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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2205775

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2205775

vendredi 14 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2205775
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantPACCARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 juillet 2022, M. A C, représenté par Me Paccard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 mars 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a invité à quitter le territoire dans le délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 500 euros à Me Paccard en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de compétence ;

- il porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant dès lors que son exécution aurait pour effet de le séparer de son enfant ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré 22 février 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendus au cours de l'audience publique le rapport de Mme Delzangles.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant marocain, a sollicité son admission au séjour le 28 septembre 2021 sur le fondement de sa vie privée et familiale. Par un arrêté du 29 mars 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité. M. C demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant invitation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours :

2. Lorsque le refus de titre de séjour opposé à la demande d'un étranger s'accompagne d'une " invitation à quitter le territoire français ", cette invitation, qui est la conséquence nécessaire de la décision de refus de titre ne fait pas, par elle-même, grief et ne constitue pas, dès lors, une décision susceptible de recours. Il en va ainsi alors même que cette invitation est assortie d'un délai et de l'indication qu'au-delà de ce délai, à défaut d'avoir volontairement quitté le territoire français, l'étranger concerné s'expose à l'édiction, à son encontre, d'une obligation de quitter le territoire français, prise sur le fondement de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté en tant qu'il invite M. C à quitter le territoire sont irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. D B, chef du bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile de la préfecture des Bouches-du-Rhône, titulaire d'une délégation de signature à l'effet de signer tout document relatif à la procédure de délivrance de titre de séjour et de certificat de résidence consentie par un arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 31 mars 2021 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 423-23 : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Tout d'abord, les pièces produites par M. C ne permettent pas d'attester qu'il réside sur le territoire de manière stable et continue depuis 2017 comme il le soutient, alors que le préfet fait valoir en défense, sans être contesté, que le requérant serait entré sur le territoire pour la dernière fois le 2 juillet 2021 sous couvert d'une carte " résident longue durée - Union européenne " délivrée par les autorités espagnoles. Ensuite, si M. C se prévaut d'être le père d'un enfant né en 2017 d'une mère ressortissante marocaine dont il est séparé et résidant en France, ni les factures d'achat de produits de puériculture et de jouets, ni les attestations de proches, peu circonstanciées, produites par le requérant ne permettent d'établir qu'il contribue effectivement à l'éducation et à l'entretien de son enfant. La présence sur le territoire de deux de ses frères en situation régulière et d'une cousine, de nationalité française, qui l'héberge, ne suffit pas non plus à justifier de l'ancienneté et de la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France. Enfin, le requérant ne se prévaut d'aucune insertion socio-professionnelle sur le territoire. M. C, qui ne peut donc être regardé comme ayant transféré le centre de ses intérêts privés et familiaux en France, n'établit pas non plus être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de trente-six ans. Il en résulte que le préfet des Bouches-du-Rhône, en prenant l'arrêté en litige, n'a pas porté au droit de M. C au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels celui-ci a été pris, en méconnaissance des dispositions et stipulations précitées, ni commis d'erreur manifeste d'appréciation.

6. L'arrêté ne prend aucune mesure d'éloignement à l'encontre du requérant. Par suite, le moyen tiré de ce que son exécution aurait pour effet de le séparer de son enfant, en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, est inopérant.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. C à fin d'annulation de l'arrêté du 29 mars 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé son admission au séjour doivent être rejetées. Ses conclusions à fin d'injonction ainsi que la demande tendant à l'application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent, par voie de conséquence, être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 9 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Gonneau, président,

Mme Devictor, première conseillère,

Mme Delzangles, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 février 2025.

La rapporteure,

Signé

B. Delzangles.

Le président,

Signé

P-Y. GonneauLa greffière,

Signé

J. David

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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