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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2205826

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2205826

mercredi 20 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2205826
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCHELLY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 juillet 2022, M. B A, retenu au centre de rétention administrative de Marseille, représenté par Me Chelly, demande au tribunal :

1°) de l'admette au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 14 juillet 2022 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de faire procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché de l'incompétence de son signataire ;

- il est insuffisamment motivé et dépourvu d'un examen réel et sérieux de sa situation ;

- la décision lui refusant un délai de départ n'est pas motivée de manière distincte ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il dispose de garanties de représentation suffisantes ;

- la décision d'interdiction de retour pour une durée de deux ans et son inscription au fichier SIS méconnaît les dispositions de l'article L.612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et présente un caractère disproportionné au regard de sa situation personnelle ;

Par un mémoire en défense enregistré le 18 juillet 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les observations de Me Chelly qui conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens et fait valoir, en outre, que M. A justifie d'un passeport en cours de validité et d'une adresse stable ; qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public et qu'il démontre par ses démarches administratives réalisées depuis plus de deux ans visant à régulariser sa situation son souhait de s'installer durablement en France ;

- les observations de M. A qui répond aux questions du magistrat ;

- le préfet des Bouches-du-Rhône n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant algérien né le 7 avril 1987 à Ain Bedia (Algérie), est entré régulièrement en France sous couvert d'un visa de court séjour, le 19 mai 2016. Il a déposé une demande d'asile le 26 juillet 2017, rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 18 décembre 2017 et a fait l'objet d'une première obligation de quitter le territoire français le 3 mai 2019. Il a présenté le 22 août 2019 une demande d'admission au séjour au titre de la vie privée et familiale. Par arrêté du 26 mai 2021, le préfet des Vosges a rejeté sa demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. A la suite de son interpellation le 14 juillet 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône a pris à son encontre, par arrêté du même jour, une obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. M. A demande l'annulation de cet arrêté du 14 juillet 2022.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, Mme D, directrice de cabinet de la préfecture des Bouches-du-Rhône, signataire de la décision attaquée, bénéficiait, en sa qualité de sous-préfet de permanence, d'une délégation lui permettant de signer notamment les décisions relatives à l'éloignement, et les interdictions de retour par un arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 6 mai 2022 régulièrement publié et produit à l'instance. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté doit, par suite, être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () ". L'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit sur lesquels il se fonde, reposant notamment sur les articles L. 611-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. Il indique également les motifs de fait qui en constituent le fondement. La décision refusant à M. A un délai de départ précise que l'intéressé ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, ne disposant pas d'un passeport original en cours de validité, ne justifiant pas d'un lieu de résidence effectif, s'étant soustraie à deux précédentes mesures d'éloignement et indiquer lors de son audition ne pas vouloir retourner en Algérie. Enfin, la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans rappelle les faits précédemment cités et précise que M. A ne justifie pas de circonstances humanitaires au titre de l'article L.612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cet énoncé suffit à mettre le requérant en mesure de discuter utilement l'arrêté en litige et permet au juge de contrôler les motifs des décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'ensemble des décisions attaquées manque en fait et doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment de la motivation de l'arrêté attaqué, que le préfet des Bouches-du-Rhône, qui n'était pas tenu de faire figurer l'ensemble des éléments de la situation de M. A, a procédé à un examen particulier de celle-ci.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

6. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ()".

7. Il est constant que M. A n'a pas exécuté deux précédentes mesures d'éloignement prises à son encontre les 3 mai 2019 et 26 mai 2021. S'il soutient présenter des garanties de représentation suffisantes et produit en ce sens une copie de son passeport en cours de validité et justifie d'un hébergement stable depuis mars 2020, une telle circonstance ne suffit pas à établir l'existence de circonstances particulières qui aurait dû conduire le préfet à lui accorder un délai de départ volontaire. Dès lors, il se trouvait dans la situation où, en application des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet des Bouches-du-Rhône pouvait légalement décider de ne pas lui accorder de délai de départ volontaire. Par suite, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans :

8. Aux termes des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".

9. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

10. M. A est entré régulièrement en France le 19 mai 2016 sous couvert d'un visa Schengen de court séjour et est présent sur le territoire français depuis plus de six ans à la date de la décision attaquée. Le requérant réside depuis mars 2020 chez un ami, présent à l'audience, qui l'aide dans ses démarches entreprises depuis deux ans afin de régulariser sa situation administrative auprès des services préfectoraux, comme en attestent les nombreuses pièces du dossier. Dans les circonstances de l'espèce, M. A, qui ne représente pas une menace pour l'ordre public, est fondé à soutenir que le préfet des Bouches-du-Rhône a entaché son arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation en prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est seulement fondé à demander l'annulation la décision du 14 juillet 2022 prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. L'exécution du présent jugement, lequel annule uniquement la décision du 14 juillet 2022 portant interdiction de retour sur le territoire français, implique l'effacement du signalement de M. A aux fins de non admission dans le système d'information Schengen résultant de cette décision. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de procéder à cet effacement dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

13. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La décision du préfet des Bouches-du-Rhône du 14 juillet 2022 prononçant une interdiction de retour sur le territoire français est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de procéder à l'effacement du signalement de M. A aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juillet 2022.

Le magistrat désigné,

Signé

P. C La greffière,

Signé

A. Martinez

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

N°2205826

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