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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2204263

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2204263

jeudi 20 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2204263
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantJUAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 23 mai 2022, le 31 janvier 2023, le 12 novembre 2023 et le 10 décembre 2023, M. A C, représenté par Me Tort, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 décembre 2021 par lequel le maire de la commune de Mallemort a retiré sa délégation de fonction ;

2°) de condamner la commune de Mallemort à une somme de 5 804 euros en réparation des préjudices financier et moral causés par son éviction et les accusations dont il a été l'objet ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Mallemort une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- le principe du contradictoire a été méconnu ;

- la décision en litige est entachée d'un détournement de procédure ;

- le motif de retrait de sa délégation de fonction est étranger à la bonne marche de l'administration communale ;

- il est légitime à demander réparation des préjudices financier et moral subis.

Par des mémoires, enregistrés le 4 octobre 2022 et le 6 novembre 2023, la commune de Mallemort, représentée par Me Juan, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de M. C une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens invoqués par M. C ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 15 mai 2024, la clôture de l'instruction a été fixée, en application des articles R.613-1 et R. 613-3 du code de justice administrative, au 3 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Le Mestric, rapporteure,

- les conclusions de Mme Pilidjian, rapporteure publique,

- et les observations de Me Tort, représentant M. C et de Me Juan, représentant la commune de Mallemort.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, élu au conseil municipal de Mallemort depuis 2014 et 3ème adjoint au maire de la commune, demande au tribunal l'annulation de la décision du 2 décembre 2021 par laquelle Mme B, maire de la commune, a retiré sa délégation de fonction et de mission relatives au pôle association, sports, animation, festivités et culture, ainsi que la condamnation de la commune à lui verser une somme de 5 804 euros en réparation du préjudices financier et moral causé par son éviction et les accusations dont il a été l'objet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints et à des membres du conseil municipal ". Aux termes de l'article L. 2122-20 du même code : " Les délégations données par le maire en application des articles L. 2122-18 et L. 2122-19 subsistent tant qu'elles ne sont pas rapportées ".

3. En premier lieu, la décision par laquelle le maire rapporte la délégation consentie à un adjoint sur le fondement des dispositions précitées n'a pas le caractère d'une sanction et abroge une décision à caractère réglementaire qui a pour objet la répartition des compétences entre les différentes autorités municipales. Par conséquent, l'arrêté attaqué n'entre dans aucune des catégories de décisions relevant des articles L.121-1 et L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Dès lors, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et de l'absence de délai de prévenance ou de procédure contradictoire préalable qui entacheraient la décision attaquée doivent être écartés comme inopérants.

4. En second lieu, il résulte des dispositions précitées du code général des collectivités territoriales que le maire peut, à tout moment, mettre fin aux délégations qu'il a accordées, sous réserve que sa décision ne soit pas inspirée par des motifs étrangers à la bonne marche de l'administration communale.

5. En l'espèce il ressort des pièces du dossier qu'une rupture dans les relations entre la maire de Mallemort et son adjoint est survenue au cours de l'année 2021 et trouve son origine dans les élections départementales qui se sont déroulées les 20 et 27 juin 2021. Il est constant que, lors de ces élections, la maire s'est présentée sur une liste " divers centre " tandis que M. C s'est présenté en tant que suppléant sur une liste " divers gauche ". Il n'est pas contesté que M. C n'a pas informé la maire de Mallemort de son inscription sur une liste concurrente. Cette dernière a indiqué lors du conseil municipal du 15 décembre 2021 avoir pris cette attitude " comme un coup de poignard " induisant une rupture de confiance à la fois personnelle et idéologique. A cet égard, elle explique que le dialogue s'est progressivement tari entre eux entre juin et décembre 2021 et que des incompréhensions mutuelles de nature à rompre le lien de confiance et de solidarité nécessaire entre le maire et l'un de ses adjoints sont apparues, ce que M. C ne conteste pas utilement en dépit de la production d'un nombre de pièces important et alors que son efficacité dans l'exercice des fonctions déléguées n'est par ailleurs pas mise en cause. Le compte-rendu des débats du conseil municipal qui s'est tenu le 15 décembre 2021, soit six mois après la tenue des élections départementales, révèle au regard des termes employés par les deux parties des tensions relationnelles et politiques avérées, M. C reprochant explicitement à la maire son changement de positionnement politique entre ses mandats communaux et départementaux et cette dernière utilisant les termes de " confiance fracturée " à son égard. Dans ces conditions, quand bien même le motif du différend trouve son origine dans une élection de niveau départemental, il ressort des pièces du dossier que les tensions personnelles et politiques entre Mme B et M. C font nécessairement obstacle à leur collaboration et sont de nature à nuire à la bonne marche de l'administration communale. Enfin, M. C n'établit pas que le véritable motif du retrait de la délégation litigieuse serait une manœuvre politique visant en réalité à éviter un risque de concurrence de sa part lors du prochain scrutin municipal. Par suite, c'est sans commettre ni d'erreur manifeste d'appréciation, ni de détournement de pouvoir ou de procédure, que la maire de la commune de Mallemort a pu décider de retirer sa délégation de fonctions d'adjoint à M. C.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. C tendant à l'annulation de l'arrêté du 2 décembre 2021 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions présentées à fin d'indemnisation fondées sur l'illégalité fautive de cette décision doivent être également rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Mallemort, qui n'est pas la partie perdante, la somme demandée par M. C en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. C la somme demandée par la commune de Mallemort en vertu des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Mallemort en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la commune de Mallemort.

Délibéré après l'audience du 30 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Hameline, présidente,

Mme Le Mestric, première conseillère,

Mme Fabre, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 février 2025.

La rapporteure,

signé

F. Le Mestric

La présidente,

signé

M.L. Hameline

La greffière,

signé

B. Marquet

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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