambre |
| Avocat requérant | CARMIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 mai 2022, M. C N'Gakoutou B, représenté par Me Carmier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 3 décembre 2021 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, la somme de 1 500 euros à verser à son conseil qui s'engage, dans ce cas, à renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
S'agissant de l'arrêté dans son ensemble :
- il n'est pas justifié de la compétence de sa signataire ;
- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
S'agissant de la décision portant refus de séjour :
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de séjour qui la fonde ;
- elle a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 juin 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 9 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 août 2022 à 12h00.
M. N'Gakoutou B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 février 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Jorda-Lecroq, présidente-rapporteure,
- et les observations de Me Carmier, représentant le requérant, présent, ainsi que celles du requérant et de sa sœur, Mme A N'Gakoutou B.
Considérant ce qui suit :
1. M. N'Gakoutou B, ressortissant centrafricain né le 22 mars 1995, a sollicité le 1er décembre 2020 son admission au séjour au titre de la vie privée et familiale. Par un arrêté du 3 décembre 2021, le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 21-12 du code civil, dans sa rédaction actuelle, en vigueur depuis le 16 mars 2016 : " L'enfant qui a fait l'objet d'une adoption simple par une personne de nationalité française peut, jusqu'à sa majorité, déclarer, dans les conditions prévues aux articles 26 et suivants, qu'il réclame la qualité de Français, pourvu qu'à l'époque de sa déclaration il réside en France. / Toutefois, l'obligation de résidence est supprimée lorsque l'enfant a été adopté par une personne de nationalité française n'ayant pas sa résidence habituelle en France. / Peut, dans les mêmes conditions, réclamer la nationalité française : 1° L'enfant qui, depuis au moins trois années, est recueilli sur décision de justice et élevé par une personne de nationalité française ou est confié au service de l'aide sociale à l'enfance ; 2° L'enfant recueilli en France et élevé dans des conditions lui ayant permis de recevoir, pendant cinq années au moins une formation française, soit par un organisme public, soit par un organisme privé présentant les caractères déterminés par un décret en Conseil d'Etat ". Toutefois, dans sa rédaction antérieure, du 27 novembre 2003 au 15 mars 2016, seule utilement invocable en l'espèce dès lors que le requérant, né le 22 mars 1995, a atteint l'âge de la majorité le 22 mars 2013, le 1° du troisième alinéa de cet article visait : " L'enfant qui, depuis au moins cinq années, est recueilli en France et élevé par une personne de nationalité française ou qui, depuis au moins trois années, est confié au service de l'aide sociale à l'enfance ".
3. M. N'Gakoutou B, né à Paris, déclare être entré en France en août 2009, à l'âge de 14 ans, et s'y être continûment maintenu depuis lors. Si le requérant ne justifie ni de la date exacte ni des conditions de son arrivée en France, les pièces du dossier, qui attestent notamment de la scolarité qu'il a suivie sur le territoire national à partir de septembre 2009 en classe de 5ème jusqu'à l'obtention du baccalauréat professionnel spécialité " microtechniques " en juin 2016, de son hébergement et de sa prise en charge financière à compter de mars 2017 par l'une de ses sœurs, et de son implication active depuis le 25 février 2019 au sein d'une association sportive en qualité de joueur d'un club de football américain, situé à Marseille, dans l'effectif " Elite " évoluant en première division nationale et de coach bénévole, établissent sa résidence habituelle tout au long de la période alléguée, soit depuis plus de douze ans à la date de l'arrêté attaqué.
4. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier qu'à la suite du décès de sa mère survenu le 3 décembre 2007 à Lomé au Togo et à la demande de son père, ancien président de la République centrafricaine du 22 octobre 1993 au 15 mars 2003, date à laquelle celui-ci avait été renversé par un coup d'Etat l'ayant contraint à l'exil avec sa famille, M. N'Gakoutou B a été placé, avec son autre sœur, sous la tutelle de deux ressortissants français résidant dans le Rhône par un jugement du 9 octobre 2009 du tribunal de grande instance de Bangui. A cet égard, le requérant soutient qu'il aurait pu être déclaré français, à sa majorité, sur le fondement de l'article 21-12 du code civil en ce qu'il a été recueilli pendant trois ans par des ressortissants français, mais qu'il n'avait pas connaissance de cette possibilité. Si M. N'Gakoutou B, arrivé en France à l'âge de 14 ans, soit moins de cinq ans avant son dix-huitième anniversaire, n'aurait donc pu prétendre, au plus tard à sa majorité, à l'acquisition de la nationalité française par déclaration sur le fondement du 1°, alors applicable, du troisième alinéa de cet article, qui prévoyait une durée minimale de cinq années, ni ne remplissait la condition alternative posée au 2° de ce même alinéa, il est constant qu'il a été recueilli en France et élevé dans des conditions lui ayant permis de recevoir, pendant six années, dont plus de trois après sa majorité, une formation française par un organisme public dès lors qu'il a été placé sous la tutelle de ressortissants français et scolarisé de septembre 2009 à juin 2016 dans des établissements scolaires relevant de l'académie de Lyon. En outre, si le requérant, célibataire et sans enfant, dont le père est décédé à Douala au Cameroun le 5 avril 2011, n'établit pas être dépourvu d'attaches hors de France, notamment dans son pays d'origine, ses principales attaches familiales se trouvent depuis de nombreuses années sur le territoire national, à savoir ses deux sœurs aînées, N'Goumba, chez laquelle il est hébergé et dont il dépend financièrement, qui a obtenu le statut de réfugiée par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 27 août 2009 et est actuellement titulaire d'une carte de résident valide jusqu'au 8 avril 2031, et Providence, de nationalité française.
5. Dans ces conditions et dans les circonstances très particulières de l'espèce, eu égard, notamment, à l'ancienneté de la résidence habituelle de l'intéressé en France, où il a effectué toute sa scolarité à partir de la classe de 5ème ainsi que cela a été exposé au point 3, et alors même qu'il ne justifie pas d'une insertion économique notable bien qu'il produise une promesse d'embauche, au demeurant postérieure à l'arrêté attaqué, pour un emploi de barman sous contrat de travail à durée déterminée à caractère saisonnier pour une durée de six mois du 1er mai au 31 octobre 2022, celui-ci est fondé à soutenir que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, les conclusions à fin d'annulation présentées par M. N'Gakoutou B doivent être accueillies.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".
7. Eu égard au motif qui la fonde, l'annulation par le présent jugement de l'arrêté attaqué implique nécessairement, sous réserve de l'absence de changement dans les circonstances de droit ou de fait, que le préfet des Bouches-du-Rhône délivre à M. N'Gakoutou B une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de procéder à cette délivrance dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. L'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français implique également nécessairement que, par application des dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, M. N'Gakoutou B soit, dans cette attente, muni d'une autorisation provisoire de séjour.
Sur les frais liés au litige :
8. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante dans la présente instance, une somme de 1 200 euros à verser à Me Carmier, conseil de M. N'Gakoutou B, admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 3 décembre 2021 du préfet des Bouches-du-Rhône est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône, sous réserve de l'absence de changement dans les circonstances de droit ou de fait, de délivrer à M. N'Gakoutou B une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement ainsi que, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : L'Etat versera, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, une somme de 1 200 euros à Me Carmier, conseil de M. N'Gakoutou B, admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, sous réserve du respect des prescriptions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C N'Gakoutou B et au préfet des Bouches-du-Rhône.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Marseille et à Me Carmier.
Délibéré après l'audience du 20 septembre 2022 à laquelle siégeaient :
Mme Jorda-Lecroq, présidente-rapporteure,
Mme Gaspard-Truc, première conseillère,
Mme Balussou, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2022.
La présidente-rapporteure,
Signé
K. Jorda-LecroqL'assesseure la plus ancienne,
Signé
F. Gaspard-Truc
La greffière,
Signé
N. Faure
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026