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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2205647

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2205647

vendredi 2 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2205647
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantHABERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 juillet et 24 août 2022, le Centre communal d'action sociale (CCAS) de la commune de Cassis, représenté par la SCP Berenger-Blanc-Burtez-Doucede et associés, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner l'expulsion de M. A E et de Mme D B et de tous occupants de leur chef du logement qu'ils occupent dans la résidence sociale, Les Gorguettes, route de Carnoux à Cassis 13260 qu'ils occupent sans droit ni titre, sous astreinte de 50 euros, par jour de retard passé le délai d'un mois à compter de la décision à intervenir.

2°) de mettre à la charge de M. E et de Mme B une somme de 900 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'intéressé occupe avec son épouse, enceinte, et un enfant, un logement réservé à l'hébergement d'urgence qui ne peut être donné en location que pour une courte durée et qui ne peut accueillir au maximum que deux personnes ;

- l'intéressé a été mis en demeure de quitter les lieux et une proposition de logement lui a été adressée ;

- aucun contrat d'hébergement pour résidence principal n'a été signé pour le local d'hébergement d'urgence.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 23 et le 28 août 2022, M. E et Mme B concluent au rejet de la requête, à ce qu'il soit enjoint au Centre communal d'action sociale (CCAS) de la commune de Cassis de leur proposer un logement correspondant à leurs besoins sous astreinte de 50 euros par jour de retard, de condamner ce même CCAS à leur verser 2500 euros de préjudices et mettre à la charge de celui-ci une somme de 1500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la procédure prévue pour résilier le contrat d'hébergement n'a pas été respectée et aucune proposition de logement ne leur a été faite ;

- les différents préjudices qu'ils ont subis du fait des agissements du CCAS de Cassis s'élèvent à la somme de 2 500 euros.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 1er septembre 2022 à 14h00, en présence Mme Mendes, greffière d'audience, Mme C a lu son rapport et entendu :

- Me Clavaux, de la SCP Berenger-Blanc-Burtez-Doucede et associés, représentant le Centre communal d'action sociale de la commune de Cassis qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens en développant les conditions d'urgence et d'utilité de la mesure tenant au fait que M. E et sa famille sont dans un logement insalubre qui n'est destiné qu'à un hébergement de très courte durée et pour une seule personne et à ce que le CCAS ne dispose pas des moyens juridiques pour expulser ces occupants. Me Clavaux insiste également sur la bienveillance dont a fait preuve le CAAS à l'égard de M. E puisqu'il a tout mis en œuvre pour l'aider à trouver un autre logement, alors que celui-ci notamment n'a pas répondu à l'offre de logement proposé à Roquefort-la-Bédoule.

- Me Habert, représentant M. E et Mme B qui persiste dans ses écritures en défense, en faisant également valoir que M. E est titulaire d'un bail tacite et que celui-ci est disposé à quitter cet appartement qui ne correspond pas aux normes d'habitabilité.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ". " saisi, sur le fondement de ces dispositions, de conclusions tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un occupant sans titre du domaine public, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité ".

2. Le Centre communal d'action sociale (CCAS) de la commune de Cassis, en sa qualité de gestionnaire de la résidence sociale " Les Gorguettes " a consenti, le 16 septembre 2015, à M. A E, employé municipal, un contrat d'hébergement d'urgence portant sur un appartement, n° 96 situé route de Carnoux à Cassis pour une durée d'un mois renouvelable par tacite reconduction, logement qu'il a quitté le 29 aout 2016, pour occuper l'appartement n° 56, de cette même résidence. En l'absence de règlement de la redevance mensuelle, M. E, dans le courant de l'année 2018, a quitté ce logement pour occuper un local technique situé dans le bâtiment 7, appartement 116 B mis à sa disposition par le CCAS dans l'attente d'un nouveau logement. Les échanges avec M. E afin qu'il quitte ce logement n'ayant pas abouti, le CCAS de Cassis a, par courrier avec accusé réception, non retiré, du 26 mai 2021, donné congé à M. E pour le 30 juin 2021. M. E ayant alors indiqué qu'il allait accueillir, de manière définitive, sa compagne, enceinte et sa fille de trois ans, par courrier du 2 juin 2021, remis en main propre le même jour ainsi que celui du 26 mai 2021, la maire de Cassis, en sa qualité de présidente du CCAS, notifiait à l'intéressé la résiliation de son contrat d'hébergement et l'obligation de quitter son logement au 30 juin 2021. Faute pour M. E et sa famille d'avoir quitté les lieux, le CCAS de Cassis demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion de M. A E et de Mme D B et de tous occupants de leur chef du logement n° 116, qu'ils occupent, sans droit ni titre, dans la résidence sociale, Les Gorguettes, route de Carnoux à Cassis 13260.

3. Il résulte de l'instruction, que le contrat d'hébergement d'urgence signé le 16 septembre 2015 avec le CCAS de Cassis porte sur un appartement n° 96, situé route de Carnoux dont il est constant qu'il a été libéré par l'intéressé le 29 aout 2016 pour occuper l'appartement n° 56 puis au courant de l'année 2018, un local technique, situé bâtiment 7, appartement 116B, composé de deux pièces, d'une salle de bain avec toilettes sèches, et dépourvu de cuisine, sans qu'aucun contrat d'hébergement n'ait été signé pour l'occupation de ce logement. Cette occupation ainsi consenti sans bail n'a pu faire naître un quelconque bail tacite. Dans ces conditions, M. E et sa famille occupent l'appartement 116B sans droit ni titre. Par suite, M. E et Mme B ne peuvent utilement se prévaloir ni des dispositions de l'article 8 du règlement intérieur de la résidence sociale des Gorguettes, lequel indique qu' " il précise et complète le contrat d'hébergement dont il constitue une annexe indissociable " , ni de celles de l'article 18 de la convention type APL " résidence sociale " dont l'application est subordonnée, en application de l'article 15 de cette même convention, à la conclusion d'un titre d'occupation.

4. Il est constant que le logement dont s'agit, qui est réservé à être occupé pour une période très courte et pour deux personnes maximum, ne répond pas aux normes d'habitabilité d'un logement destiné à être occupé pour une longue durée, par une famille composée d'au moins quatre personnes, dont un bébé de 10 mois. Dans ces conditions, la mesure sollicitée qui ne se heurte à aucune contestation sérieuse, présente un caractère d'urgence et d'utilité, prévu par les dispositions précitées de l'article L. 521-3 du code de justice administrative. En conséquence, il y a lieu d'enjoindre à M. E, à Mme B ainsi qu'à tous occupants de leur chef de libérer le logement qu'ils occupent sans droit ni titre. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'ordonner que cette libération des lieux devra intervenir dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente décision. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions indemnitaires :

5. Il n'appartient pas au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative de condamner l'administration à verser une somme d'argent à un requérant en réparation de ses préjudices. Les conclusions présentées par les requérants tendant à la condamnation du CCAS à leur verser la somme totale de 2 500 euros en réparation des préjudices subis du fait de ses agissements ne peuvent dès lors, en tout état de cause, qu'être rejetées.

Sur les frais d'instance :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire application des dispositions précitées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Par suite les demandes des parties présentées sur ce fondement sont rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à M. E et à Mme B, ainsi qu'à tous occupants de leur chef, de libérer l'appartement 116B situé résidence "Les Gorguettes", route de Carnoux à Cassis (13260) qu'ils occupent, sans droit ni titre, dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente décision.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au Centre communal d'action sociale de la commune de Cassis, à M.Ramzi E et à Mme D B.

Fait à Marseille, le 2 septembre 2022.

La juge des référés,

Muriel C

La République mande et ordonne au Préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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