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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2204719

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2204719

mardi 12 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2204719
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantHAZZAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête n°2204719 enregistrée le 8 juin 2022, et un mémoire enregistré le 12 juillet 2024 qui n'a pas été communiqué, Mme C A, représentée par Me Hazzan, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 30 septembre 2021 par laquelle le maire de Marseille l'a placée en congé de maladie ordinaire à compter du 5 mars 2020 puis en disponibilité d'office pour raison de santé pour une durée de six mois du 5 mars 2021 au 4 septembre 2021 ;

2°) d'annuler la décision du 28 avril 2022 par laquelle le maire de Marseille a prolongé son placement en disponibilité d'office pour raison de santé pour une durée de douze mois du 5 septembre 2021 au 4 septembre 2022 ;

3°) d'enjoindre au maire de Marseille de la placer en congé de longue maladie du 5 mars 2021 au 4 septembre 2022 et de procéder à la reconstitution de sa carrière ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Marseille une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision du 28 avril 2022 méconnaît l'article 25 du décret n°87-602 du 30 juillet 1987 ;

- sa demande de placement en congé de longue maladie n'a pas été examinée par l'administration ;

- la décision du 28 avril 2022 a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors que :

- aucun médecin psychiatre n'était présent au comité médical ;

- le comité médical supérieur n'a pas été consulté sur sa demande de congé de longue maladie ;

- les conclusions des experts ne lui ont pas été communiquées et elle ne connaît pas les motifs de refus de sa demande de placement en congé de longue maladie ;

- ni le dossier de saisine du comité médical supérieur ni son avis ne lui ont été communiqués ;

- le comité médical a rendu un avis sans l'avoir rencontrée et sans avoir d'informations précises sur sa santé ;

- l'avis du comité médical et la décision du 28 avril 2022 ne sont pas motivées ;

- la décision du 28 avril 2022 est entachée d'illégalité dès lors que les conditions de son placement en disponibilité n'étaient pas remplies, ses droits à congés de maladie n'étant pas épuisés, et que l'administration a ignoré sa demande de placement en congé de longue maladie ;

- l'administration a commis une erreur d'appréciation en refusant de la placer en congé de longue maladie et en la plaçant en disponibilité d'office.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juin 2024, la commune de Marseille conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- les conclusions dirigées contre la décision du 30 septembre 2021 sont irrecevables en raison de leur tardiveté ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 7 juin 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 juillet 2024.

Les parties ont été informées, le 4 octobre 2024, qu'en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, le tribunal était susceptible de relever d'office la cause de non-lieu à statuer résultant de l'intervention en cours d'instance de l'arrêté du 19 juillet 2022 par lequel le maire de Marseille a placé Mme A en disponibilité d'office pour raison de santé à compter du 5 mars 2021 jusqu'à l'intervention d'une nouvelle décision, cet arrêté ayant la même portée que la décision du 30 septembre 2021 qui la plaçait en disponibilité pour raison de santé du 5 mars au 4 septembre 2021 et que la décision du 28 avril 2022 qui la plaçait en disponibilité pour raison de santé du 5 septembre 2021 au 4 septembre 2022.

II. Par une requête n°2207248 enregistrée le 29 août 2022, et un mémoire enregistré le 12 juillet 2024 qui n'a pas été communiqué, Mme C A, représentée par Me Hazzan, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 19 juillet 2022 par laquelle le maire de Marseille l'a placée en disponibilité d'office pour raison de santé à compter du 5 mars 2021 jusqu'à l'intervention d'une nouvelle décision ;

2°) d'enjoindre au maire de Marseille de la placer en congé de longue maladie à compter du 5 mars 2021 jusqu'à nouvelle décision à intervenir et de procéder à la reconstitution de sa carrière ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Marseille une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision du 19 juillet 2022 méconnaît l'article 25 du décret n°87-602 du 30 juillet 1987 ;

- sa demande de placement en congé de longue maladie n'a pas été examinée par l'administration ;

- la décision du 19 juillet 2022 a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors que :

- aucun médecin psychiatre n'était présent au comité médical ;

- le comité médical supérieur n'a pas été consulté sur sa demande de congé de longue maladie ;

- les conclusions des experts ne lui ont pas été communiquées de sorte qu'elle ne connaît pas les motifs de refus de sa demande de placement en congé de longue maladie ;

- ni le dossier de saisine du comité médical supérieur ni son avis ne lui ont été communiqués ;

- le comité médical a rendu un avis sans l'avoir rencontrée et sans avoir d'informations précises sur sa santé ;

- l'avis du comité médical et la décision du 28 avril 2022 ne sont pas motivées ;

- la décision du 28 avril 2022 est entachée d'illégalité dès lors que les conditions de son placement en disponibilité n'étaient pas remplies et que l'administration a ignoré sa demande de placement en congé de longue maladie ;

- l'administration a commis une erreur d'appréciation en refusant de la placer en congé de longue maladie et en la plaçant en disponibilité d'office.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juin 2024, la commune de Marseille conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 7 juin 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 juillet 2024.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret 86-442 du 14 mars 1986 ;

- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fabre, rapporteure,

- les conclusions de Mme Pilidjian, rapporteure publique,

- les observations de Me Papazian, représentant Mme C A,

- et les observations de Mme B, représentant la commune de Marseille.

Considérant ce qui suit :

1. Madame A a été recrutée en qualité d'agent d'entretien-agent des écoles et titularisée par la commune de Marseille le 18 juin 1996. Elle a été placée en congé de maladie ordinaire à compter du 5 mars 2020 puis en disponibilité pour raison de santé à compter du 5 mars 2021 par une décision du maire de la commune de Marseille du 30 septembre 2021. Par une décision du 28 avril 2022, le maire de Marseille a notifié à l'intéressée l'avis du comité médical du 22 février 2022 ayant conclu à son inaptitude temporaire à la reprise du travail et la prolongation de son placement en disponibilité pour maladie du 5 septembre 2021 au 4 septembre 2022. Par sa requête n°2204719, Mme A demande au tribunal d'annuler les décisions du 30 septembre 2021 et du 28 avril 2022. Par un arrêté du 19 juillet 2022, le maire de la commune de Marseille a placé Mme A en disponibilité pour maladie à compter du 5 mars 2021 jusqu'à une nouvelle décision à intervenir. Par sa requête n°2207248, Mme A demande au tribunal d'annuler cette dernière décision.

2. Les requêtes n° 2204719 et 2207248 sont relatives à la situation d'un même agent public et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur l'étendue du litige :

3. Lorsqu'une décision administrative faisant l'objet d'un recours contentieux est retirée en cours d'instance pour être remplacée par une décision ayant la même portée, le recours doit être regardé comme tendant également à l'annulation de la nouvelle décision. Lorsque le retrait a acquis un caractère définitif, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision initiale, qui ont perdu leur objet. Le juge doit, en revanche, statuer sur les conclusions dirigées contre la nouvelle décision.

4. En l'espèce, la décision du 19 juillet 2022 par laquelle le maire de Marseille a, en cours d'instance, placé Mme A en disponibilité d'office pour raisons de santé à compter du 5 mars 2021 et " jusqu'à nouvelle décision à intervenir " a la même portée que la décision du 30 septembre 2021 qui la plaçait déjà en disponibilité pour raison de santé à compter du 5 mars 2021 jusqu'au 4 septembre 2021 et que la décision du 28 avril 2022 qui plaçait Mme A en disponibilité pour raison de santé du 5 septembre 2021 au 4 septembre 2022. La décision du 19 juillet 2022, a ainsi, implicitement mais nécessairement, eu pour objet de retirer les décisions du 30 septembre 2021 et du 28 avril 2022 concernant la période courant du 5 mars 2021 au 4 septembre 2022. Ce retrait n'a pas été contesté et est ainsi devenu définitif. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre les décisions de placement en disponibilité d'office du 30 septembre 2021 et du 28 avril 2022 qui ont perdu leur objet et il y a lieu de regarder les conclusions et moyens de la requête n°2204719 comme étant dirigés contre la seule décision du 19 juillet 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 19 juillet 2022 plaçant Mme A en disponibilité d'office pour raison de santé à compter du 5 mars 2021 :

5. D'une part, aux termes de l'article L. 822-1 du code de la fonction publique : " Le fonctionnaire en activité à droit à des congés de maladie lorsque la maladie qu'il présente est dûment constatée et le met dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions " et aux termes de l'article L822-2 du même code : " La durée totale des congés de maladie peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs. " Selon l'article L. 822-6 du code général de la fonction publique : " Le fonctionnaire en activité a droit à des congés de longue maladie, dans les cas où il est constaté que la maladie met l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, rend nécessaire un traitement et des soins prolongés et présente un caractère invalidant et de gravité confirmée. " Enfin l'article L. 514-4 de ce code dispose : " La disponibilité d'un fonctionnaire est prononcée soit à la demande de l'intéressé, soit d'office au terme des congés pour raisons de santé prévus au chapitre II du titre II du livre VIII".

6. D'autre part, aux termes de l'article 17 du décret du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux dans sa version applicable au litige : " () Lorsque le fonctionnaire a obtenu pendant une période de douze mois consécutifs des congés de maladie d'une durée totale de douze mois, il ne peut, à l'expiration de sa dernière période de congé, reprendre son service sans l'avis favorable du comité médical. En cas d'avis défavorable, s'il ne bénéficie pas de la période de préparation au reclassement prévue par le décret du 30 septembre 1985 susvisé, il est soit mis en disponibilité, soit reclassé dans un autre emploi, soit, s'il est reconnu définitivement inapte à l'exercice de tout emploi, admis à la retraite après avis de la commission de réforme. Le paiement du demi-traitement est maintenu, le cas échéant, jusqu'à la date de la décision de reprise de service, de reclassement, de mise en disponibilité ou d'admission à la retraite () ". Aux termes de l'article 38 du même décret : " La mise en disponibilité visée aux articles 17 et 37 du présent décret est prononcée après avis du comité médical ou de la commission de réforme prévue par le décret n° 2003-1306 du 26 décembre 2003 modifié relatif au régime de retraite des fonctionnaires affiliés à la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales, sur l'inaptitude du fonctionnaire à reprendre ses fonctions () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a été placée rétroactivement en disponibilité d'office pour raison de santé à compter de l'expiration de ses droits à congé de maladie ordinaire le 5 mars 2021, après avis favorable du comité médical du 16 juin 2021. Le comité médical a ultérieurement conclu, dans un nouvel avis du 22 février 2022, à son inaptitude temporaire à la reprise du travail. Le placement en disponibilité d'office de Mme A pour raison de santé a ainsi été décidé à compter du 5 mars 2021 et " jusqu'à nouvelle décision à intervenir ", en dernier lieu par l'arrêté en litige du 19 juillet 2022. Or il ressort des pièces du dossier que Mme A a demandé à l'autorité territoriale le bénéfice d'un congé de longue maladie à compter du 5 septembre 2021, par un courrier du 24 septembre 2021 que la commune de Marseille ne conteste pas avoir reçu, en tout état de cause, antérieurement à l'arrêté contesté. Si la commune fait valoir en défense devant le tribunal que la requérante n'était plus en position d'activité en raison de son placement en disponibilité d'office et ne remplissait donc pas les conditions d'octroi d'un tel congé en vertu des dispositions de l'article L. 822-1 du code de la fonction publique, il ne ressort en toute hypothèse ni des termes de l'arrêté du 19 juillet 2022 ni d'aucune autre pièce du dossier que l'administration ait procédé à un examen de la demande de Mme A et se soit prononcée sur ses droits à un congé de longue maladie au vu de sa situation à la date à laquelle elle a pris l'arrêté en litige décidant son placement en disponibilité d'office à compter du 5 mars 2021. Dans ces conditions, Mme A est fondée à soutenir que sa situation, incluant sa demande de placement en congés de longue maladie, n'a pas été examinée de manière complète par la commune de Marseille qui n'établit ni même n'allègue qu'elle aurait répondu à cette demande.

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 19 juillet 2022 plaçant Mme A en disponibilité pour raison de santé à compter du 5 mars 2021 et jusqu'à nouvelle décision à intervenir doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Les motifs de l'annulation de l'arrêté du 19 juillet 2022 indiqués au point 7 impliquent seulement que la commune de Marseille réexamine la situation de Mme A. Il y a lieu d'enjoindre à la commune de Marseille de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de la commune de Marseille une somme totale de 1 500 euros à verser à Mme A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions présentées par Mme A contre les décisions du maire de Marseille du 30 septembre 2021 et du 28 avril 2022.

Article 2 : L'arrêté du maire de Marseille du 19 juillet 2022 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au maire de Marseille de procéder au réexamen de la situation de Mme A dans un délai de deux mois à compter de la notification de ce jugement.

Article 4 : La commune de Marseille versera une somme de 1 500 euros à Mme A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions présentées par les parties est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et à la commune de Marseille.

Délibéré après l'audience du 10 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Hameline, présidente,

Mme Le Mestric, première conseillère,

Mme Fabre, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 novembre 2024.

La rapporteure,

signé

E. Fabre

La présidente,

signé

M.-L. Hameline

La greffière,

signé

B. Marquet

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2204719

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