jeudi 20 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2205846 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | PASSET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 13 juillet 2022, la société Traitement Eco Compost, représentée par Me Leleu, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions implicites de rejet nées du silence gardé sur ses demandes indemnitaires préalables du 10 mars 2022 adressées au maire de Ventabren et au préfet des Bouches-du-Rhône et reçues, respectivement, le 15 mars 2022 et le 14 mars 2022 ;
2°) de condamner la commune de Ventabren et l'Etat à lui verser la somme de 27 117 972 euros, sauf à parfaire ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Ventabren et de l'Etat une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'annulation de l'arrêté de mise en demeure du 17 août 2018 par la cour administrative d'appel de Marseille ouvre droit à la réparation des préjudices directement causés par la fermeture du site, correspondant à l'intégralité des bénéfices qu'elle pouvait légitimement attendre de son activité ;
- à la suite de la fermeture du site, la requérante a tenté de réimplanter son activité sur la commune d'Eguilles, mais son activité a encore été entravée sur ce nouveau site, ce qui a entraîné une importante baisse de son activité ;
- la commune de Ventabren peut également être condamnée, dans la mesure où elle a saisi en 2018 le juge des référés du tribunal de grande instance d'Aix-en-Provence pour contraindre la société à fermer son site ;
- sur la base d'un bénéfice de 213 878 euros sur seize ans, le préjudice s'élève à 3 422 048 euros ;
- au regard de la croissance constante de l'activité de la société de 2016 à 2018 et de l'important contrat qu'elle aurait dû conclure avec Veolia, cette somme peut être réévaluée à sept millions d'euros, sauf à parfaire ;
- les différentes procédures que la société a diligentées pour permettre le maintien de son exploitation sur le site lui ont coûté, entre 2018 et 2020, 22 972 euros de frais d'avocat ;
- du fait de la fermeture du site, la requérante a perdu le fonds de commerce qu'elle exploitait, cette perte étant directement liée à l'illégalité de la décision du 17 août 2018 et devra être indemnisée à hauteur de la valorisation de ce fonds, soit une somme de vingt millions d'euros, sauf à parfaire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 décembre 2022, la commune de Ventabren, représentée par Me Passet, conclut au rejet de la requête et demande qu'une somme de 4 000 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
La société Traitement Eco Compost a produit un mémoire enregistré le 28 mars 2023 qui n'a pas été communiqué.
Des pièces produites par le préfet des Bouches-du-Rhône, enregistrées le 31 mars 2023, n'ont pas été communiquées.
Le préfet des Bouches-du-Rhône a produit un mémoire en défense enregistré le 5 avril 2023, après la clôture d'instruction intervenue en application de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'arrêt de la cour administrative d'appel de Marseille n° 19MA03834 du 11 juin 2021 ;
- le code de l'environnement ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de Mme Beyrend, rapporteure publique,
- les observations de Me Leleu, représentant la société Traitement Eco Compost,
- et les observations de Me Passet, représentant la commune de Ventabren.
Considérant ce qui suit :
1. La société Traitement Eco Compost a exploité entre le 29 octobre 2015 et le 30 novembre 2020, sur le territoire de la commune de Ventabren (13122), au lieu-dit " Château-Noir ", une structure de traitement de déchets verts, organiques et bois. L'activité qu'elle exerçait sur la parcelle BL n° 70 était située au 9 novembre 2015, date du récépissé de déclaration, en zone agricole du plan local d'urbanisme de la commune et était soumise à la réglementation sur les installations classées pour la protection de l'environnement. Le 17 août 2018, suite à un rapport de l'inspection des installations classées pour la protection de l'environnement du 28 mars 2018, le préfet des Bouches-du-Rhône a pris un arrêté mettant en demeure la requérante de cesser immédiatement la réception de tout déchet sur son exploitation et lui demandant de lui communiquer sous un mois la cessation d'activité prévue à l'article R. 512-66-1 du code de l'environnement et de procéder à la mise en sécurité et à la remise en état du site. Les prescriptions de cette mise en demeure n'ayant pas été respectées, le préfet des Bouches-du-Rhône a pris deux arrêtés le 30 novembre 2020, par lesquels il a infligé à la société Traitement Eco Compost une amende administrative de 15 000 euros et une astreinte journalière de 599 euros. Suite à l'annulation de l'arrêté de mise en demeure du 17 août 2018 par la cour administrative d'appel de Marseille le 11 juin 2021, par deux courriers du 10 mars 2022, la requérante a demandé au préfet d'une part, et au maire de la commune d'autre part, la réparation de l'ensemble des préjudices liés à la fermeture de son site de traitement. La société Traitement Eco Compost demande au tribunal d'annuler les décisions implicites de rejet de ces deux demandes indemnitaires préalables et de condamner la commune de Ventabren et l'Etat à lui verser la somme de 27 117 972 euros.
Sur la responsabilité :
En ce qui concerne la responsabilité de l'Etat :
2. En principe, toute illégalité commise par l'administration constitue une faute susceptible d'engager sa responsabilité, pour autant qu'il en soit résulté un préjudice direct et certain. La responsabilité de l'administration ne saurait être engagée pour la réparation des dommages qui ne trouvent pas leur cause dans cette illégalité.
3. Il résulte de l'instruction que la décision de fermeture du site de traitement des déchets exploité par la société Traitement Eco Compost est entachée d'illégalité, l'arrêté de mise en demeure du préfet des Bouches-du-Rhône du 17 août 2018 ayant été annulé par la cour administrative d'appel de Marseille par un arrêt devenu définitif du 11 juin 2021 et revêtu de l'autorité de la chose jugée, au motif que le préfet s'était fondé à tort sur un motif étranger aux prescriptions applicables au projet en cause en vertu du code de l'environnement. Toutefois, il ne résulte pas de l'arrêt rendu par la cour administrative d'appel de Marseille le 11 juin 2021 que la société Traitement Eco Compost pouvait légalement poursuivre l'exploitation de son activité de broyage et de compostage de déchets verts sur la parcelle cadastrée BL n° 70 située sur le territoire de la commune de Ventabren. A cet égard, il est constant que le préfet des Bouches-du-Rhône a pris à l'encontre de la société requérante des arrêtés, les 18 mai et 24 juillet 2017, prescrivant des mesures afin de prévenir les risques d'incendie à l'intérieur des installations ainsi que des moyens à mettre en œuvre pour éviter la propagation d'un incendie à l'extérieur du site, qui n'ont pas été exécutés. Ainsi, il ne peut être tenu pour suffisamment probable que la société requérante, même en possession d'un récépissé de déclaration de son activité en date du 9 novembre 2015, aurait pu poursuivre l'exploitation de son activité sur le site. Au demeurant, la société exerçait une activité de traitement de déchets soumise au régime de la déclaration des installations classées pour la protection de l'environnement (rubriques n° 2260-2b(D), n° 2716-2 (DC) et n° 2780-1-c(D) de la nomenclature des installations classées pour la protection de l'environnement), alors que la parcelle sur laquelle elle exerçait cette activité était située en zone agricole. De plus, le plan local d'urbanisme de la commune alors applicable interdisait les exploitations autres qu'agricoles dans la zone, catégorie d'exploitation dans laquelle ne rentrait pas l'activité de la société Traitement Eco Compost. La cour d'appel d'Aix-en-Provence a d'ailleurs estimé, par un arrêt définitif du 10 janvier 2019, que la délivrance du récépissé de déclaration du 9 novembre 2015 avait été effectuée sous réserve du droit des tiers et du respect des règles administratives, notamment la réglementation en matière d'urbanisme. Par suite, à les supposer établis, les préjudices allégués par la société requérante ne peuvent être regardés comme ayant pour origine directe l'illégalité de l'arrêté préfectoral de mise en demeure du 17 août 2018. Il résulte de ce qui précède que la responsabilité de l'Etat ne peut pas être engagée.
En ce qui concerne la responsabilité de la commune :
4. La société requérante soutient que la responsabilité de la commune de Ventabren peut également être recherchée dès lors qu'elle a saisi le juge des référés du tribunal de grande instance d'Aix-en Provence, afin de la contraindre à cesser son activité et fermer son site. Toutefois, la seule saisine du juge judiciaire par la commune ne suffit pas à établir un comportement fautif de la commune alors qu'il résulte de l'instruction que la cour d'appel d'Aix-en-Provence a estimé le 10 janvier 2019, par un arrêt devenu définitif, que la société Traitement Eco Compost avait réalisé des travaux d'affouillement et d'exhaussement du sol sur la parcelle dont il s'agit, malgré le refus implicite de la mairie de Ventabren, en méconnaissance des règles d'urbanisme, constituant un trouble manifestement illicite. La cour d'appel a en outre condamné la société requérante à cesser son activité de stockage de déchets, de broyage et concassage et à enlever, sous astreinte, les baraquements et les matériels présents sur le site. Par suite, la requérante n'établit pas que la commune de Ventabren a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.
5. Il résulte de tout ce qui précède que la société Traitement Eco Compost n'est pas fondée à demander la condamnation de l'Etat et de la commune de Ventabren au versement d'une quelconque indemnité.
Sur les frais d'instance :
6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la société Traitement Eco Compost demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la requérante une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Traitement Eco Compost est rejetée.
Article 2 : La société Traitement Eco Compost versera à la commune de Ventabren la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Traitement Eco Compost, à la commune de Ventabren et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.
Délibéré après l'audience du 6 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Laso, président,
Mme Niquet, première conseillère,
Mme Ollivaux, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 avril 2023.
La rapporteure,
Signé
J. A
Le président,
Signé
J.-M. Laso
Le greffier,
Signé
P. Giraud
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône, en ce qui le concerne, et à tous les commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
Pour la greffière en chef,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026