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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2206043

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2206043

mercredi 24 septembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2206043
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantASSOCIATION TRAVERT ROBERT CEYTE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de la société Littoral Habitat contestant une amende administrative de 17 500 euros pour démarchage téléphonique illicite, fondée sur les articles L. 223-1 et suivants du code de la consommation. La société invoquait sa bonne foi et le fait d'avoir été trompée par un prestataire, mais le tribunal a jugé que ces circonstances ne l'exonéraient pas de sa responsabilité en tant que professionnel. La solution retenue confirme la légalité de la sanction et de son obligation de publication, estimant que les manquements étaient établis et que la sanction n'était pas disproportionnée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 juillet 2022, la société Littoral Habitat, représentée par Me Travert, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler la décision du 9 février 2022 par laquelle la directrice départementale de la protection des populations des Bouches-du-Rhône a mis à sa charge une amende administrative d'un montant de 17 500 euros assortie de l'obligation de publier cette sanction durant 30 jours sur le site de la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), et sur le site bloctel.gouv.fr, ensemble la décision de rejet de son recours hiérarchique prise par le ministre de l'économie, des finances et de la relance ;

2°) à titre subsidiaire, de ramener le montant de l'amende administrative à un montant nul ou à de plus justes proportions et de prévoir l'absence de publication de la décision ;

3°) en tout état de cause, d'enjoindre à l'administration de reporter la publication de la décision ou de l'anonymiser ou de ne pas la publier ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les manquements reprochés ne lui sont pas imputables car elle a été trompée par sa prestataire de service, la société ITL, qui n'a pas expurgé de ses fichiers les consommateurs inscrits sur le site Bloctel pour les périodes du 8 septembre au 5 octobre 2020 et du 15 novembre au 31 décembre 2020, et par sa salariée responsable de son service de téléprospection qui n'a pas respecté la réglementation et a été licenciée pour ce motif ;

- elle est de bonne foi ;

- la publication est illégale car susceptible de lui causer un préjudice grave et disproportionné ;

- la sanction administrative doit être minorée compte tenu de sa bonne foi et de ses résultats comptables ;

- la publication doit être reportée, anonymisée ou non effectuée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 avril 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la société Littoral Habitat ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la consommation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Forest,

- et les conclusions de M. Garron, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société Littoral Habitat, spécialisée dans le traitement du bois et des charpentes et la rénovation de toiture, a fait l'objet d'un contrôle diligenté par la direction départementale de la protection des populations (DDPP) des Bouches-du-Rhône le 3 février 2021 à l'issue duquel des manquements aux alinéas 2, 4 et 6 de l'article L. 223-1 du code de la consommation ont été relevés par procès-verbal du 10 novembre 2021. Par un courrier du 16 novembre 2021, la DDPP l'a informée de ce qu'elle était susceptible de faire l'objet de sanctions administratives ainsi que d'une obligation de publication de la décision de sanctions et a sollicité ses observations. A la suite des observations écrites de la société requérante, par courrier reçu le 27 décembre 2021, la directrice départementale de la protection des populations, par décision du 9 février 2022, a mis à sa charge des amendes administratives d'un montant total de 17 500 euros assorties de l'obligation de publier la décision de sanctions sur le site internet de la DGCCRF ainsi que sur le site bloctel.gouv.fr pendant 30 jours. La société requérante a adressé un recours hiérarchique au ministre de l'économie, des finances et de la relance, par un courrier du 21 mars 2022 auquel l'administration n'a pas répondu expressément. La société Littoral Habitat demande, à titre principal, l'annulation de la décision du 9 février 2022 et de la décision de rejet de son recours hiérarchique, à titre subsidiaire, à ce que le montant des amendes administratives soit ramené à de plus justes proportions et que la décision de sanction ne soit pas publiée, et, en tout état de cause, d'enjoindre à l'administration de la publier sous forme anonymisée, de reporter cette publication ou de ne pas la publier.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 223-1 du code de la consommation, dans sa rédaction issue de la loi du 24 juillet 2020 visant à encadrer le démarchage téléphonique et à lutter contre les appels frauduleux : " Le consommateur qui ne souhaite pas faire l'objet de prospection commerciale par voie téléphonique peut gratuitement s'inscrire sur une liste d'opposition au démarchage téléphonique. / Il est interdit à un professionnel, directement ou par l'intermédiaire d'un tiers agissant pour son compte, de démarcher téléphoniquement un consommateur inscrit sur cette liste, sauf lorsqu'il s'agit de sollicitations intervenant dans le cadre de l'exécution d'un contrat en cours et ayant un rapport avec l'objet de ce contrat, y compris lorsqu'il s'agit de proposer au consommateur des produits ou des services afférents ou complémentaires à l'objet du contrat en cours ou de nature à améliorer ses performances ou sa qualité.() / Tout professionnel saisit, directement ou par le biais d'un tiers agissant pour son compte, l'organisme mentionné à l'article L. 223-4 aux fins de s'assurer de la conformité de ses fichiers de prospection commerciale avec la liste d'opposition au démarchage téléphonique : 1° Au moins une fois par mois s'il exerce à titre habituel une activité de démarchage téléphonique ; 2° Avant toute campagne de démarchage téléphonique dans les autres cas () ".

3. Il résulte de l'instruction que, pour décider de prononcer une sanction à l'encontre de la société Littoral Habitat, l'administration s'est fondée, d'une part, sur la circonstance que celle-ci a démarché 16 184 consommateurs inscrits sur la liste d'opposition Bloctel sur la période du 6 novembre 2020 au 24 février 2021 par la passation de 23 590 appels distincts, certains consommateurs étant démarchés jusqu'à 6 reprises, en méconnaissance de l'alinéa 2 de l'article L. 223-1 du code de la consommation, cité au point 2, et, d'autre part, sur la circonstance que la société requérante n'a pas saisi l'organisme mentionné à l'article L. 223-4 du même code aux fins de s'assurer de la conformité de ses fichiers de prospection commerciale avec la liste d'opposition au démarchage téléphonique en méconnaissance de l'alinéa 4 de l'article L. 223-1 de ce code, également cité au point 2.

4. Si la société requérante soutient que sa société prestataire de services, la société ITL, n'a pas expurgé des fichiers les consommateurs inscrits sur le site Bloctel pour la période du 15 novembre au 31 décembre 2020, l'administration relève sans être contestée que la société requérante, en réalité, n'a pas fait appel à cette société prestataire durant cette période. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que la responsable du service de téléprospection, salariée de la société Littoral Habitat, a agi dans le cadre de ses fonctions et qu'elle n'a organisé des appels qu'à partir des seuls fichiers de prospection appartenant à cette société, lesquels ont été passés au nom et pour le compte de celle-ci sans qu'il ne ressorte des termes de son contrat de travail qu'elle devait vérifier les listes de consommateurs au regard de la liste d'opposition ou qu'elle pouvait solliciter des prestataires qu'ils contrôlent les listes. La société requérante, qui n'établit ni même n'allègue avoir adopté et effectivement mis en œuvre des mesures propres à prévenir et à détecter les manquements de sa salariée, n'est ainsi pas fondée à soutenir que les manquements reprochés ne peuvent pas lui être imputés.

5. En deuxième lieu, si la répression pénale exige un élément intentionnel, les sanctions administratives viennent sanctionner des manquements sans que ne soit recherchée l'intention de les commettre. Ainsi, la circonstance, à la supposer établie, que la société requérante serait de bonne foi est sans incidence sur le bien-fondé de la sanction en litige.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 242-16 du code de la consommation : " () L'autorité administrative chargée de la concurrence et de la consommation peut décider de reporter la publication d'une décision, de publier cette dernière sous une forme anonymisée ou de ne pas la publier dans l'une ou l'autre des circonstances suivantes : 1° Lorsque la publication de la décision est susceptible de causer à la personne en cause un préjudice grave et disproportionné () ".

7. Le moyen tiré par la société requérante de ce que la décision de publication serait de nature à lui causer un préjudice grave et disproportionné, à supposer même un tel préjudice établi, est sans incidence sur la légalité de la décision en litige, et ce alors qu'en tout état de cause, elle n'a pas formulé d'observations à ce sujet préalablement à l'édiction de cette décision.

8. Il résulte de ce qui précède que la société Littoral Habitat n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 9 février 2022 et de la décision de rejet de son recours hiérarchique.

Sur les conclusions subsidiaires à fin de réformation et sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Aux termes du 1er alinéa de l'article L. 242-16 du code de la consommation : " Tout manquement aux dispositions des articles L. 223-1 à L. 223-5 est passible d'une amende administrative dont le montant ne peut excéder 75 000 € pour une personne physique et 375 000 € pour une personne morale ".

10. Il résulte de ces dispositions que l'administration détermine librement le montant de l'amende qu'elle entend infliger en tenant compte des circonstances de l'espèce, dans la limite du montant de l'amende maximale de 375 000 euros, pour chacun des manquements relevés. Le respect du principe de proportionnalité d'une sanction financière s'apprécie au regard de la gravité des manquements commis, de la durée de la période durant laquelle ces manquements ont perduré, du comportement de la société et de sa situation, notamment financière.

11. La société Littoral Habitat, qui s'est vue infliger une amende de 16 500 euros pour avoir passé 23 590 appels à des consommateurs inscrits sur la liste d'opposition Bloctel, et une amende de 1 000 euros pour défaut de consultation obligatoire de la liste d'opposition au démarchage téléphonique, ainsi qu'il a été exposé au point 3, soutient que la sanction est disproportionnée eu égard à sa bonne foi et ses difficultés financières. D'une part, ainsi que cela a été exposé au point 4, il ne résulte pas de l'instruction qu'elle ait fait appel à la société ITL durant la période incriminée pour expurger les listes de consommateurs ni qu'elle ait enjoint à sa salariée de vérifier celles-ci au regard de la liste d'opposition. Il résulte, en outre, de l'instruction que la société requérante n'avait pas souscrit de contrat d'adhésion à " opposetel " pour des raisons économiques alors qu'un tel contrat aurait permis à ses employés de vérifier les listes de consommateurs en toute circonstance. D'autre part, si en 2019, son chiffre d'affaires était de 1 351 232 euros pour un résultat net négatif de 44 175 euros, son chiffre d'affaires s'est établi en 2020 à 1 348 383 euros pour un résultat net positif de 34 366 euros. Dans ces conditions, eu égard au nombre élevé des manquements relevés et à la négligence dont la société Littoral Habitat a fait preuve en omettant de missionner sa société prestataire sur certaines périodes, le montant des amendes administratives qui lui ont été infligées, de 16 500 euros, soit 69 centimes d'euro par manquement, et de 1 000 euros, ne revêt pas de caractère disproportionné. Il n'y a, par suite, pas lieu d'en modérer le montant. Enfin, en imposant la publication de cette sanction sur les seuls sites internet de la DGCCRF et de bloctel.gouv.fr, pour une durée de trente jours, la directrice de la DDPP des Bouches-du-Rhône n'a pas davantage prononcé à l'encontre de la société requérante une sanction disproportionnée.

12. Il résulte de ce qui précède que la société Littoral Habitat n'est pas fondée à demander la réformation de la décision du 9 février 2022. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la société Littoral Habitat demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Littoral Habitat est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Littoral Habitat et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 2 septembre 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Jorda-Lecroq, présidente,

Mme Gaspard-Truc, première conseillère,

Mme Forest, première conseillère,

Assistées par Mme Faure, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2025.

La rapporteure,

Signé

H. Forest

La présidente,

Signé

K. Jorda-Lecroq

La greffière,

Signé

N. Faure

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière.

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