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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2205480

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2205480

mardi 28 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2205480
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre
Avocat requérantSTARK

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en formation collégiale, a rejeté la requête de M. A..., maître dans la marine nationale, qui demandait l’annulation partielle de la décision du ministre des armées du 25 octobre 2022 et la condamnation de l’État à lui verser 22 742 euros en réparation de ses préjudices. Le tribunal a considéré que les conclusions à fin d’annulation étaient irrecevables car la décision attaquée avait pour seul effet de lier le contentieux indemnitaire. Sur le fond, il a estimé qu’aucune faute de l’administration n’était établie, notamment s’agissant du rapport d’accident et de l’exécution des décisions de justice, et que l’illégalité d’une décision antérieure avait été régularisée par le versement de 5 000 euros au titre du préjudice moral. La requête a donc été rejetée dans son ensemble, sans application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 6 juillet 2022, 6 février et 3 mai 2023, M. B... A..., initialement représenté par Me Stark, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d’annuler la décision du 25 octobre 2022 par laquelle le ministre des armées a rejeté partiellement son recours administratif préalable obligatoire formé le 12 février 2022 devant la commission des recours des militaires à l’encontre de la décision de rejet née du silence de l’administration à sa demande indemnitaire préalable formée le 30 novembre 2021 ;

2°) de condamner l’Etat à lui verser la somme de 22 742 euros en réparation de ses préjudices assortie des intérêts au taux légal à compter de la demande indemnitaire préalable, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 5 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
la décision attaquée est entachée d’illégalité ;
la responsabilité de l’Etat est engagée en raison de l’illégalité des décisions prises sur sa situation administrative ;
il a droit, compte tenu des préjudices qu’il a subis, à la somme totale de 22 742 euros.


Par un mémoire en défense, enregistré le 12 avril 2023, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que la situation administrative de M. A... a été régularisée, les sommes restant dues ont été versées et le préjudice moral réparé à hauteur de 5 000 euros.

Par une ordonnance du 4 mai 2023, la clôture de l’instruction a été fixée au 5 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Hétier-Noël, rapporteure,
- et les conclusions de Mme Baizet, rapporteure publique.


Considérant ce qui suit :

M. A..., maître dans la marine nationale, affecté au bataillon des marins pompiers de Marseille, a formé le 25 novembre 2021 auprès de son administration une demande indemnitaire préalable aux fins de réparation des préjudices subis en raison des fautes commises par cette dernière, et réceptionnée le 30 novembre suivant. Il a ensuite saisi la commission des recours des militaires le 12 février 2022 d’un recours administratif préalable obligatoire contre la décision implicite de rejet née du silence de son administration sur sa demande. Par une décision du 25 octobre 2022, le ministre des armées a fait partiellement droit à ses demandes en décidant de lui verser la somme de 5 000 euros au titre de son préjudice moral. M. A... demande au tribunal la condamnation de l’Etat à lui verser une somme complémentaire de 22 742 euros en réparation de ses préjudices.

Sur les conclusions à fin d’annulation de la décision du 25 octobre 2022 :

La décision du 25 octobre 2022 par laquelle le ministre des armées a rejeté partiellement son recours administratif préalable obligatoire formé le 12 février 2022 devant la commission de recours des militaires à l’encontre de la décision de rejet née du silence de l’administration à sa demande indemnitaire préalable formée le 25 novembre 2021 a pour seul effet de lier le contentieux à l’égard de l’objet de la demande du requérant et a donné à l’ensemble de sa requête le caractère d’un recours de plein contentieux. Par suite, les conclusions qu’il présente à fin d’annulation de cette décision ne peuvent qu’être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité :

En premier lieu, si M. A... se prévaut d’une faute liée au défaut du rapport d’accident, il résulte de l’instruction et de l’arrêt de la cour administrative d’appel de Marseille du 9 février 2024 n° 23MA02039, rejetant la demande d’exécution introduite par M. A..., que le ministre des armées a établi, le 20 octobre 2021, le rapport circonstancié sur l’accident survenu en octobre 2014 et que ce rapport, communiqué en février 2022 a été inscrit sur le registre des constatations de sorte qu’aucune faute à ce titre ne peut être reprochée au ministre des armées.

En deuxième lieu, il ne résulte pas davantage de l’instruction que la faute tirée de ce que l’administration opposerait une résistance abusive à exécuter les décisions de justice est établie. S’agissant de l’établissement du rapport circonstancié d’accident, le Conseil d’Etat a dans une décision n° 474337 du 1er mars 2024 rejeté la demande indemnitaire de M. A... au motif que le délai d’exécution n’était pas excessif. S’agissant de l’exécution du jugement du tribunal du 25 mai 2021, le ministre a réexaminé la situation de M. A... et, par une décision du 25 octobre 2022, a reconnu son droit à être placé en congé longue durée pour maladie pour une affection présumée imputable au service, d’une durée de huit ans à compter du 13 janvier 2016. Si ce jugement a été exécuté plus d’un an et demi après sa notification, M. A... n’établit pas ni même n’allègue en avoir demandé l’exécution juridictionnelle dans ce laps de temps.

En troisième lieu, l’illégalité d’une décision administrative est constitutive d’une faute de nature à engager la responsabilité de l’administration à l’égard de son destinataire s’il en est résulté un préjudice direct et certain.

En l’espèce, par un jugement n° 1900561 du 25 mai 2021 devenu définitif , le tribunal administratif de Marseille a annulé la décision du 23 août 2018 du ministre des armées portant rejet du recours administratif préalable obligatoire formé par M. A... à l’encontre de la décision du 9 août 2017 en tant qu’elle précise que l’affection ouvrant droit à une 6ème période de congé de longue durée pour maladie pour une durée de six mois du 12 juillet 2017 au 12 janvier 2018 n’est pas liée au service ainsi que la décision du 15 avril 2019 portant rejet du recours administratif préalable obligatoire formé à l’encontre de l’arrêté du 26 juin 2018 prononçant sa radiation des contrôles pour réforme définitive. Par ailleurs, par un arrêt n° 21MA00001 du 1er octobre 2021 la cour administrative d’appel de Marseille a enjoint à la ministre des armées de faire établir un rapport circonstancié sur la maladie déclarée par M. A... et de l’inscrire sur le registre des constatations de son unité d’affectation, après avoir jugé que la ministre avait méconnu les dispositions de l’article R. 151-1 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre et celles de l’instruction du 9 octobre 1992 en lui opposant un refus suite à sa demande. Dans ces conditions, l’illégalité de ces décisions est constitutive d’une faute de nature à engager la responsabilité de l’Etat et à permettre au requérant d’obtenir réparation des préjudices directs et certains résultant de cette faute.

En ce qui concerne les préjudices :

En premier lieu, les dépenses engagées par M. A... au titre des frais d'avocat dans le cadre des procédures contentieuses introduites à l'encontre des décisions précitées relèvent de la seule application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Les décisions de justice précitées ont d'ailleurs mis à la charge de l’administration des sommes au titre des frais exposés par M. A... et non compris dans les dépens. Par suite, la demande d'indemnisation des frais de procédure supportés par ce dernier estimé à la somme globale de 11 742 euros doit être rejetée.

En second lieu, la faute commise par l’administration en refusant d’établir le rapport circonstancié sur la maladie déclarée par M. A... et de l’inscrire sur le registre des constatations de son unité d’affectation a nécessité que M. A... engage des procédures contentieuses et a créé un préjudice moral pour celui-ci ainsi que l’absence de toute solde entre les mois d’octobre 2018 et d’avril 2019 soit pendant sept mois avec une régularisation de la situation trois années plus tard. En lui allouant, par décision du 25 octobre 2022, la somme de 5 000 euros au titre de son préjudice moral, le ministre des armées a fait une juste appréciation du préjudice moral subi par le requérant.

Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A... doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


D É C I D E :



Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et à la ministre des armées et des anciens combattants.

Délibéré après l'audience du 30 septembre 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Carotenuto, présidente,
Mme Hétier-Noël, première conseillère,
Mme Diwo, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 octobre 2025.


La rapporteure,
signé
C. Hétier-Noël

La présidente,
signé
S. Carotenuto


La greffière,


signé


A. Vidal


La République mande et ordonne à la ministre des armées et des anciens combattants en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,

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