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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2206074

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2206074

lundi 29 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2206074
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCAPDEFOSSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 juillet 2022, Mme A B, représentée par Me Capdefosse, doit être regardée comme demandant au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 juillet 2022, par lequel la préfète des Alpes de Haute Provence l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant un délai d'un an et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète des Alpes de Haute Provence :

- de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir,

- à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dont le tribunal fixera le montant en équité.

Elle soutient que :

- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

Sur la décision de refus de séjour :

- elle méconnaît l'article L. 313-11 7° et 11° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que son état nécessite une prise en charge médicale ainsi que celui de son époux et que les traitements ne sont pas accessibles dans son pays d'origine en Géorgie ;

- elle a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ont été méconnues ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnait lesarticles L. 313-11 11° et L. 511-4 10° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait l'article L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ont été méconnues ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle.

Sur la décision octroyant un délai de départ volontaire de trente jours :

- elle méconnait l'article L. 512-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur la décision portant interdiction de retour :

- elle a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ont été méconnues ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée à la préfète des Alpes de Haute Provence qui n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

La présidente du tribunal administratif de Marseille a désigné Mme Fabre, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 24 août 2022 :

- le rapport de Mme Fabre, première conseillère, informant les parties qu'en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'application de l'article L 761-1 dès lors qu'elles ne sont pas chiffrées.

- les observations de Me Capdefosse, représentant Mme B, qui chiffre ses conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à la somme de 800 euros, qui confirme et développe les conclusions et moyens exposés dans la requête, et qui ajoute, s'agissant de la décision fixant le pays de destination, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation ainsi que, s'agissant de la décision d'interdiction de retour, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation.

- en présence de Mme F, interprète en langue turque.

- le préfet des Bouches-du-Rhône n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante géorgienne, née le 10 juillet 1986, a présenté une demande d'asile le 2 juillet 2020 auprès des services de la préfecture des Alpes de Haute Provence. Sa demande a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 12 avril 2021 confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 31 mai 2022. A la suite du rejet de sa demande d'asile, la préfète des Alpes de Haute Provence, par un arrêté du 8 juillet 2022, a obligé Mme B à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant un délai d'un an et a fixé le pays de destination. Mme B demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 8 juillet 2022.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions en litige :

1. En premier lieu, Mme C D, sous-préfète de l'arrondissement de Forcalquier, qui a signé l'arrêté en litige, bénéficiait d'une délégation de signature en date du 12 février 2021, régulièrement publiée le même jour au recueil des actes administratifs n°2021-026 de la préfecture des Alpes-de-Haute-Provence, à l'effet de signer tous actes, arrêtés et décisions relevant des attributions de l'État dans ce département, à l'exception de certaines matières au nombre desquelles n'entre pas l'arrêté attaqué. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

2. En second lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. " et de l'article L. 613-2 du même code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".

3. Si la requérante soutient que la motivation des décisions en litige ne tient pas compte de sa situation familiale et de la scolarisation de ses enfants depuis quatre ans et ne précise pas en quoi ses liens personnels et familiaux en France ne sont pas stables et intenses, en tout état de cause, l'arrêté contesté, qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, précise que les liens personnels et familiaux ne sont pas regardés comme étant stables et intenses compte tenu de la situation de son époux dont la demande d'asile a été rejetée, de ses enfants mineurs et de la circonstance qu'elle a vécu jusqu'à l'âge de trente-trois ans dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle de Mme B, doit être écarté.

En ce qui concerne le refus de séjour :

4. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ". Il résulte de ces dispositions que le prononcé, par l'autorité administrative, à l'encontre d'un ressortissant étranger d'une obligation de quitter le territoire français notamment sur le fondement du 4° de cet article, n'est pas subordonné à l'intervention préalable d'une décision statuant sur le droit au séjour de l'intéressé en France. Par suite, les conclusions dirigées contre l'arrêté préfectoral portant obligation de quitter le territoire français en tant qu'il formalise une telle constatation du rejet de la demande d'asile sont irrecevables.

5. Il ressort des mentions de l'arrêté en litige que, après avoir relevé dans ses motifs que la demande d'asile avait été définitivement refusée à Mme B, la préfète a décidé d'obliger l'intéressée à quitter le territoire français en son article 1er en application des dispositions précitées. En conséquence, la préfète des Alpes de Haute Provence s'est bornée à constater que l'intéressée ne bénéficiait plus du droit de se maintenir sur le territoire français. Elle n'a donc pas, ce faisant, pris une décision susceptible de recours pour excès de pouvoir distincte de l'obligation de quitter le territoire français qui a procédé de cette constatation. Par suite, les conclusions dirigées contre une telle constatation sont, en tout état de cause, irrecevables et doivent être rejetées.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".

7. Si Mme B soutient que son époux, M. E dont la demande d'asile a été également rejetée le 31 août 2021, est atteint d'une grave pathologie qui ne connait pas de traitement en Géorgie et qu'elle-même est suivie au centre hospitalier de Digne les Bains, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle aurait porté à la connaissance de la préfète des Alpes de Haute Provence les éléments médicaux dont elle se prévaut dans le cadre de la présente instance. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces produites, notamment du certificat médical de son époux à adresser au médecin de l'office français de l'immigration et de l'intégration et de l'attestation de la psychologue qui a reçu l'intéressée en consultation que leur état de santé nécessiterait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'ils ne pourraient pas, eu égard à l'offre de soins en Géorgie et aux caractéristiques du système de santé, y bénéficier d'un traitement approprié. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance, par la préfète des Alpes de Haute Provence des dispositions précitées ne peut qu'être écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

9. Si Mme B fait valoir que sa vie privée et familiale se trouve en France dès lors qu'elle est entrée sur le territoire national en 2019 avec son époux et ses deux filles nées en 2012 et en 2014 actuellement scolarisées, rien ne s'oppose à la reconstitution hors de France de sa cellule familiale avec son époux, également géorgien, dont la régularité du séjour n'est ni alléguée ni établie, et leurs filles âgées de 7 et 10 ans, dès lors qu'elle n'établit pas l'intensité, la stabilité et l'ancienneté de ses liens personnels et familiaux en France. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la préfète aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise. Par suite, les moyens tirés de la violation des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées doivent être écartés. La préfète des Alpes de Haute Provence n'a pas davantage commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressée.

10. En dernier lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention susvisée relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

11. Aucune circonstance, compte tenu notamment de l'âge des enfants, n'empêche la cellule familiale de se reconstituer hors de France et les enfants de suivre une scolarité en Géorgie. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance, par la décision attaquée, du paragraphe 1 de l'article 3 précité doit être écarté.

En ce qui concerne la décision octroyant un délai de départ volontaire de trente jours :

12. Aux termes de l'article L. 613-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une décision portant obligation de quitter le territoire français est informé, par cette notification écrite, des conditions, prévues aux articles L. 722-3 et L. 722-7, dans lesquelles cette décision peut être exécutée d'office. / Lorsque le délai de départ volontaire n'a pas été accordé, l'étranger est mis en mesure, dans les meilleurs délais, d'avertir un conseil, son consulat ou une personne de son choix ". Aux termes de l'article L. 613-4 du même code : " L'étranger auquel est notifiée une décision portant obligation de quitter le territoire français est également informé qu'il peut recevoir communication des principaux éléments, traduits dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de supposer qu'il la comprend, des décisions qui lui sont notifiées en application des chapitres I et II ".

13. Mme B fait valoir que l'arrêté litigieux méconnaît les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle n'a pas été en mesure d'assurer en temps utile l'exercice effectif de ses droits en violation du respect des droits de la défense. Toutefois, si les conditions dans lesquelles sont notifiées les décisions administratives sont susceptibles, le cas échéant, de rendre inopposables les voies et délais de recours contentieux, elles restent en revanche, par elles-mêmes, sans incidence sur leur légalité. En tout état de cause, la requérante a pu contester la décision litigieuse dans le cadre de la présente instance. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été pris en méconnaissance des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de son droit à un recours effectif doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

14. Aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une décision de mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, d'une interdiction de circulation sur le territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire français. ". L'article L. 721-4 du même code prévoit que " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. "

15. Si Mme B fait valoir qu'elle encourt un risque en retournant en Géorgie en raison du conflit interfamilial dont elle a été victime dans son pays et de son appartenance à la communauté yézide qui y est persécutée, l'intéressée ne présente toutefois à l'appui de ses dires aucun nouveau document permettant de les étayer, alors même que la CNDA, dont la décision a été produite par la requérante, a rejeté son recours estimant que ses déclarations n'attestent pas de la réalité des risques encourus en cas de retour en Géorgie. Dans ces conditions, Mme B ne peut être considérée comme encourant un risque personnel et actuel au sens des stipulations précitées. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de ces stipulations à l'encontre de la décision fixant le pays de destination doit être écarté. Pour les mêmes motifs, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la préfète aurait commis une erreur d'appréciation dans le choix du pays de destination de la mesure d'éloignement.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire pour une durée d'un an :

16. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

17. Il résulte de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux.

18. En premier lieu, pour prononcer une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an à l'encontre de l'intéressée, la préfète a pris en compte le caractère récent de l'entrée en France de Mme B ainsi que la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France. Eu égard aux éléments rappelés au point 9 du présent jugement, la requérante, entrée sur le territoire français le 18 novembre 2019, ne peut être regardée comme se prévalant de liens suffisamment anciens, forts et caractérisés avec la France. Ainsi, et alors même que l'intéressée n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, et que sa présence n'est pas constitutive d'un trouble à l'ordre public, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation par la décision attaquée, qui atteste de la prise en compte par la préfète des Alpes de Haute-Provence, au vu de la situation de l'intéressée, de l'ensemble des critères prévus par la loi, doit être écarté.

19. En second lieu, d'un part, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté par les motifs retenus au point 9 ci-dessus. D'autre part, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ne peut qu'être écarté par les motifs retenus au point 11.

20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la préfète des Alpes de Haute-Provence.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 août 2022.

La magistrate désignée,

Signé

E. Fabre

La greffière,

Signé

D. Sibille

La République mande et ordonne à la préfète des Alpes de Haute-Provence. en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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