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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2205438

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2205438

lundi 13 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2205438
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantTOUITOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 1er juillet 2022 et le 23 octobre 2023,

M. D A, représenté par Me Dumont-Scognamiglio, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite du 3 mai 2022 par laquelle le maire de la commune d'Ensuès-la-Redonne a refusé de dresser un procès-verbal d'infraction à l'encontre de

Mme C E, pour les travaux réalisés en méconnaissance des dispositions de la réglementation d'urbanisme et des permis de construire et permis modificatifs accordés sur la parcelle cadastrée section AK 413 située 26 Promenade des Flamands roses à Ensuès-la-Redonne ;

2°) d'enjoindre au maire d'Ensuès-la-Redonne, agissant au nom de l'Etat, de dresser un procès-verbal d'infraction et de le transmettre au ministère public ;

3°) d'assortir l'injonction d'une astreinte de 500 euros par jour de retard passé le délai imparti pour y satisfaire par le jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de la commune d'Ensuès-la-Redonne et de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le refus du maire de dresser un procès-verbal d'infraction est entaché d'une erreur de droit ;

- la matérialité des infractions commises par Mme E est parfaitement avérée concernant les exhaussements et affouillements réalisés, la destination du niveau du rez-de-jardin, la hauteur de la construction et la réalisation d'un local technique.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 20 septembre 2023 et 30 novembre 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au non-lieu à statuer.

Il fait valoir qu'un procès-verbal d'infraction a été dressé le 26 janvier 2023 à l'encontre de Mme E et que deux types d'infractions ont été relevées, à savoir l'exécution de travaux non autorisés par un permis de construire et l'infraction aux dispositions du plan local d'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 décembre 2023, la commune d'Ensuès-la-Redonne, représentée par Me B, conclut au rejet de la requête et demande que la somme de 1 000 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 7 novembre 2024, la clôture immédiate de l'instruction a été prononcée en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.

En application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, le maire d'Ensuès-la-Redonne a été invité, par un courrier du 18 novembre 2024, à produire le procès-verbal d'infraction établi à l'encontre de Mme E.

En réponse à cette mesure d'instruction, ce procès-verbal a été produit le

18 novembre 2024 mais non communiqué aux parties en vertu de l'article R. 412-2-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de Mme Coppin, rapporteure,

-les conclusions de M. Peyrot, rapporteur public,

-et les observations de Me Dupont, représentant M. A, celles de Me Heam, représentant Mme E et celles de Mme B représentant la commune d'Ensuès-la-Redonne.

Considérant ce qui suit :

1. Il ressort des pièces du dossier que M. A a demandé le 28 février 2022 au maire de la commune d'Ensuès-la-Redonne de dresser procès-verbal des infractions dont sont constitutifs, selon lui, les travaux réalisés par Mme E en méconnaissance des autorisations accordées et de la réglementation d'urbanisme applicable concernant les exhaussements et affouillements réalisés, la destination du rez-de-jardin, la hauteur de la construction et la réalisation d'un local technique. M. A demande l'annulation du refus implicite du maire de dresser un procès-verbal d'infraction, né le 3 mai 2022.

Sur l'exception de non-lieu à statuer opposée en défense :

2. Il ressort des pièces du dossier, soustraites au contradictoire en application des dispositions de l'article R. 412-2-1 du code de justice administrative, qu'un procès-verbal d'infraction a été dressé le 26 janvier 2023 à l'encontre de Mme E par un agent assermenté du service de l'urbanisme de la commune d'Ensuès-la-Redonne et que ce procès-verbal a été transmis au procureur de la République et à la direction départementale des territoires et de la mer des Bouches-du-Rhône. Ce procès-verbal a constaté des non-conformités quant à l'implantation de la construction par rapport aux limites séparatives en limite Ouest et Nord, aux dimensions de l'habitation et à la hauteur de la façade nord côté Est. Dès lors, les conclusions à fin d'annulation du refus implicite du maire d'Ensuès-la-Redonne de dresser un procès-verbal d'infraction ont perdu leur objet en tant qu'elles portent sur la hauteur de la construction et la superficie des pièces déclarées au rez-de-jardin.

3. En revanche, ce même procès-verbal d'infraction ne fait pas état des affouillements et exhaussements réalisés ainsi que sur le local technique dont il est allégué par le requérant qu'ils seraient irréguliers. Dès lors, la circonstance qu'un procès-verbal d'infraction ait été dressé et transmis au procureur de la République n'a pas eu pour effet de priver d'objet le litige en tant qu'il concerne ces deux points.

Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme : " () Lorsque l'autorité administrative et, au cas où il est compétent pour délivrer les autorisations, le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale compétent ont connaissance d'une infraction de la nature de celles que prévoient les articles L. 480-4 et L. 610-1, ils sont tenus d'en faire dresser procès-verbal. Copie du procès-verbal constatant une infraction est transmise sans délai au ministère public. () ". Aux termes de l'article L. 480-4 du même code " Le fait d'exécuter des travaux mentionnés aux articles L. 421-1 à L. 421-5 en méconnaissance des obligations imposées par les titres Ier à VII du présent livre et les règlements pris pour leur application ou en méconnaissance des prescriptions imposées par un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou par la décision prise sur une déclaration préalable est puni d'une amende comprise entre 1 200 euros et un montant qui ne peut excéder, soit, dans le cas de construction d'une surface de plancher, une somme égale à 6 000 euros par mètre carré de surface construite, démolie ou rendue inutilisable au sens de l'article L. 430-2, soit, dans les autres cas, un montant de 300 000 euros. En cas de récidive, outre la peine d'amende ainsi définie un emprisonnement de six mois pourra être prononcé. () " En application de l'article L. 610-1 de ce code : " En cas d'infraction aux dispositions des plans locaux d'urbanisme, les articles L. 480-1 à L. 480-9 sont applicables, les obligations mentionnées à l'article L. 480-4 s'entendant également de celles résultant des plans locaux d'urbanisme. () ".

5. Il résulte de ces dispositions que le maire est tenu de dresser un procès-verbal lorsqu'il a connaissance d'une infraction mentionnée aux articles L. 480-4 et L. 610-1 du même code, résultant soit de l'exécution de travaux sans les autorisations prescrites par le livre IV du code, soit de la méconnaissance des autorisations délivrées. Par ailleurs, alors même que le procès-verbal d'infraction dressé en application de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme a le caractère d'un acte de procédure pénale dont la régularité ne peut être appréciée que par les juridictions judiciaires, il appartient à la juridiction administrative de connaître des litiges qui peuvent naître du refus du maire de faire usage des pouvoirs qui lui sont conférés en sa qualité d'autorité administrative par les dispositions précitées et, le cas échéant, l'enjoindre à dresser procès-verbal d'infraction.

En ce qui concerne les affouillements et exhaussements réalisés :

6. Aux termes de l'article UD 2 du règlement du PLU en vigueur à la date de la décision attaquée : " Sont autorisés sous conditions () les affouillements du sol de plus de 2 mètres de haut et 100 m2 de surface à condition qu'ils soient nécessaires à la réalisation de constructions enterrées (parking, piscine, ) ou de bassins de rétention des eaux pluviales ".

7. Il ressort des pièces du dossier que les affouillements de sol ont été autorisés par le permis de construire initial, le permis de construire modificatif n°1 n'ayant pour objet que de modifier l'affectation des différentes pièces du sous-sol en créant une cave de 55,48 m2 et deux vides-sanitaires et en réduisant la superficie du garage, de manière à respecter la disposition du règlement du plan local d'urbanisme selon laquelle sont autorisées " dans le cadre de l'habitat individuel, les constructions à usage de stationnement de véhicules à condition qu'elles n'excèdent pas 50 m2 de surface de plancher par logement ". Si des affouillements supplémentaires ont pu être réalisés en exécution du permis modificatif n°1, il n'est pas établi que leur superficie et leur hauteur excèderaient les limites prévues par l'article UD 2 du règlement du plan local d'urbanisme en vigueur à la date de l'autorisation. Au demeurant, ces affouillements pouvant être regardés comme nécessaires à la construction enterrée de

Mme E, l'existence d'une infraction commise en méconnaissance de l'article

UD 2 précité n'est pas établie.

8. Aux termes de l'article R. 421-23 du code de l'urbanisme : " Doivent être précédés d'une autorisation préalable les travaux, installations et aménagements suivants : () / f) A moins qu'ils ne soient nécessaires à l'exécution d'un permis de construire, les affouillements et exhaussements du sol dont la hauteur, s'il s'agit d'un exhaussement, ou la profondeur, dans le cas d'un affouillement, excède deux mètres et qui portent sur une superficie supérieure ou égale à cent mètres carrés ; ()".

9. Si M. A soutient que la pétitionnaire a réalisé des exhaussements du sol en méconnaissance de l'article R. 421-23, il ne ressort pas des pièces du dossier et notamment de la comparaison des plans de coupe du permis initial et du permis modificatif n°2 que les cotes altimétriques indiquées au nord de la parcelle aient été modifiées sensiblement et que la pente de 10% du terrain n'ait pas été conservée. Par suite, il n'est pas établi l'existence d'une infraction commise au regard de la méconnaissance de l'article R. 421-23 précité.

En ce qui concerne la réalisation du local technique :

10. Aux termes de l'article UP 9 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal relatif aux clôtures : " La hauteur totale des clôtures (parties pleines et/ou ajourées) mesurée par rapport au terrain naturel est inférieure ou égale à 2 mètres ".

11. Si le requérant soutient que la hauteur de ce local excèderait la hauteur limite fixée par l'article UP 9 précité, il se borne à produire une photo ne permettant d'identifier ni le mur en cause, ni la mesure réelle de sa hauteur à partir du point le plus bas. Par suite, le requérant, par les éléments qu'il apporte au dossier, n'établit pas l'existence d'une infraction commise en méconnaissance de l'article UP 9 précité.

12. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation du refus implicite du maire d'Ensuès-la-Redonne en tant qu'il porte sur la constatation d'une infraction sur les affouillements et exhaussements réalisés ainsi que sur la construction d'un local technique.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

13. Le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par le requérant doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune et de la pétitionnaire, qui ne sont pas parties perdantes dans la présente instance, les sommes demandées par le requérant sur ce fondement. Dans les circonstances de l'espèce et sur le même fondement, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. A la somme que réclament la commune d'Ensuès-la-Redonne et

Mme E au titre des frais d'instance.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions présentées par M. A à fin d'annulation du refus du maire d'Ensuès-la-Redonne de dresser un procès-verbal d'infraction s'agissant des infractions tenant à la superficie des pièces situées en rez-de-jardin constitutives de surface de plancher et à la hauteur de la construction.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Les conclusions de toutes les parties tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à

Mme C E, à la commune d'Ensuès-la-Redonne et au ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation.

Copie pour information en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Marseille.

Délibéré après l'audience du 10 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Hogedez, présidente,

Mme Coppin, première conseillère,

Mme Arniaud, première conseillère,

Assistées de M. Brémond, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 janvier 2025.

La rapporteure,

signé

C. Coppin

La présidente,

signé

I. Hogedez

Le greffier,

signé

A. Brémond

La République mande et ordonne au ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier.

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