vendredi 1 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2205173 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | BELOTTI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 juin 2022, M. D A B, de nationalité algérienne, représenté par Me Belotti, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision en date du 22 juin 2022 par laquelle le préfet du Var a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit, en l'espèce le pays dont il a la nationalité ou tout autre pays dans lequel il peut apporter la preuve qu'il est légalement admissible, en exécution de l'interdiction judiciaire du territoire national pour une durée de cinq ans à laquelle il a été condamné le 13 juillet 2020 ;
3°) de mettre à la charge de l'État sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, la somme de 1 000 euros au profit de son conseil, qui s'engage dans ce cas à renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- l'arrêté est entaché d'incompétence ;
- l'arrêté en litige est insuffisamment motivé ;
- la procédure est entachée d'un vice en l'absence d'examen personnalisé de sa situation ;
- il ne peut retourner en Algérie en raison des persécutions qu'il encourt ;
- l'arrêté méconnait l'article 8 de la Convention de sauvegarde des droits de l'Homme ;
- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article 3-1 de la Convention Internationale sur les droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juin 2022, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la convention de Genève du 28 juillet 1951 et le protocole signé à New York le 31 janvier 1967 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la Convention Internationale sur les droits de l'enfant du 20 novembre 1989 ;
- le traité sur l'Union européenne ;
- le code pénal ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative ;
Par décision du 1er avril 2022, la présidente du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 1er juillet 2022 :
- le rapport de Mme C,
- et les observations de Me Belotti, pour M. A B.
Le préfet du Var n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, de nationalité algérienne, né le 3 janvier 1987 à Skikda (Algérie), également connu sous plusieurs autres identités, demande l'annulation de l'arrêté en date du 22 juin 2022 par lequel le préfet du Var a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit, en l'espèce le pays dont il a la nationalité ou tout autre pays dans lequel il peut apporter la preuve qu'il est légalement admissible, en exécution de l'interdiction judiciaire du territoire national pour une durée de cinq ans à laquelle il a été condamné le 13 juillet 2020.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. En vertu de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A B, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article 131-30 du code pénal : " Lorsqu'elle est prévue par la loi, la peine d'interdiction du territoire français peut être prononcée, à titre définitif ou pour une durée de dix ans au plus, à l'encontre de tout étranger coupable d'un crime ou d'un délit. / L'interdiction du territoire entraîne de plein droit la reconduite du condamné à la frontière, le cas échéant, à l'expiration de sa peine d'emprisonnement ou de réclusion. () ". Aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office () d'une interdiction de retour sur le territoire français, () d'une peine d'interdiction du territoire français () ".
4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. de Wispelaere, sous-préfet de Draguignan, signataire de l'arrêté du 22 juin 2022, a reçu délégation du préfet du Var, par un arrêté n° 2022/17/MCI du 28 avril 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n°78 du même jour, aux fins de signer notamment tous arrêtés relevant des attributions de l'Etat. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué ne peut qu'être écarté.
5. En deuxième lieu, si le requérant soutient que l'arrêté en litige est insuffisamment motivé, il vise notamment les articles L. 721-3 à L. 721-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne la nationalité du requérant, sa déclaration relative à une demande d'asile en Italie où il n'est resté que deux mois, et l'absence de justification concernant les risques de traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour en Algérie, M. A B ayant de surcroît déclaré accepter d'y retourner. Il est dès lors suffisamment motivé. Compte tenu notamment de cette motivation, il ne ressort d'aucun élément au dossier, ni de la décision attaquée, que la situation du requérant n'aurait pas fait l'objet d'un examen réel et complet, alors qu'il ressort des pièces versées au dossier que celui-ci a été entendu et a pu présenter ses observations.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Si le requérant soutient qu'il réside continuellement en France depuis 2015, qu'il y a établi l'intégralité de sa vie privée et familiale et participe à l'entretien et à l'éducation de sa fille, il n'établit ni l'insertion professionnelle ni les liens avec sa fille, dont l'existence n'est d'ailleurs pas rapportée, dont il se prévaut. En outre, il ne démontre pas ne plus avoir d'attaches privées et familiales dans son pays d'origine. Dans ces conditions, et alors que M. A B a fait l'objet d'une décision le condamnant à une peine de cinq ans d'interdiction du territoire national, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés. Enfin, en l'absence de toute preuve des liens que le requérant avance au titre de sa paternité, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3§1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi :/ 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".
8. Si M. A B soutient qu'il craint pour sa sécurité en cas de retour en Algérie en raison des mauvais traitements et menaces de mort auxquels il serait exposé, il ne l'établit pas par ses seules déclarations. En outre, il a indiqué lors de son audition en date du 22 juin 2022, ainsi qu'il ressort du procès-verbal de garde à vue produit en défense, ne pas s'opposer à un retour en Algérie, de sorte que le préfet n'était pas tenu de vérifier l'état de l'instruction de sa demande d'asile déposée en Italie le 6 octobre 2015, soit près de sept ans avant la décision en litige. Il ressort en tout état de cause de l'arrêté du 12 juillet 2020 portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour que la demande d'asile présentée, en l'absence de saisine des autorités italiennes, par M. A B en France le 28 juin 2019, a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 31 janvier 2020, sans qu'aucun recours ne soit formé devant la Cour nationale du droit d'asile. M. A B n'apporte aucun nouvel élément de nature à établir la réalité des risques auxquels il serait personnellement exposé en cas de retour. Dès lors, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.
9. Il résulte de ce qui précède que M. A B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée du 22 juin 2022. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.
DECIDE :
Article 1er : M. A B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A B et au préfet du Var.
Délibéré le 1er juillet 2022 et lu en audience publique le même jour.
La magistrate désignée,
Signé
E. CLa greffière,
Signé
J. Saint-Etienne
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef,
La greffière
N°2205173
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026