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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2206062

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2206062

jeudi 25 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2206062
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantHMAD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance de renvoi n°2203224 du 11 juillet 2022, le magistrat désigné du tribunal administratif de Nice a transmis au tribunal administratif de Marseille la requête enregistrée le 2 juillet 2022, présentée par M. A B.

Par une requête et un mémoire enregistrés le 2 juillet 2022 et le 17 août 2022, M. A B, représenté par Me Hmad, demande au tribunal :

1°) à titre principal d'annuler l'arrêté du 30 juin 2022 par lequel la préfète des Hautes-Alpes l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de sa destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

2°) à titre subsidiaire d'annuler la décision du 30 juin 2022 portant refus de départ volontaire ;

3°) à titre infiniment subsidiaire, d'annuler la décision du 30 juin 2022 portant interdiction de retour sur le territoire français ;

4°) d'enjoindre à la préfète des Hautes-Alpes de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans cette attente, un récépissé l'autorisant à travailler ou une autorisation provisoire de séjour ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté litigieux est entaché d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire méconnait l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est disproportionnée ;

- elle méconnait les articles L. 422-1 et L. 422-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La préfète des Hautes-Alpes a produit un mémoire en défense le 23 août 2022, après l'audience, qui n'a pas fait l'objet d'une communication.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme C en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les observations de Me Bachtli, substituant Me Hmad, représentant M. B,

- le préfet n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien né le 31 janvier 2000, déclare être entré en France le 20 mars 2018 sous couvert d'un visa de court séjour touristique. Le 4 septembre 2019, la préfète des Hautes-Alpes a rejeté sa demande d'admission exceptionnelle au séjour et l'a obligé à quitter le territoire français. Le 28 février 2020, il a fait l'objet d'une interdiction de retour sur le territoire français d'un an. Le 29 juin 2022, il a été placé en garde à vue pour faux et usage de faux documents d'identité. Par la présente requête, M. B demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 30 juin 2022 par lequel la préfète des Hautes-Alpes l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de sa destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions :

2. L'arrêté attaqué énonce clairement les considérations de droit et les éléments de fait relatifs à la situation personnelle de l'intéressé qui le fondent. La préfète des Hautes-Alpes, qui n'est pas tenue de faire état de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de M. B, s'est attachée à rappeler les conditions régulières de son entrée en France, sa situation de célibataire, M. B n'établissant pas avoir informé la préfecture de son projet allégué de mariage avec une ressortissante française, les motifs de son interpellation, le caractère irrégulier de son maintien sur le territoire, l'absence d'exécution par ce dernier des précédentes mesures d'éloignement le concernant ainsi que l'absence de risque établi de subir des traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le requérant est placé en situation de comprendre les motifs des décisions prises à son encontre. Dès lors, les moyens tirés du caractère stéréotypé de la motivation de l'arrêté contesté et du défaut d'examen sérieux doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ".

4. M. B fait valoir qu'il a toujours souhaité vivre en France, qu'il a obtenu des diplômes avec mention et travaille dans une grande entreprise, qu'il a des attaches familiales à Gap, qu'il vit aux côtés de sa concubine de nationalité française depuis plus d'un an et a noué sur le territoire français un cercle amical. Toutefois, si les nombreuses pièces au dossier attestent du caractère méritoire du parcours scolaire et professionnel de M. B et de sa volonté de s'intégrer dans la société française, elles ne suffisent pas à démontrer ni l'effectivité de lien allégué avec sa compagne ni la présence en France de membres de sa famille alors même qu'il n'allègue pas ne plus avoir d'attaches familiales ou amicales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 18 ans et où il pourra faire valoir ses diplômes et son expérience professionnelle, ni son intégration au sein de la société française, M. B s'étant maintenu en situation irrégulière sur le territoire et s'étant soustrait à de précédentes mesures d'éloignement édictées à son encontre. Enfin, M. B ne démontre pas encourir des risques de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour ans son pays d'origine. Dès lors, la préfète des Hautes-Alpes n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en édictant la décision portant obligation de quitter le territoire et n'a pas violé les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales précité.

En ce qui concerne la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

5. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, (). ".

6. En l'espèce, M. B soutient que le risque de fuite qui fonde la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire n'est pas avéré dans la mesure où il a décliné son identité lors de son interpellation, qu'il justifie d'une adresse stable et qu'il a remis aux fonctionnaires de police son passeport et sa pièce d'identité tunisienne. Toutefois, il ressort des termes de l'arrêté contesté, et il n'est pas contesté, que M. B ne s'est pas soumis aux précédentes mesures d'éloignement. Par suite, la préfète des Hautes-Alpes aurait pu prendre la même décision sur ce seul fondement et n'a pas méconnu les dispositions précitées en refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire. Pour les mêmes motifs, elle n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

7. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

8. Ainsi qu'il a déjà été dit, M. B est entré en 2018 sur le territoire français et s'y est maintenu en situation irrégulière depuis le 4 septembre 2019, date à laquelle il a fait l'objet d'un refus de titre de séjour et d'une obligation de quitter le territoire qu'il n'a pas exécutée et, le 28 février 2020, d'une interdiction de retour sur le territoire français d'un an. Le 29 juin 2022, il a été placé en garde à vue pour faux et usage de faux documents d'identité. Si M. B soutient que l'interdiction de retour sur le territoire français fait obstacle à ce qu'il puisse déposer une demande de titre de séjour étudiant, il ne démontre pas en l'absence de toute demande de titre de séjour auprès des services de la préfecture des Hautes-Alpes en ce sens, la nécessité invoquée de poursuivre ses études en France au sens des articles L. 422-1 et L. 422-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, il n'établit ni avoir le centre de sa vie privée en France, ni encourir des risques pour sa vie ou sa liberté en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est disproportionnée.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté contesté. Par suite, les conclusions présentées à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que par voie de conséquence, les conclusions présentées à fin d'injonction et au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, et à la préfète des Hautes-Alpes.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 25 août 2022.

La magistrate désignée,

Signé

F. C

La greffière,

Signé

J. Saint Etienne

La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Alpes, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière en chef

La greffière

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