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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2205325

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2205325

jeudi 21 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2205325
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantMOULDAÏA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 juin 2022 et 26 juin 2023, la société HMTP Groupe, venant aux droits de la société HMTP, représentée par Me Mouldaïa, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 avril 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a prononcé la liquidation partielle de l'astreinte administrative prononcée à son encontre par un arrêté pris par la même autorité le 21 décembre 2020, pour des travaux de remise en état non exécutés s'agissant de remblaiements réalisés en lit majeur de la Durance, sur la commune du Puy-Sainte-Réparade (13 610) ;

2°) de prononcer la décharge de l'astreinte administrative mise à sa charge ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est recevable ;

- il n'est justifié ni de la compétence du signataire de l'arrêté attaqué, ni de l'empêchement du délégant, les actes de réquisition du comptable public étant exclus du champ de la délégation de signature ;

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- l'arrêté a été édicté à l'encontre d'une société dépourvue de la personnalité morale près de deux ans et demi avant sa publication ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions du II de l'article L. 171-8 1° du code de l'environnement ;

- l'arrêté est entaché d'inexactitude matérielle des faits, il ne détermine pas de manière précise les volumes et les hauteurs de déchets, il est impossible de déterminer sa part de responsabilité car elle n'est intervenue que très ponctuellement sur le chantier, la composition des dépôts de remblais n'a jamais été vérifiée ;

- l'arrêté est entaché d'erreur manifeste d'appréciation, aucune constatation préalable aux visites de l'inspection de l'environnement des 15 et 31 octobre 2018 ne permet de prouver que les remblais présents n'auraient pas existé avant l'arrivée de la requérante sur les lieux ;

- elle a demandé l'annulation contentieuse de l'arrêté de mise en demeure du 17 avril 2019, l'appel interjeté contre le jugement rendu le 16 novembre 2021 est en cours et, dès lors, la liquidation partielle de l'astreinte ne peut pas être prononcée ;

- le montant de l'astreinte liquidée est disproportionné dès lors qu'elle a connu des difficultés liées à la pandémie de la Covid-19, tant humaines que matérielles, expliquant la situation d'inexécution constatée. .

Par des mémoires en défense enregistrés les 22 mai 2023 et 23 octobre 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 30 octobre 2023 par une ordonnance du 11 octobre précédent.

Vu :

- l'arrêt n° 21MA4405 de la cour administrative d'appel du 3 février 2023 ;

-les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ollivaux,

- les conclusions de M. Boidé, rapporteur public,

- et les observations de M. A pour le préfet des Bouches-du-Rhône.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 17 avril 2019, le préfet des Bouches-du-Rhône a mis la société HMTP en demeure de débuter l'enlèvement des remblais situés sur les parcelles cadastrées section A n° 999, 1004 et 1819, occupant une surface de quatre hectares environ et d'un volume estimé à 100 000 mètres cube dans un délai de trois mois, la totalité des remblais devant être évacuée dans le délai d'un an, et de déposer un dossier de remise en état du site auprès de la préfecture des Bouches-du-Rhône dans un délai de deux mois. La société n'y ayant pas déféré, le préfet des Bouches-du-Rhône a, par arrêté du 21 décembre 2021, prononcé à son encontre une astreinte administrative le 21 décembre 2020. La société HMTP demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 19 avril 2022 par lequel la même autorité a procédé à la liquidation partielle de cette astreinte à hauteur de la somme de 637 500 euros, correspondant à 425 jours.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 171-7 du code de l'environnement : " I. -Indépendamment des poursuites pénales qui peuvent être exercées, lorsque des installations ou ouvrages sont exploités, () ou des travaux, opérations, activités ou aménagements sont réalisés sans avoir fait l'objet de l'autorisation, de l'enregistrement, de l'agrément, de l'homologation, de la certification ou de la déclaration requis en application du présent code, () l'autorité administrative compétente met l'intéressé en demeure de régulariser sa situation dans un délai qu'elle détermine, et qui ne peut excéder une durée d'un an. / Elle peut, par le même acte ou par un acte distinct, suspendre le fonctionnement des installations ou ouvrages (). / L'autorité administrative peut, en toute hypothèse, édicter des mesures conservatoires aux frais de la personne mise en demeure () / II.- S'il n'a pas été déféré à la mise en demeure à l'expiration du délai imparti, () l'autorité administrative ordonne la fermeture ou la suppression des installations ou ouvrages, la cessation de l'utilisation ou la destruction des objets ou dispositifs, la cessation définitive des travaux, opérations, activités ou aménagements et la remise des lieux dans un état ne portant pas préjudice aux intérêts protégés par le présent code. / Elle peut faire application du II de l'article L. 171-8 aux fins d'obtenir l'exécution de cette décision () ". Aux termes du II de l'article L. 171-8 du même code : " Si, à l'expiration du délai imparti, il n'a pas été déféré à la mise en demeure, aux mesures d'urgence mentionnées à la dernière phrase du I du présent article ou aux mesures ordonnées sur le fondement du II de l'article L. 171-7, l'autorité administrative compétente peut arrêter une ou plusieurs des sanctions administratives suivantes : 1° Obliger la personne mise en demeure à s'acquitter entre les mains d'un comptable public avant une date déterminée par l'autorité administrative du paiement d'une somme correspondant au montant des travaux ou opérations à réaliser. () /4° Ordonner le paiement d'une amende administrative au plus égale à 45 000 €, recouvrée comme en matière de créances de l'Etat étrangères à l'impôt et au domaine, et une astreinte journalière au plus égale à 4 500 € applicable à partir de la notification de la décision la fixant et jusqu'à satisfaction de la mise en demeure ou de la mesure ordonnée. Les deuxième et troisième alinéas du même 1° s'appliquent à l'astreinte / Les amendes et les astreintes sont proportionnées à la gravité des manquements constatés et tiennent compte notamment de l'importance du trouble causé à l'environnement ".

3. En premier lieu, M. Yvan Cordier, secrétaire général de la préfecture des Bouches-du-Rhône, qui a signé l'arrêté contesté du 19 avril 2022, bénéficiait d'une délégation de signature du préfet des Bouches-du-Rhône du 10 février 2022, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs du même jour, à l'effet de signer une décision de cette nature. La société HMTP Groupe n'établit pas, alors que la charge de la preuve lui incombe, que le préfet n'aurait pas été empêché à la date d'édiction de cet arrêté et par suite l'incompétence qu'elle allègue de son signataire. Enfin, ainsi que le préfet le fait valoir, l'arrêté contesté n'a pas pour objet d'obliger le comptable public sous la responsabilité de l'ordonnateur, mais de prononcer la liquidation d'une astreinte prononcée précédemment qui donnera lieu à l'émission d'un titre de perception. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté doit être écarté dans l'ensemble de ses branches.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent.

A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 2° Infligent une sanction () ".

5. Il résulte de l'instruction que l'arrêté contesté vise les dispositions pertinentes du code de l'environnement, et notamment les articles L. 171-7 et L. 171-8. Il cite par ailleurs les précédents arrêtés concernant l'installation exploitée par la société HMTP à Puy-Sainte-Réparade, notamment l'arrêté préfectoral du 21 décembre 2020, rendant la société requérante redevable d'une astreinte journalière de 1 500 euros jusqu'à satisfaction de la mise en demeure notifiée par un arrêté préfectoral du 17 avril 2019 lui prescrivant de procéder, dans un délai d'un an maximum, à l'évacuation complète des remblais situés sur les parcelles section A 999, 1004 et 1819 sur la commune précitée. En outre, l'arrêté du 19 avril 2022 vise le courrier du 24 mars 2022 par lequel le préfet l'informe de la sanction susceptible d'être prise à son encontre. Enfin, l'arrêté contesté vise les dates prises en considération pour la liquidation de l'astreinte. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté du 19 avril 2022 devra être écarté comme manquant en fait.

6. En troisième lieu, la société requérante soutient que l'arrêté est illégal en ce qu'il n'indique pas de date avant laquelle la somme doit être consignée entre les mains du comptable public, ainsi que les dispositions précitées du II de l'article L. 171-8 du code de l'environnement le prévoient. Toutefois, ainsi que le fait valoir le préfet, l'astreinte est prévue par le 4° de L. 178-1 II. Or, cette disposition ne renvoie aux dispositions du 1° que s'agissant des 2è et 3è alinéas du 4°, pas du 1er alinéa. Ce moyen doit donc être écarté.

7. En quatrième lieu, la société HMTP Groupe soutient qu'en ne visant pas la nouvelle société constituée suite à la liquidation du 15 octobre 2019, le préfet a entaché l'arrêté du 19 avril 2022 d'illégalité. Toutefois, il résulte d'une part des écritures mêmes de la requérante que la société HMTP Groupe est venue aux droits de la société HMTP, et d'autre part, la société absorbante venant activement et passivement aux droits et obligations de la société absorbée, l'absence de mention dans l'arrêté contesté du nouveau nom social suite à la transmission universelle de patrimoine est sans incidence sur la légalité de l'arrêté.

8. En cinquième lieu, l'illégalité d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, ne peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que si cette dernière décision a été prise pour l'application du premier acte ou s'il en constitue la base légale. S'agissant d'un acte non réglementaire, l'exception n'est recevable que si l'acte n'est pas devenu définitif à la date à laquelle elle est invoquée, sauf dans le cas où l'acte et la décision ultérieure constituant les éléments d'une même opération complexe, l'illégalité dont l'acte serait entaché peut être invoquée en dépit du caractère définitif de cet acte.

9. La société requérante excipe de l'illégalité de l'arrêté préfectoral du 17 avril 2019 la mettant en demeurant d'enlever les remblais installés, qui à la date de la décision attaquée n'était pas définitif. Toutefois, seul l'arrêté du 21 décembre 2020 prononçant une astreinte constitue la base légale de l'arrêté contesté dans le présent litige. La société n'est donc pas recevable à exciper de l'illégalité de l'arrêté du 17 avril 2019 à l'appui de ses conclusions à fin d'annulation de la décision du 21 décembre 2020 procédant à la liquidation partielle de l'astreinte. Par suite, les moyens tirés de l'inexactitude matérielle des faits et de l'erreur manifeste d'appréciation de l'arrêté de mise en demeure doivent être écartés comme inopérants.

10. En sixième lieu, si la société requérante soutient que l'arrêté en litige est entaché d'inexactitude matérielle des faits et d'erreur manifeste d'appréciation, en ce qu'il ne détermine pas de manière précise les volumes et les hauteurs des déchets, qu'il ne se fonde sur aucun élément précis et ne fait état d'aucun outil de mesure, et qu'il est impossible d'identifier sa part de responsabilité dès lors qu'elle n'est intervenue que ponctuellement sur le chantier, sur instructions directes du propriétaire du terrain dont la responsabilité n'a pas été recherchée. Toutefois, il résulte de l'instruction que les 15 et 31 octobre 2018, l'inspecteur de l'environnement a constaté, lors de deux visites inopinées, que le lit majeur de la Durance avait été remblayé sur une surface d'environ quatre hectares et sur des hauteurs comprises entre quatre et six mètres, que des rampes avaient été aménagées afin que les camions puissent circuler sur ces remblais constitués de gravats de chantier, de pneus, de pierres, de câbles, de plastiques, de ferrailles et de déchets enrobés, enfouis ou en cours d'enfouissement sous des monticules de terre, et que les travaux de remblaiement étaient en cours de réalisation par la société HMTP sur les parcelles cadastrées section A n° 999, 1004 et 1819 sur le territoire de la commune du Puy-Sainte-Réparade. Il ressort de ces deux constats que la superficie du stockage, d'environ quatre hectares, correspondait à un volume des déchets estimé à 100 000 mètres cube. En se bornant à soutenir qu'il est impossible de quantifier sa responsabilité, la société HMTP ne critique donc pas utilement les faits constatés et repris par le rapport du manquement administratif du 22 novembre 2018, lesquels font foi jusqu'à preuve du contraire. Dans ces conditions, les moyens tirés de l'inexactitude matérielle des faits et de l'erreur manifeste d'appréciation soulevés par la société requérante doivent être écartés.

11. En septième lieu, la cour administrative d'appel de Marseille a rejeté, par un arrêt devenu définitif du 3 février 2023, le recours de la société HMTP contre la mise en demeure du 17 avril 2019. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir qu'eu égard à l'appel en cours, la liquidation partielle de l'astreinte ne pouvait être légalement prononcée.

12. En dernier lieu, et alors qu'il est constant que l'inexécution de ses obligations perdure depuis quatre années, elle n'établit pas, notamment par des pièces pourtant annoncées avoir connu des difficultés liées à la pandémie de la Covid-19, tant humaines que matérielles, expliquant la situation d'inexécution constatée, et en exposant que les conséquences de la liquidation de l'astreinte seraient manifestement disproportionnées et mettraient en péril la société. Elle ne justifie notamment pas qu'il lui aurait été impossible, malgré ces difficultés, de procéder, à tout le moins partiellement, par davantage de diligences, à la remise en état du site. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à soutenir que le montant de l'astreinte en cause est disproportionné.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 19 avril 2022 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin de décharge de l'astreinte seront également rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions de la requérante tendant à leur application et dirigées contre l'Etat, qui n'est pas partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société HMTP est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société HMTP Groupe, venant aux droits de la société HMTP et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 7 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Lopa Dufrénot, présidente,

Mme Niquet, première conseillère,

Mme Ollivaux, première conseillère,

Assistées de M. Giraud, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 décembre 2023.

La rapporteure,

Signé

J. Ollivaux

La présidente,

Signé

M. Lopa Dufrénot

Le greffier,

Signé

P. Giraud

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier,

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