mercredi 13 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2205510 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | BRACCINI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 6 et 7 juillet 2022, M. D B, représenté par Me Braccini, demande au tribunal :
1°) de bénéficier de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler les arrêtés du 4 juillet 2022 par lesquels le préfet des Bouches-du-Rhône a décidé son transfert aux autorités maltaises responsables de l'examen de sa demande d'asile et l'a assigné à résidence ;
3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de réexaminer sa demande et lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de 72 heures ;
4°) d'être assisté par un avocat et un interprète en langue arabe et que lui soit communiqué l'entier dossier de procédure ;
5°) de mettre une somme de 1 500 euros à la charge de l'Etat en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous condition que celle-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'arrêté de transfert :
- l'administration ne justifie pas de la compétence de l'auteur de l'acte ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il a été pris sans un examen exhaustif de sa situation personnelle ;
- l'administration n'établit pas qu'il aurait reçu les informations prévues à l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 dans une langue qu'il comprend ;
- l'administration n'établit pas davantage que l'entretien prévu à l'article 5 du règlement aurait été mené régulièrement ;
- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 17 du règlement tenant à sa situation de vulnérabilité compte tenu de son état de santé et de la présence de ses parents en France ;
En ce qui concerne l'arrêté d'assignation à résidence :
- l'administration ne justifie pas de la compétence de l'auteur de l'acte ;
- la décision portant assignation à résidence est illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision de transfert ;
- l'assignation à résidence est une mesure disproportionnée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juillet 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du Tribunal a désigné M. A pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience :
- le rapport de M. Jorda, magistrat désigné,
- les observations de Me Braccini, représentant M. B, et celles de ce dernier, assisté de M. C, interprète en langue arabe,
- le préfet des Bouches-du-Rhône n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant syrien né le 1er janvier 1980 à Alep (Syrie), a sollicité l'asile le 1er juin 2022 auprès de la préfecture des Bouches-du-Rhône. La consultation du fichier Eurodac a fait apparaître que l'intéressé avait franchi la frontière de Malte le 20 janvier 2022. Les autorités maltaises, saisies d'une demande le 3 juin 2022, ont explicitement accepté de prendre en charge l'intéressé le 8 juin suivant. Par deux arrêtés du 4 juillet 2022, dont M. B demande l'annulation, le préfet des Bouches-du-Rhône a prononcé son transfert aux autorités maltaises et l'a assigné à résidence.
Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 4 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article 17 du même règlement : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers (), même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. () ". Et selon l'article L. 742-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : "() Le présent article ne fait pas obstacle au droit souverain de l'Etat d'accorder l'asile à toute personne dont l'examen de la demande relève de la compétence d'un autre Etat. ".
4. Il résulte de ces dispositions que si une demande d'asile est examinée par un seul État membre et qu'en principe cet État est déterminé par application des critères d'examen des demandes d'asile fixés par son chapitre III, dans l'ordre énoncé par ce chapitre, l'application de ces critères est toutefois écartée en cas de mise en œuvre de la clause dérogatoire énoncée au paragraphe 1 de l'article 17 du règlement, qui procède d'une décision prise unilatéralement par un État membre. Cette faculté laissée à chaque État membre est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.
5. Il ressort des pièces du dossier que M. B justifie d'attaches familiales en France en la personne de son père et de sa mère, tous deux titulaires d'un titre de séjour en qualité de bénéficiaires de la protection subsidiaire. M. B justifie également, par la production de pièces médicales, qu'il souffre d'asthme. L'intéressé soutient à l'audience sans être contredit que ses parents, qui ont fui la Syrie avant lui, lui apportent, outre un soutien moral important, une aide lors de ses crises d'asthme. Il indique de plus avoir une sœur en France. Il précise en outre à l'audience sans être contesté qu'à son arrivée à Malte à la suite du naufrage de son embarcation en Méditerranée, il a été mis deux mois à l'isolement et n'a pas bénéficié d'une autre aide médicamenteuse que celle liée aux médicaments qu'il avait pris soin d'emporter avec lui. Par suite, dans les circonstances particulières de l'espèce, en l'absence de tout lien avec Malte et en présence de membres de sa famille en France, M. B est fondé à soutenir que le préfet des Bouches-du-Rhône a commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation en ne faisant pas application de la clause discrétionnaire prévue par les dispositions précitées du paragraphe 1 de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 4 juillet 2022 décidant le transfert de M. B vers Malte doit être annulé. Par voie de conséquence, la décision d'assignation à résidence doit également être annulée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
7. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction prescrit, par cette même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution.
8. Eu égard au motif de l'annulation de la décision de transfert de M. B, en l'absence de modification dans sa situation et compte tenu des délais impartis à chaque Etat membre pour prononcer une demande de transfert, cette annulation implique nécessairement que les autorités françaises soient responsables de l'examen de sa demande d'asile et qu'ainsi l'intéressée soit autorisée à enregistrer sa demande en France. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de délivrer à M. B, le temps de cet examen, l'attestation de demande d'asile mentionnée à l'article L. 521-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile justifiant de l'examen par les autorités françaises de sa demande d'asile et de fixer à une semaine à compter de la notification du présent jugement le délai de délivrance de cette attestation. En revanche, il n'y a pas lieu de prononcer une astreinte à cet effet.
Sur les frais liés au litige :
9. Le requérant a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Braccini, son conseil, de la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de l'admission définitive du requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle et de la renonciation de Me Braccini à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
D É C I D E :
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2er : L'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 4 juillet 2022 décidant le transfert aux autorités maltaises de l'examen de la demande d'asile de M. B est annulé.
Article 3er : L'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 4 juillet 2022 assignant à résidence M. B est annulé.
Article 4 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône d'enregistrer la demande d'asile de M. B et de lui remettre une attestation de demande d'asile, dans le délai d'une semaine à compter de la notification de la présente décision.
Article 5 : L'État versera à Me Braccini une somme de 1 000 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Braccini renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 6 : La présente décision sera notifiée à M. D B et au préfet des Bouches-du-Rhône.
Copie en sera adressée au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Marseille.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.
Le magistrat désigné,
Signé
J. A
La greffière,
Signé
H. Ben Hammouda
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026