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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2204524

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2204524

lundi 18 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2204524
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGONAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 31 mai 2022, le magistrat désigné du Tribunal administratif de Montpellier a transmis au Tribunal administratif de Marseille, sur le fondement de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête, enregistrée le 17 mai 2022, présentée par M. A C. Par cette requête et un mémoire enregistré le 24 mai 2022, M. C, représenté par Me Gonand, demande au Tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 avril 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui fait obligation de quitter le territoire français sans délai, fixe le pays de destination de la mesure d'éloignement et prononce à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône d'examiner sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que son conseil renonce à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué encourt l'annulation en raison de l'incompétence de son auteur ;

- il remplit les conditions pour voir sa situation régularisée au regard de l'article 6-1 2e de l'accord franco-algérien ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision est fondée sur les 1°, 2° ou 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, si bien que le motif qui la fonde est entaché d'erreur de droit ou de défaut de base légale, sa situation ne correspondant à aucune des hypothèses visées par ces dispositions ;

- la décision méconnaît son droit d'être entendu préalablement ;

- elle méconnaît également les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- cette décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- le risque de fuite n'est pas avéré ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :

- cette décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire ;

- elle est disproportionnée quant à sa durée.

Par des mémoires en défense enregistrés le 25 mai 2022 et le 27 juin 2022 le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B ;

- les observations de Me Gonand, pour M. C, qui reprend les moyens soulevés dans la requête et insiste sur le fait qu'à la suite du dépôt de sa demande de titre de séjour, les services de la préfecture sont dans l'incapacité de lui délivrer un récépissé en raison d'un problème informatique.

Le préfet des Bouches-du-Rhône n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien né en 1989, demande au Tribunal de prononcer l'annulation de l'arrêté du 14 avril 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour la durée de deux ans.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; () ".

3. Pour prononcer l'obligation de quitter le territoire français attaquée, le préfet des Bouches-du Rhône s'est fondé sur le motif tiré de ce que M. C n'avait pas demandé le renouvellement du récépissé de demande de carte de séjour délivré le 27 janvier 2020 et valable jusqu'au 26 avril 2020 et s'était maintenu sur le territoire plus d'un mois après l'expiration de ce récépissé, en précisant qu'il n'avait pas finalisé sa demande de titre de séjour. Il a ainsi entendu faire application des dispositions précitées du 2e de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. Il ressort toutefois des pièces du dossier que M. C a déposé, en personne et accompagné de son conseil, une demande de certificat de résidence algérien sur le fondement de l'article 6-1 2e de l'accord franco-algérien le mardi 29 mars 2022 auprès des services de la préfecture de la Bouches-du-Rhône. Il n'est pas contesté que le dossier de demande de titre de séjour était complet ni que les services préfectoraux ont été dans l'incapacité de lui délivrer un récépissé en raison d'un problème informatique rendant impossible, encore à ce jour, une telle délivrance. Il ne ressort par ailleurs d'aucune des pièces du dossier que l'instruction de la demande de titre de séjour aurait été menée à terme avant que l'arrêté en litige en date du 14 avril 2022 ait été pris. L'arrêté attaqué ne se prononce pas explicitement sur la demande de titre de séjour de M. C, se bornant à prononcer à son encontre une obligation de quitter le territoire. Il en résulte que le requérant est fondé à soutenir que l'arrêté a été pris sans qu'un examen complet de sa situation particulière, et de sa demande de titre de séjour, ait été effectué.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 14 avril 2022 doit être annulé.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

6. L'annulation de l'arrêté du 14 avril 2022 implique seulement que le préfet des Bouches-du-Rhône procède à un nouvel examen de la situation de M. C et prenne une nouvelle décision dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à Me Benjamin Gonand, conseil de M. C, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 14 avril 2022, par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a fait obligation à M. C de quitter le territoire sans délai, en fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour la durée de deux ans, est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de procéder au réexamen de la situation de M. C dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera la somme de 1 000 (mille) euros à Me Benjamin Gonand, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Gonand renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Benjamin Gonand et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 18 juillet 2022.

La magistrate désignée,

Signé

L. BLa greffière,

Signé

J. Saint-Etienne

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous commissaires à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière

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