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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2204663

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2204663

mercredi 5 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2204663
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantMEZOUAR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 juin 2022, M. D F, représenté par Me Mezouar, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 mars 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans les plus brefs délais ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 à verser à son conseil, qui s'engage dans ce cas à renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- le signataire de l'arrêté n'est pas compétent ;

- la procédure médicale suivie devant le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) est irrégulière au regard des articles R. 425-11 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 ;

- cet arrêté méconnaît les dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- il est entaché d'une erreur de fait, d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 juin 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par M. F ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 16 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 31 août 2022.

Un mémoire présenté par Me Mezouar pour M. F a été enregistré le 15 septembre 2022, postérieurement à la clôture de l'instruction, et n'a pas été communiqué.

Par une décision du 20 mai 2022, M. F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313 22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'OFII de leurs missions prévues à l'article L. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hameline, présidente-rapporteure,

- et les observations de Me Mezouar représentant M. F.

Considérant ce qui suit :

1. M. D F, ressortissant malgache né le 2 avril 1973, déclare être entré en France le 9 mai 2013. Après avoir présenté le 24 juillet 2014 une première demande de titre de séjour en raison de l'état de santé de son fils mineur B A, il s'est vu délivrer plusieurs autorisations provisoires de séjour dont la dernière était valable jusqu'au 2 avril 2018. Il en a sollicité le 6 février 2018 le renouvellement, ce qui lui a été refusé par un arrêté préfectoral du 25 septembre 2018 portant obligation de quitter le territoire français. Par un jugement du 4 juillet 2019, le tribunal administratif de Marseille a toutefois annulé cet arrêté. En exécution de ce jugement, le préfet a délivré à M. F une autorisation provisoire de séjour valable du 26 août 2019 au 25 février 2020. Par un arrête du 28 juillet 2020, le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté la demande de renouvellement de cette autorisation provisoire de séjour et a fait obligation à M. F de quitter le territoire français. Par un jugement du 22 février 2021, le tribunal a de nouveau annulé cet arrêté et enjoint au préfet de délivrer à M. F une autorisation provisoire de séjour. Après expiration de cette autorisation le 15 septembre 2021, M. F a de nouveau présenté le 5 octobre 2021 une demande d'admission au séjour en qualité de parent d'enfant malade, sur le fondement de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 14 mars 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Le requérant demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces dispositions que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

3. Il ressort des pièces du dossier que le fils du requérant Alpha A, né le 6 septembre 2004, est atteint d'un trouble envahissant du développement de type autisme atypique, et n'a pu bénéficier à Madagascar et jusqu'à son arrivée en France en 2013 avec son père d'aucune prise en charge adaptée. Il résulte notamment du certificat médical du 17 novembre 2018 émanant du Dr E, neuropsychiatre, chef du service de santé mentale au centre hospitalo-universitaire de soins et de santé publique d'Analakely ainsi que du certificat médical établi le 25 avril 2022 par le Dr C, médecin psychiatre qui suit le jeune B A depuis 2014, que M. F a fait venir son fils en France en 2013 en raison de l'absence de structure adéquate à Madagascar, et qu'un retour prématuré dans son pays d'origine pourrait entraîner une nette régression de l'état de celui-ci. Il est également établi par les pièces produites qu'à la date de l'arrêté contesté, le jeune B A bénéficiait de manière continue depuis plusieurs années, grâce à sa prise en charge quotidienne par son père, d'un enseignement adapté au sein d'une unité localisée pour l'inclusion scolaire (ULIS) à Marseille, et de soins pluridisciplinaires à raison d'au moins trois séances par semaine. Dans ces circonstances particulières, eu égard à l'évolution du handicap du fils du requérant, à l'impossibilité pour lui de poursuivre le processus de stimulation et d'apprentissage entamé en France sans la présence de son père, et aux conséquences qu'impliquerait un retour à Madagascar pour l'état de santé du jeune B A, M. F est fondé à soutenir que le préfet des Bouches-du-Rhône a méconnu l'intérêt supérieur de l'enfant en refusant de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et en l'obligeant à quitter le territoire français. Le moyen tiré de la violation par l'arrêté contesté des stipulations précitées de l'article 3 §1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit, dès lors, être accueilli.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. F est fondé à solliciter l'annulation de l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 14 mars 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Le jeune B A, mineur à la date de l'arrêté contesté, est devenu majeur le 6 septembre 2022. Eu égard à ce changement de circonstances, l'annulation prononcée par le présent jugement n'implique pas nécessairement qu'il soit enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de délivrer à M. F une autorisation provisoire de séjour en application de l'article L. 425-10 du code de justice administrative. Les conclusions présentées par le requérant à fin d'injonction doivent, dès lors, être rejetées.

Sur les frais du litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à Me Mezouar, conseil de M. F, bénéficiaire de l'aide juridictionnelle totale, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 14 mars 2022 est annulé.

Article 2 : L'Etat versera à Me Mezouar, avocat de M. F, la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. F est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D F, à Me Mehdi Mezouar et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 21 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Hameline, présidente,

- Mme Felmy, première conseillère,

- Mme Balussou, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 octobre 2022.

La présidente-rapporteure,

signé

M-L. HamelineL'assesseure la plus ancienne,

signé

E. Felmy

La greffière,

signé

B. Marquet

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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