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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2205728

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2205728

mardi 8 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2205728
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantBATAILLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 juin et 5 août 2022, Mme A B, représentée par Me Bataillé, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 janvier 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône, de lui délivrer le titre de séjour sollicité ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle doit être regardée comme soutenant que :

- aucune tardiveté ne peut lui être opposée dès lors qu'elle n'a reçu notification de l'arrêté attaqué que par un courriel du 16 mai 2022, en raison de l'erreur d'adressage commise par l'administration lors de l'envoi du courrier de notification de l'arrêté ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa présence sur le territoire depuis le 27 décembre 2014, des liens personnels qu'elle y a noués, de l'absence d'attaches en Algérie et de son insertion socio-professionnelle.

Par une lettre du 5 août 2022, Mme B a été invitée, en application de l'article R. 612-1 du code de justice administrative, à régulariser sa requête dans un délai de quinze jours par la production de l'arrêté attaqué.

Par un mémoire, enregistré le 5 août 2022, la requérante a produit l'arrêté attaqué.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 13 et 21 septembre 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable en raison de sa forclusion ;

- la requête est également irrecevable dès lors qu'elle ne comporte ni conclusions à fins d'annulation, ni faits et moyens en méconnaissance de l'article R. 411-1 du code de justice administrative ;

- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

La requérante a produit des pièces complémentaires, enregistrées le 3 octobre 2022 qui n'ont pas été communiquées.

Par une ordonnance du 16 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 4 octobre 2022 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique le rapport de M. Gonneau, président-rapporteur et les observations de Me Bataillé, pour Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante algérienne, a sollicité le 23 juillet 2021 la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de la vie privée et familiale. Le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande et a assorti cette décision d'une obligation de quitter le territoire dans le délai de trente jours par un arrêté du 7 janvier 2022. Mme B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

3. Mme B serait entrée sur le territoire le 27 décembre 2014 à l'âge de 57 ans et y a épousé un ressortissant français le 5 juillet 2017 lequel est décédé le 29 janvier 2018. Elle ne démontre pas l'existence d'une insertion sociale et professionnelle particulière en France en présentant plusieurs promesses d'embauche pour un poste de vendeuse en 2019 et plusieurs attestations de bénévolat au bénéfice du Secours Populaire depuis 2015. Enfin ses quatre enfants majeurs issus d'une précédente union avec un ressortissant algérien, résident en Algérie, pays où elle ne justifie pas qu'elle serait isolée du fait de son mariage avec un français non-musulman, contrairement à ce qu'elle allègue. Au regard de la durée et des conditions de séjour en France de la requérante les moyens tirés de ce la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et porterait atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale doivent être écartés.

4. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, que la requête doit être rejetée y compris les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 25 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Gonneau, président,

Mme Simeray, première conseillère,

Mme Devictor, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2022.

Le président-rapporteur,

Signé

P-Y. Gonneau

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

C. Simeray

Le greffier,

Signé

A. Martinez

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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