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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2205571

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2205571

lundi 20 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2205571
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCOLAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 juillet 2022, M. B A, représenté par Me Colas, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 janvier 2022 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a rejeté son recours gracieux contre la décision du 5 décembre 2021 mettant fin à ses conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de procéder au rétablissement des conditions matérielles d'accueil à compter du 4 janvier 2022, dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, d'enjoindre à l'OFII de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII le versement de la somme de 1 500 euros à Me Colas sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée traduisant l'absence d'examen sérieux de sa demande ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence d'information préalable dans une langue qu'il comprend, notamment en présence d'un interprète, des conséquences encourues en cas de refus de proposition d'hébergement, en méconnaissance des articles L. 551-10 et L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 20 de la directive 2013/33/UE ;

- elle est dépourvue de base légale dès lors que l'OFII ne pouvait se fonder sur l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour mettre fin à ses conditions matérielles d'accueil ;

- elle méconnaît l'article L. 552-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur d'appréciation de sa vulnérabilité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 octobre 2024, l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Simeray ;

- les conclusions de Mme Giocanti, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant afghan né en 1983, est entré en France le 4 septembre 2021. Il a sollicité l'asile le 15 septembre 2021 et a, le même jour, accepté l'offre de prise en charge au titre des conditions matérielles d'accueil réservées aux demandeurs d'asile. Par un courrier du 28 septembre 2021, l'OFII l'a informé de son intention de mettre fin aux conditions matérielles d'asile dès lors qu'il ne s'était pas rendu dans le lieu d'hébergement qui lui avait été proposé hors de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur. M. A a formulé des observations le 4 octobre 2021. Par une décision du 5 octobre 2021, l'OFII a mis fin à ses conditions matérielles d'accueil. Le requérant a formé un recours gracieux contre cette décision le 27 octobre 2021, lequel a été rejeté par l'OFII le 4 janvier 2022. Il demande au tribunal d'annuler la décision du 4 janvier 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.

3. Il résulte de ce qui précède que M. A doit être regardé comme demandant également l'annulation de la décision du 5 octobre 2021 mettant fin à ses conditions matérielles d'accueil.

4. Aux termes de l'article R. 551-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans le cas où le demandeur d'asile est orienté vers une région différente de la région d'enregistrement de la demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui remet un titre de transport afin qu'il se rende vers l'un des lieux mentionnés à l'article R. 551-2. Le demandeur doit s'y rendre dans un délai de cinq jours ". Aux termes de l'article R. 551-5 de ce code : " A défaut de présentation du demandeur dans le délai de cinq jours, mentionné à l'article R. 551-3, il peut être mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, en application de l'article L. 551-16 ". L'article L. 551-16 du même code dans sa rédaction applicable dispose que : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : 1° Il quitte la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 ; 2° Il quitte le lieu d'hébergement dans lequel il a été admis en application de l'article L. 552-9 ; 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil ".

5. En premier lieu, la décision contestée vise notamment l'article 20 point 1 de la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013 et l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle indique que le requérant a refusé une proposition d'hébergement le 28 septembre 2021 et que les motifs évoqués ne justifient pas des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti lors de l'acceptation de l'offre de prise en charge de l'OFII. La décision comporte ainsi les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et, par suite, est suffisamment motivée.

6. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation de M. A n'aurait pas fait l'objet d'un examen particulier de la part de l'OFII au regard des éléments dont il avait connaissance à la date de la décision. Par suite, le moyen tiré de l'absence de cet examen doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur est informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut lui être refusé ou qu'il peut y être mis fin dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 551-15 et L. 551-16 ". Aux termes de l'article L. 141-3 de ce code : " Lorsque les dispositions du présent code prévoient qu'une information ou qu'une décision doit être communiquée à un étranger dans une langue qu'il comprend, cette information peut se faire soit au moyen de formulaires écrits dans cette langue, soit par l'intermédiaire d'un interprète. L'assistance de l'interprète est obligatoire si l'étranger ne parle pas le français et qu'il ne sait pas lire ".

8. Si M. A soutient qu'il n'a pas été informé, dans une langue qu'il comprend, des conséquences d'un refus de proposition d'hébergement, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'une offre de prise en charge a été signée le 15 septembre 2021 par le requérant, à l'issue de l'entretien personnel, lequel a coché la case " je certifie avoir été informé dans une langue que je comprends des conditions et modalités de suspension et de refus de conditions matérielles d'accueil ". M. A ne soutient ni même n'allègue qu'il ne saurait pas lire, de sorte que l'assistance d'un interprète n'était pas obligatoire. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 141-3 et L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

9. En quatrième lieu, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été prise en méconnaissance du 1° de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale est inopérant dès lors que le texte de cette directive a été régulièrement transposé en droit interne par le décret n° 2015-1166 du 21 septembre 2015 pris pour l'application de la loi n° 2015-925 du 29 juillet 2015 relative à la réforme du droit d'asile.

10. Il est constant que, le 28 septembre 2021, M. A a refusé une proposition d'hébergement faite par l'OFII au centre d'accueil des demandeurs d'asile de Champagnac, dans le Cantal, et ne s'est donc pas présenté dans le délai de cinq jours dans ce lieu d'hébergement. L'OFII était donc fondé à mettre fin à ses conditions matérielles d'accueil en application de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile cité au point 4. Par conséquent, les moyens tirés du défaut de base légale et de l'erreur de droit doivent être écartés.

11. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 552-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'Office français de l'immigration et de l'intégration propose au demandeur d'asile un lieu d'hébergement. /Cette proposition tient compte des besoins, de la situation personnelle et familiale de chaque demandeur au regard de l'évaluation des besoins et de la vulnérabilité prévue au chapitre II du titre II, ainsi que des capacités d'hébergement disponibles et de la part des demandeurs d'asile accueillis dans chaque région ".

12. Le requérant n'établit pas qu'il se trouverait dans une situation de vulnérabilité telle qu'en lui refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, l'OFII aurait commis une erreur manifeste d'appréciation. Il ressort au demeurant de l'entretien de vulnérabilité conduit le 15 septembre 2021 que celui-ci a déclaré être hébergé chez des amis par alternance. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 552-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation commise par l'OFII doit être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 5 décembre 2021 par laquelle l'OFII a mis fin à ses conditions matérielles d'accueil et la décision du 4 janvier 2022 rejetant son recours gracieux formé contre cette décision. Par voie de conséquence, doivent également être rejetées ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que la demande présentée sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E:

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 5 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gonneau, président,

Mme Simeray, première conseillère,

Mme Devictor, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 20 janvier 2025.

La rapporteure,

Signé

C. Simeray

Le président,

Signé

P-Y. GonneauLa greffière,

Signé

A. Martinez

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de présent jugement.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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