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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2205315

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2205315

mardi 5 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2205315
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantJEREZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 juin 2022, M. A D demande au Tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 juin 2022 par lequel le préfet de la Haute-Corse lui fait obligation de quitter le territoire français sans délai, prononce à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour la durée d'un an et l'informe de son inscription au fichier SIS ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que son conseil renonce à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle ;

4°) d'ordonner la communication de l'ensemble des pièces sur lesquelles s'est fondée la préfecture pour prendre les décisions contestées.

Il soutient que :

- l'obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen réel de sa situation personnelle ;

- le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire n'est pas motivé ;

- cette décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle a été prise par une application mécanique des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français n'est pas motivée ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français et l'inscription au fichier SIS méconnaissent les articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sont disproportionnées, notamment s'agissant de la durée de l'interdiction ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'erreur d'appréciation au regard de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 juillet 2022 le préfet de la Haute-Corse conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que le requête est tardive et doit donc être rejetée comme étant irrecevable.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 septembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C, qui a informé les parties, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public, tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre la mesure d'inscription du requérant dans le système d'information Schengen ;

- les observations de Me Jerez, pour M. D, qui reprend les moyens soulevés dans la requête et insiste sur le fait que la requête n'est pas tardive, que la présence de l'intéressé en France ne caractérise par de menace à l'ordre public et que rien ne justifiait son placement en rétention ;

- et celles de M. D, assisté de M. B, interprète en langue arabe, qui confirme les éléments exposés par son conseil et indique qu'il a été victime d'un accident au mois de septembre 2021 lui ayant provoqué une fracture du poignet, à la suite de laquelle il doit poursuivre des soins en kinésithérapie, que l'essentiel de sa famille réside en Espagne et que sa mère et deux de ses frères et sœurs résident en Algérie.

Le préfet de la Haute-Corse n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant algérien né le 30 août 1984, demande au Tribunal de prononcer l'annulation de l'arrêté du 27 juin 2022 par lequel le préfet de la Haute-Corse lui fait obligation de quitter le territoire français sans délai et prononce à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. D, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions tendant à la communication par l'administration de l'ensemble des pièces sur lesquelles elle s'est fondée pour prendre la décision contestée :

3. L'affaire est en état d'être jugée et le principe du contradictoire a été respecté. Il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'ensemble des pièces sur lesquelles s'est fondé le préfet de la Haute-Corse pour prendre la décision contestée.

Sur la recevabilité des conclusions aux fins d'annulation de l'inscription au fichier SIS :

4. Lorsqu'elle prend, à l'égard d'un étranger, une décision d'interdiction de retour sur le territoire français, l'autorité administrative se borne à informer l'intéressé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Une telle information ne constitue pas une décision distincte de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français, ne fait pas grief, et n'est, dès lors, pas susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Par suite, les conclusions tendant à son annulation sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué vise notamment les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'accord franco-algérien et les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, l'arrêté indique que M. D, né le 30 août 1984 et de nationalité algérienne, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ni formulé de demande d'asile, qu'il ne peut se prévaloir de sources légales de revenus et qu'il se trouve ainsi en situation irrégulière sur le territoire français. Il ajoute que M. D déclare être entré sur le territoire français au mois d'août 2021 sans toutefois pouvoir en justifier en l'absence de document d'identité ou de voyage et qu'il entre ainsi dans le cadre de l'article L. 611-1 1e du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il précise également que M. D déclare être célibataire et sans enfant à charge, qu'il n'établit pas posséder le centre de ses intérêts privés et familiaux en France dans la mesure où il déclare avoir l'ensemble des membres de sa famille qui réside en Algérie. Ainsi, l'arrêté contesté, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle de M. D, et notamment pas la circonstance, non établie, que ce dernier aurait déposé une demande de certificat de résidence en raison de son état de santé, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque en fait et doit être écarté.

6. Il résulte de cette motivation, dont l'exactitude matérielle n'est pas contredite par les pièces du dossier, que le préfet a procédé à un examen sérieux de la situation personnelle du requérant.

7. Si M. D soutient avoir déposé une demande de certificat de résidence sur le fondement de l'article 6-1 7e de l'accord franco-algérien en raison de son état de santé, il ne l'établit pas. Il n'est donc pas fondé à soutenir que sa demande de titre de séjour serait en cours d'instruction et ferait obstacle à l'édiction d'une obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

8. aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Selon l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

9. D'une part, l'arrêté en litige vise les dispositions des articles L. 612-1 à L. 612-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise les raisons pour lesquelles le préfet a considéré qu'il existe un risque que M. D se soustraie à la mesure d'éloignement. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation et du défaut d'examen sérieux de la situation personnelle du requérant doivent être écartés.

10. D'autre part, il est constant que M. D ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et il n'est pas établi qu'il aurait sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Si l'intéressé soutient justifier de garanties de représentation, il n'apporte au Tribunal aucun élément permettant d'en attester, et notamment ne justifie pas être en possession de documents d'identité ou de voyage en cours de validité ni d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale. Dès lors, en l'absence de circonstance particulière, il se trouvait dans la situation où, en application des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Haute-Corse pouvait légalement décider de ne pas lui accorder de délai de départ volontaire. Par suite, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que le préfet de la Haute-Corse a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :

11. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

12. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

13. D'une part, il ressort des pièces du dossier que la décision contestée n'est pas fondée sur l'existence d'une menace pour l'ordre public, ni sur le refus d'exécution d'une précédente mesure d'éloignement. De plus, l'arrêté en litige vise les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que l'intéressé ne justifie d'aucune circonstance humanitaire particulière et qu'il ne justifie pas avoir établi de liens anciens et profonds avec la France. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

14. D'autre part, eu égard à la durée et aux conditions du séjour en France du requérant telles qu'exposées aux points précédents, le préfet n'a pas, en prononçant une interdiction de retour d'une durée d'un an, entaché sa décision d'une erreur d'appréciation tant sur le principe que sur la durée de l'interdiction de retour, qui n'est pas disproportionnée, et ce en dépit de la circonstance que la présence de l'intéressé en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'il ne se soit jamais soustrait à une mesure d'éloignement.

15. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-revoir opposée en défense par le préfet de la Haute-Corse, que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. D doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : M. D est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet de la Haute-Corse.

Lu en audience publique le 5 juillet 2022.

La magistrate désignée, La greffière,

Signé Signé

L. C H. Ben Hammouda

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Corse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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