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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2206057

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2206057

lundi 30 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2206057
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation10eme Chambre
Avocat requérantCARRASCOSA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 juillet 2022 Mme D B, représentée par Me Pierre Carrascosa, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 27 juin 2022 par laquelle le directeur du centre de détention de Salon-de-Provence a prononcé la suppression de son permis de visiter M. F, son conjoint, ainsi que le permis de visite de son fils, A B ;

2°) d'enjoindre au maire de le ministre de la justice - Garde des Sceaux de lui délivrer, ainsi qu'à son fils, un nouveau permis de visite, assortie d'une astreinte fixée à 50 par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision du 27 juin 2022 est entachée d'un vice d'incompétence de son auteure ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- les faits ayant motivé la suppression des permis de visite sont matériellement inexacts ;

- la décision supprimant son permis de visite ainsi que celui de son fils est disproportionnée.

Par un mémoire en défense enregistré le 31 octobre 2024, le ministre de la justice - Garde des Sceaux conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 6 novembre 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 6 décembre 2024 à 12h00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- code pénitentiaire ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Juste,

- les conclusions de Mme Noire, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le conjoint de Mme B, M. E F, a été écroué le 11 octobre 2019 et incarcéré, entre le 1er juin 2022 et le 3 mai 2023, au centre détention de Salon-de-Provence. Par une décision en date du 27 juin 2022, la directrice de détention de cet établissement a supprimé le permis de visite de Mme B ainsi que celui de son fils. La requérante demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, si Mme B soutient que la décision attaquée est entachée d'incompétence de son auteure, Mme G C, faute pour l'administration de justifier d'une délégation de signature au bénéfice de cette dernière, le ministre de la justice produit, en défense, une décision du chef d'établissement du centre de détention de Salon-de-Provence en date du 7 juin 2022, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs spécial n° 13-2022-162 du 8 juin 2022, portant délégation de signature à Mme C aux fins de " délivrer, refuser, suspendre, ou retirer des permis de visite des condamnés ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure de l'acte doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 341-5 du code pénitentiaire : " Pour les personnes condamnées, détenues en établissement pénitentiaire ou hospitalisées dans un établissement de santé habilité en application des dispositions de l'article L. 3214-1 du code de la santé publique, les permis de visite sont délivrés, refusés, suspendus ou retirés par le chef de l'établissement pénitentiaire. ". Aux termes de l'article L. 341-7 de ce code : " L'autorité administrative ne refuse de délivrer, suspend ou retire un permis de visite aux membres de la famille d'une personne condamnée, que pour des motifs liés au maintien du bon ordre et de la sécurité ou à la prévention des infractions. () ". L'article R. 341-12 du même code dispose que : " Durant les visites, il est interdit de fumer, d'adopter des attitudes ou comportements indécents ou violents et d'apporter de la nourriture et des boissons. En cas de non-respect de ces interdictions, le parloir peut être interrompu. / Au cours des parloirs, le personnel pénitentiaire empêche toute remise d'argent, de lettres ou d'objets quelconques. ".

4. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée vise notamment les dispositions des articles L. 341-7 et R. 341-5 du code pénitentiaire ainsi que les dispositions du règlement intérieur de l'établissement et qu'elle indique qu'il est reproché à Mme B d'avoir eu une relation sexuelle pendant une visite parloir devant son enfant, A, avec M. F. La décision en litige comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et qui avaient au demeurant déjà été indiqués dans le courrier préalable du 13 juin 2022 adressé à Mme B cité par la décision litigieuse. Alors même que certaines dispositions visées seraient par ailleurs sans lien avec les faits, ce qui constitue une regrettable erreur de plume, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'énonciation circonstanciée des faits contenue dans le compte rendu d'incident en date du 12 juin 2022 établi par le surveillant affecté au parloir, qui fait foi jusqu'à preuve contraire, que la matérialité des faits tenant à ce que le même jour à 15h30, dans le box n°18 du parloir, M. F a été surpris en train d'avoir une relation sexuelle avec la personne venue lui rendre visite en présence d'un enfant dans le box, est suffisamment établie. Si la requérante conteste la qualification de ces faits affirmant n'avoir eu qu'une " activité sexuelle " et non une " relation sexuelle " elle n'apporte au dossier aucun élément ou précision permettant de comprendre la distinction qu'elle avance et de remettre ainsi en cause la qualification retenue par l'administration. Le moyen, qui n'est pas fondé, doit donc être écarté.

6. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article R. 341-14 du code pénitentiaire : " A l'exception des visites se déroulant dans les parloirs familiaux ou les unités de vie familiale, un surveillant est présent dans les locaux. Il a la possibilité d'entendre les conversations. / () / Le surveillant peut mettre un terme à la visite pour des raisons tenant au maintien du bon ordre et de la sécurité ou à la prévention des infractions. / Les incidents mettant en cause les visiteurs sont signalés à l'autorité ayant délivré le permis qui apprécie si le permis doit être suspendu ou retiré. ".

7. Pour supprimer le permis de visite qui avait été accordé à Mme B, le directeur du centre de détention de Salon-de-Provence s'est fondé sur la circonstance que l'intéressée avait été vue, lors du parloir du 12 juin 2022, avoir une relation sexuelle avec M. F, détenu, en présence de son enfant, A B.

8. Il résulte des dispositions citées aux points 3 et 6 que la nécessité du maintien du bon ordre au sein des lieux de détention, ainsi que la prévention des infractions, pouvaient, compte tenu des faits indiqués au point 5, dont le caractère prohibé n'est pas sérieusement remis en cause par la requérante, justifier une suppression du droit de visite de Mme B ainsi que de celui de son fils, suppression qui ne présente pas, dans les circonstances de l'espèce, et notamment du fait de la commission des faits prohibés devant un enfant mineur, un caractère disproportionné.

9. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B, à M. A B et au ministre de la justice - Garde des Sceaux.

Délibéré après l'audience du 9 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Pecchioli, président,

M. Juste, premier conseiller,

Mme Houvet, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2024.

Le rapporteur,

signé

C. JUSTE

Le président,

signé

J.-L. PECCHIOLI

La greffière,

signé

S. BOUCHUT

La République mande et ordonne au Ministre de la Justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière.

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