mercredi 26 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2205026 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | BARLET |
Vu la procédure suivante :
I. Sous le n° 2201241, par une requête enregistrée le 11 février 2022,
M. A B demande au tribunal d'annuler la décision du recteur de l'académie d'Aix-Marseille du 13 janvier 2022 par laquelle il l'a suspendu à titre conservatoire pour une durée maximale de quatre mois.
Il soutient que :
- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation ;
- il a déjà fait l'objet d'une sanction disciplinaire pour les mêmes faits ;
- il devait être rétabli dans ses fonctions dès lors qu'il ne faisait plus l'objet de poursuites pénales et que sa reprise ne poserait aucun inconvénient pour le bon fonctionnement du service.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juillet 2023, le recteur de l'académie d'Aix-Marseille conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 27 juin 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au
18 août 2023.
II. Sous le n° 2205026, par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 juin 2022 et 20 septembre 2023, M. A B, représenté par Me Barlet, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du recteur de l'académie d'Aix-Marseille du 12 mai 2022 par laquelle il a prolongé la mesure de suspension établie à son encontre ;
2°) d'enjoindre au recteur de l'académie d'Aix-Marseille de le réintégrer dans ses fonctions, dans un délai de cinq jours à compter de la notification du jugement à intervenir, avec astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'académie d'Aix-Marseille la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'une erreur de droit ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est entachée d'un détournement de pouvoir.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juillet 2023, le recteur de l'académie d'Aix-Marseille conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 22 septembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 25 octobre 2023.
Vu :
- le jugement n° 2311828 du tribunal administratif de Marseille en date du
26 février 2025 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
-le rapport de Mme Coppin ;
- les conclusions de M. Peyrot, rapporteur public ;
- et les observations de Me Barlet, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
Sur la jonction :
1. Les requêtes n° 2201241 et n° 2205026 concernent la situation d'un même agent et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur la requête n° 2201241 :
2. Il ressort des pièces du dossier que M. A B est professeur certifié de sciences et vie de la terre depuis le 1er septembre 2014, affecté dans l'académie de Créteil jusqu'au 31 août 2019 puis dans l'académie d'Aix-Marseille au collège de Rognac depuis le 1er septembre 2019. Par une décision du 13 janvier 2022, dont le requérant demande l'annulation, le recteur de l'académie d'Aix-Marseille l'a suspendu de ses fonctions à titre conservatoire pour une durée maximale de quatre mois.
3. Aux termes de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 en vigueur à la date de la décision attaquée : " En cas de faute grave commise par un fonctionnaire, qu'il s'agisse d'un manquement à ses obligations professionnelles ou d'une infraction de droit commun, l'auteur de cette faute peut être suspendu par l'autorité ayant pouvoir disciplinaire qui saisit, sans délai, le conseil de discipline./ Le fonctionnaire suspendu conserve son traitement, l'indemnité de résidence, le supplément familial de traitement et les prestations familiales obligatoires. Sa situation doit être définitivement réglée dans le délai de quatre mois. () ".
4. La suspension d'un fonctionnaire peut légalement intervenir, dans l'intérêt du service, dès lors que les faits relevés à l'encontre de l'agent présentent un caractère suffisant de vraisemblance et de gravité pour justifier une telle mesure. Cette mesure conservatoire, sans caractère disciplinaire, a pour objet d'écarter l'agent du service pendant la durée nécessaire à l'administration pour tirer les conséquences de ce dont il est fait grief à l'agent.
5. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que le 4 janvier 2022, M. B a fait l'objet d'une audition en garde à vue par les services de la gendarmerie nationale à la suite d'une plainte pour harcèlement déposée par une ancienne élève, alors qu'il exerçait ses fonctions dans l'académie de Créteil. Il lui était reproché d'avoir échangé de nombreux messages à connotation sexuelle, au cours de l'année 2019, avec cette élève, mineure au moment des faits. Ainsi, et alors même que M. B fait valoir que les faits qui lui sont reprochés sont anciens et ne se sont jamais reproduits depuis et qu'il produit, par ailleurs, plusieurs attestations témoignant d'une " posture professionnelle conforme et irréprochable ", lesdits faits présentaient, au jour de la décision attaquée, un caractère suffisant de vraisemblance et de gravité pour justifier la mesure de suspension en litige. Par suite,
M. B n'est pas fondé à soutenir que le recteur a commis une erreur de droit et une erreur d'appréciation en prenant la mesure attaquée.
6. En deuxième lieu, la circonstance que M. B ait déjà fait l'objet d'un blâme le 23 avril 2019 prononcé par le recteur de l'académie de Créteil pour avoir, au cours de l'année scolaire 2017/2018, requis de ses élèves en classe de 4ème et de 3ème qu'ils remplissent un questionnaire sur leurs orientations et pratiques sexuelles et pour avoir, courant
janvier 2019, entretenu avec l'une de ses anciennes élèves une correspondance marquée par de nombreuses allusions sexuelles est sans incidence sur la décision attaquée qui n'a pas le caractère d'une sanction.
7. En troisième lieu, si M. B soutient qu'il aurait dû être réintégré dans ses fonctions avant le terme du délai de quatre mois dès lors qu'il ne faisait plus l'objet de poursuites depuis le 25 janvier 2022, date de sa condamnation par le tribunal correctionnel d'Aix-en-Provence et qu'aucune poursuite disciplinaire n'avait été engagée contre lui, cette circonstance est sans incidence sur la décision attaquée dont la légalité s'apprécie au jour de son édiction.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.
Sur la requête n° 2205026 :
9. Par une décision du 12 mai 2022, dont le requérant demande l'annulation, le recteur de l'académie d'Aix-Marseille a décidé de prolonger, sans fixer de terme, la mesure de suspension de fonctions à titre conservatoire établie à son encontre le 13 janvier 2022.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
10. En premier lieu, il appartient à la partie entendant contester la qualité de délégataire de l'auteur d'une décision administrative de rapporter la preuve de ce que cet auteur n'était pas habilité à prendre cette décision. Il ressort des pièces du dossier que la décision en litige a été signée par M. Bourdeaud'huy, directeur des relations et des ressources humaines, qui a reçu délégation, par arrêté du 1er octobre 2021 publié au recueil des actes administratifs de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur n° R93-2021-157, du recteur de l'académie d'Aix-Marseille à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de
M. Martin, secrétaire général de l'académie d'Aix-Marseille, pour la totalité de ses attributions. M. B, qui se borne à soutenir qu'il n'est pas établi que M. Martin n'aurait pas été absent ou empêché, n'apporte aucun commencement de preuve à l'appui de ses allégations. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte attaqué doit être écarté.
11. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 531-1 du code général de la fonction publique : " Le fonctionnaire, auteur d'une faute grave, qu'il s'agisse d'un manquement à ses obligations professionnelles ou d'une infraction de droit commun, peut être suspendu par l'autorité ayant pouvoir disciplinaire qui saisit, sans délai, le conseil de discipline. () / Sa situation doit être définitivement réglée dans le délai de quatre mois ". Aux termes de l'article L. 531-2 du même code : " Si, à l'expiration du délai mentionné à l'article L. 531-1, aucune décision n'a été prise par l'autorité ayant le pouvoir disciplinaire, le fonctionnaire qui ne fait pas l'objet de poursuites pénales est rétabli dans ses fonctions. / Le fonctionnaire qui fait l'objet de poursuites pénales est également rétabli dans ses fonctions à l'expiration du même délai sauf si les mesures décidées par l'autorité judiciaire ou l'intérêt du service y font obstacle ".
12. Il ressort des pièces du dossier qu'au terme de la période de quatre mois prévue par les dispositions précitées, M. B a été condamné pénalement par le tribunal judicaire d'Aix-en-Provence, le 25 janvier 2022, pour harcèlement sexuel par une personne abusant de l'autorité que lui confère sa fonction, à une peine de six mois d'emprisonnement assortie de sursis et que ce jugement était définitif. Par suite, en se bornant, dans son arrêté du
12 mai 2022, à prolonger la mesure de suspension sans faire état de l'intérêt du service, alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que l'administration s'apprêtait à engager une procédure disciplinaire à l'encontre de M. B, le recteur de l'académie d'Aix-Marseille a entaché sa décision d'une erreur de droit.
13. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du recteur prolongeant la mesure de suspension de ses fonctions à titre conservatoire.
Sur les conclusions d'injonction :
14. Aux termes des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ".
15. Par jugement du même jour n° 2311828, le tribunal administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B par laquelle il contestait la sanction disciplinaire de révocation prononcée à son encontre par le ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse. Par suite, l'annulation par le présent jugement de la décision prolongeant la décision le suspendant de ses fonctions à titre conservatoire ne peut impliquer la réintégration dans ses fonctions que
M. B sollicite par ses conclusions d'injonction.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
16. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
17. L'Etat étant la partie perdante dans l'instance n° 2205026, il y a lieu de mettre à sa charge une somme de 1 500 euros au bénéfice de M. B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête n° 2201241 de M. B est rejetée.
Article 2 : L'arrêté du 12 mai 2022 par lequel le recteur de l'académie d'Aix-Marseille a prolongé la mesure de suspension établie à l'encontre de M. B est annulé.
Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 500 euros à M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête n° 2205026 est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche.
Copie pour information en sera adressée au recteur de l'académie d'Aix-Marseille.
Délibéré après l'audience du 28 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Hogedez, présidente,
Mme Coppin, première conseillère,
Mme Arniaud, première conseillère.
Assistées de M. Brémond, greffier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 février 2025.
La rapporteure,
signé
C. Coppin
La présidente,
signé
I. Hogedez
Le greffier
signé
A. Brémond
La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef
Le greffier,
N°s 2201241, 2205026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026