lundi 22 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2206037 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | Cabinet KOSZCZANSKI & BERDUGO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 juillet 2022 et un mémoire complémentaire enregistré le 12 août 2022, M. B A, représenté par Me Koszczanski, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 1er juillet 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a prononcé à son encontre une interdiction de circuler sur le territoire français pendant une durée de deux ans et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans le délai d'un mois qui suit la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- Il a respecté toutes les obligations liées au port de son bracelet électronique ;
- Il vient d'avoir son baccalauréat mécanique poids lourds avec mention bien et a signé le 7 juillet un CDI chez Renault Trucks ;
- Il justifie d'une assurance maladie et de ressources lui permettant de subvenir à ses besoins ;
- Le principe du contradictoire n'a pas été respecté ;
- La caducité du droit au séjour est illégale
- L'obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;
- La décision est entachée de plusieurs erreurs de fait ;
- Il ne présente pas une menace grave à l'ordre public ;
- Les stipulations de l'article 8 ont été méconnues ;
- L'interdiction de circulation est également insuffisamment motivée ;
- L'interdiction de circulation est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 juillet 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Marseille a désigné M. C pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique. :
- le rapport de M. Terras, magistrat désigné,
- les observations de Me Teysseyré substituant Me Koszczanski pour le requérant et de M. A lui-même.
Le préfet des Bouches-du-Rhône n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant polonais né le 31 juillet 1994, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 1er juillet 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français de deux ans et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions en annulation
En ce qui concerne la caducité du droit au séjour
2. Aux termes de l'article L. 251-1 de ce même code : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ". Il résulte des dispositions précitées du 2° de l'article
L. 251-1, qu'il appartient à l'autorité administrative, qui ne saurait se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française, ces conditions étant appréciées en fonction de sa situation individuelle, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.
3. Aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ".
4. Pour faire obligation à M. A de quitter le territoire français, le préfet des Bouches-du-Rhône s'est fondé sur la menace à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société que le comportement de l'intéressé représentait et a relevé, à titre surabondant, que ce dernier ne justifiait pas de ressources suffisantes pour ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ni d'une assurance maladie. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été condamné une première fois à six mois de prison le 28 janvier 2015 par le tribunal correctionnel de Marseille pour des faits de vol par ruse, effraction ou escalade dans un lieu d'habitation ou un lieu d'entrepôt aggravé par une autre circonstance et une seconde fois le 4 février 2019 par le tribunal judiciaire de Bobigny à deux ans de prison pour transport non autorisé de stupéfiants, participation à association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un délit puni de dix ans d'emprisonnement et incarcéré en mars 2021 au centre pénitentiaire de Marseille-Baumettes. Ainsi, compte tenu de la gravité et de leur caractère répétitif, le comportement personnel de M. A constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. Par ailleurs, si M. A soutient que son droit au séjour est établi dès lors qu'il a signé un contrat à durée indéterminée et dispose de ressources suffisantes, cette circonstance ne saurait être justifiée par la seule production d'un contrat avec Renault Trucks Marseille daté du 5 juillet 2022, soit postérieurement à la date de la décision en litige. Il suit de là que les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions du 2° de l'article L. 251-1 et de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.
5. M. A déclare être entré en France en octobre 2013 et y résider depuis lors, et avoir suivi un enseignement en alternance dans le secteur du transport routier lui permettant d'obtenir un baccalauréat en juillet 2022. Toutefois, il n'établit par aucune pièce la durée de son séjour en France et son insertion professionnelle n'est pas suffisamment caractérisée par l'obtention d'un diplôme et la signature d'un contrat à durée indéterminée postérieur à la décision en litige. Par ailleurs, M. A est sans charge de famille en France, et s'il allègue vivre en concubinage avec une compatriote, qui travaille comme apprenti monteur-lunetier, la communauté de vie n'est pas établie par les pièces du dossier. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
6. M. A soutient que le principe du contradictoire n'a pas été respecté dès lors qu'il n'a pas été en mesure de présenter des observations préalablement à l'édiction de l'arrêté en litige. Il ressort toutefois des pièces du dossier que M. A a renseigné le formulaire daté du 1er juillet 2022 l'informant que le préfet envisageait de prendre une obligation de quitter le territoire français et qu'à cet effet il pouvait présenter des observations. S'il a refusé de signer ce document, il a néanmoins précisé la date de son entrée en France en renseignant " octobre 2013 ", sa situation personnelle " en couple depuis 5 ans sans enfant " et a porté la mention " RAS " à la question : avez-vous des éléments à porter à la connaissance de l'administration s'agissant de votre état de vulnérabilité, Présentez-vous un handicap '. Par suite M. A n'est pas fondé à soutenir qu'il n'a pas été en mesure de présenter des observations avant la décision en litige qui lui a été notifiée le 12 juillet 2022.
7. La décision en litige vise les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet a fait application et mentionne, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles il s'est fondé, notamment les condamnations de M. A. La décision fait également état de ce que M. A ne justifie pas de ressources suffisantes pour lui et sa famille. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.
8. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Bouches-du-Rhône n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de l'intéressé. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation du requérant doit être écarté.
9. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
10. Ainsi qu'il est dit au point 5, le requérant, n'établit pas, par les pièces qu'il produit, qu'il vit en France depuis 2013 et ne démontre pas avoir construit des liens personnels d'une particulière intensité en France. Par suite, le préfet n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. A
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
11. Aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans ".
12. Il ressort des termes de l'arrêté du 1er juillet 2022, que le préfet des Bouches-du-Rhône a assorti l'obligation de quitter le territoire français prononcée à l'encontre de M. A d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois, compte tenu de la menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française que son comportement représenterait. Si le requérant se prévaut du droit à la libre circulation dont bénéficie tout citoyen de l'Union européenne, il ne conteste pas que ce droit puisse connaître des restrictions pour des raisons tenant notamment à l'ordre public. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance du droit à la libre circulation et de l'erreur manifeste d'appréciation ne peuvent qu'être écartés.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. A doivent être rejetées. Il en est de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction et de celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E:
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Bouches-du-Rhône.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 22 août 2022.
Le magistrat désigné,
Signé
F. C
Le greffier,
Signé
T. Marcon La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour une expédition conforme,
Pour la greffière en chef,Le greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026