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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2205650

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2205650

vendredi 22 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2205650
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBACHTLI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 29 juin 2022, la présidente du tribunal administratif de Nice a renvoyé au tribunal la requête présentée le 27 juin 2022 par M. C B sous le n° 2203124.

Par cette requête, M. B, représenté par Me Bachtli, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

2°) d'annuler l'arrêté du 25 juin 2022 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et interdiction de retour sur ce territoire pendant deux ans, et fixant le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance du droit d'être entendu qu'il tient de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne :

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 22 juillet 2022 à l'issue de laquelle l'instruction a été close :

- le rapport de M. Boidé, magistrat désigné ;

- les observations de Me Chemmam, substituant Me Bachtli et représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par le même moyen, mais qui déclare que le requérant abandonne sa demande d'admission au titre de l'aide juridictionnelle ;

- les observations de M. B qui expose qu'il est entré en France régulièrement, en 2012, sous couvert d'un visa de long séjour en qualité de conjoint d'une Française ; que s'il a divorcé en 2014, il s'est remarié le 26 novembre 2016 avec une compatriote titulaire d'un titre de séjour ; qu'il n'ont pas d'enfant et qu'il travaille sans être déclaré ; que lorsqu'il a été interpellé à l'occasion d'un contrôle routier, il ne demeurait pas à leur domicile commune situé 43 corniche des Oliviers à Nice, mais chez son frère en raison de difficultés temporaires dans le couple et de la présence de sa belle-sœur ; qu'à l'occasion de la garde à vue dont il a fait l'objet préalablement à l'édiction de l'arrêté attaqué, les services de police lui ont expliqué qu'il était susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement ; qu'il souhaite rentrer en Tunisie mais n'a pas été en mesure de retrouver son passeport par l'intermédiaire de son frère.

Le préfet des Alpes-Maritimes n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant tunisien né le 28 décembre 1987 à M'Saken, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 25 juin 2022 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a prononcé à son encontre une interdiction de retour en France pour une durée de deux années, et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de la Charte : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. () ".

3. Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, prévoyant le droit à être entendu par l'autorité administrative, s'adresse uniquement aux institutions et organes de l'Union. Le moyen tiré de sa violation par une autorité d'un Etat membre est donc inopérant. Toutefois, il résulte également de cette jurisprudence que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Toutefois, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision d'éloignement est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de cette décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

4. En l'espèce, M. B soutient que le préfet des Alpes-Maritimes ne l'a pas mis en mesure de présenter, de manière utile et effective, ses observations avant qu'il lui soit fait obligation de quitter le territoire français. Toutefois, en dépit de toute observation en défense de l'autorité préfectorale et, notamment, de l'absence de production du procès-verbal de cette audition, le requérant déclare à l'audience, d'une part, qu'à l'occasion de son audition préalable à l'édiction de la mesure d'éloignement en litige, il a été informé de l'éventualité qu'une telle mesure soit prise à son encontre et qu'à cette occasion, il a pu faire valoir ses observations auprès des services de police. D'autre part, il ressort des mentions de l'arrêté en litige que l'ensemble des observations dont M. B se prévaut, notamment son antériorité de séjour en France, son entrée régulière sur ce territoire et l'absence de renouvellement de son titre de séjour à la suite de son divorce, a effectivement été pris en compte par l'autorité préfectorale. Dans ces conditions, le requérant ne démontre pas qu'il aurait disposé d'éléments pertinents qu'il aurait pu utilement porter à la connaissance de l'administration avant que soit prise la mesure d'éloignement attaquée et qui, s'ils avaient été communiqués à temps, auraient été de nature à faire obstacle à la décision lui faisant obligation de quitter le territoire. La seule production d'une attestation de dépôt d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour délivrée par le préfet des Alpes-Maritimes le 28 novembre 2019 n'est pas suffisante à cet égard. Par suite, le moyen doit être écarté.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. B doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions relatives aux frais de l'instance doivent être rejetées.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet des Alpes-Maritimes.

Délibéré le 22 juillet 2022, et lu en audience publique le même jour.

Le magistrat désigné,

Signé

M. A

La greffière,

Signé

A. Martinez

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour une expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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