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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2204646

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2204646

mercredi 5 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2204646
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSCP BOURGLAN DAMAMME LEONHARDT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 juin 2022, complétée par un mémoire enregistré le 29 août 2022, M. B A, représenté par Me Leonhardt, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 novembre 2021 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône :

- à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

- à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

La décision portant refus de titre de séjour :

- est entachée par l'irrégularité de la procédure médicale suivie devant le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) au regard de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- est insuffisamment motivée en tant qu'elle porte refus de lui accorder un délai de départ volontaire supérieur à trente jours ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juin 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.

Par un mémoire en observations, enregistré le 15 septembre 2022 et qui n'a pas été communiqué, l'Office français de l'immigration et de l'intégration, appelé en cause par le tribunal, conclut au rejet de la requête de M. A.

Il soutient que les moyens tirés de l'irrégularité du rapport du médecin instructeur de l'OFII du 3 juillet 2021 et de l'appréciation erronée du collège des médecins de l'OFII sur l'accès effectif à une prise en charge médicale en Arménie ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 6 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 16 septembre 2022.

Par une décision du 30 décembre 2021, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313 22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'OFII de leurs missions prévues à l'article L. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hameline, présidente-rapporteure,

- et les observations de Me Leonhardt représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant arménien né le 1er janvier 1964, déclare être entré en France le 9 mai 2013 accompagné de son épouse et de leur fils cadet. Après avoir en vain demandé le bénéfice du statut de réfugié, il a présenté une première demande de titre de séjour en raison de son état de santé qui a été rejetée par un arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 26 août 2014 puis, le 26 septembre 2017, une seconde demande d'admission au séjour sur le même fondement à la suite de laquelle il s'est vu délivrer une autorisation provisoire de séjour valable du 12 février 2018 au 11 août 2018, ultérieurement renouvelée jusqu'au 9 novembre 2018. Sa nouvelle demande d'admission au séjour du 30 novembre 2018 a été rejetée par un arrêté préfectoral du 16 mai 2019 assorti d'une obligation de quitter le territoire français. Par un jugement du 31 mars 2020, le tribunal administratif de Marseille a toutefois annulé cet arrêté. En exécution du jugement, le préfet des Bouches-du-Rhône a mis M. A en possession d'un titre de séjour valable du 15 juin 2020 au 14 juin 2021. Le 12 avril 2021, M. A a demandé le renouvellement de ce titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 2 novembre 2021, pris après avis de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 22 juillet 2021, le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la légalité de l'arrêté du 2 novembre 2021 :

2. Il ressort des pièces du dossier que M. A réside de manière continue en France depuis mai 2013, soit plus de huit années à la date de l'arrêté contesté dont une partie sous couvert d'autorisations provisoires de séjour puis d'une carte de séjour temporaire délivrées à raison de son état de santé. Les pièces versées au dossier, et notamment les nombreux certificats médicaux établis depuis le 5 avril 2016, dont les plus récents établis en février, mai et août 2022, s'ils sont postérieurs à l'arrêté contesté, éclairent également la situation de M. A à la date des décisions en litige, établissent que l'intéressé souffre de graves troubles neurologiques et psychiatriques, consécutifs à une opération neurochirurgicale réalisée en Arménie en 1989, et se traduisant par des troubles locomoteurs de l'hémicorps droit, des douleurs neurologiques intenses, des troubles cognitifs majeurs et un état anxio-dépressif, pour lesquels il bénéficie à Marseille d'une prise en charge multidisciplinaire et de plusieurs traitements médicamenteux depuis de nombreuses années. Il ressort en outre des pièces produites que la gravité des difficultés de santé du requérant, qui lui a valu la délivrance par la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées des Bouches-du-Rhône d'une carte mobilité inclusion portant la mention " priorité " à compter du 23 février 2021, a nécessité son hospitalisation en établissement spécialisé du 31 décembre 2019 au 22 octobre 2020, sans amélioration pérenne de son état dès lors que l'intéressé a été de nouveau hospitalisé au sein de la clinique Saint-Roch à Marseille le 8 décembre 2021 pour une durée de plusieurs mois. Ainsi, compte-tenu de l'ensemble des éléments du dossier, et notamment de la durée du séjour de M. A en France et de l'intérêt pour lui d'une poursuite du parcours de soin entamé que ses importants troubles neurologiques et psychiatriques impliquent, le requérant est fondé à soutenir, dans les circonstances particulières de l'espèce, que le préfet des Bouches-du-Rhône a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle en refusant de renouveler son titre de séjour et en l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

3. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à solliciter l'annulation de l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 2 novembre 2021.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

4. Eu égard au motif d'annulation retenu par le présent jugement, il y a lieu d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, de délivrer à M. A une carte de séjour temporaire " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais du litige :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros à verser à Me Leonhardt, conseil de M. A qui est bénéficiaire de l'aide juridictionnelle totale, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 2 novembre 2021 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de délivrer à M. A une carte de séjour temporaire dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Leonhardt, conseil de M. A, la somme de 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Anaïs Leonhardt, à l'office français de l'immigration et de l'intégration, et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 21 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Hameline, présidente,

- Mme Felmy, première conseillère,

- Mme Balussou, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 octobre 2022.

La présidente-rapporteure,

signé

M-L. HamelineL'assesseure la plus ancienne,

signé

E. Felmy

La greffière,

signé

B. Marquet

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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