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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2206142

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2206142

mercredi 11 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2206142
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantLOISEAU

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. C, qui contestait le refus du maire de Châteauneuf-Val-Saint-Donat d'installer un panneau d'interdiction de stationnement sur une aire de retournement dans un lotissement. Le tribunal a jugé que la décision du 3 juin 2022 était une décision confirmative de celle du 1er avril 2021, devenue définitive faute d'avoir été contestée dans les délais, rendant le recours tardif et irrecevable. La solution retenue est fondée sur les articles R. 421-1 et R. 421-5 du code de justice administrative, relatifs aux délais de recours contentieux.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 juillet 2022 et 4 mars 2024, M. A C, représenté par Me Chapuis, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 3 juin 2022 par laquelle le maire de la commune de Châteauneuf-Val-Saint-Donat a refusé d'installer un panneau d'interdiction de stationnement au niveau de l'aire de retournement du lotissement B ;

2°) d'enjoindre à la commune de Châteauneuf-Val-Saint-Donat de poser un tel panneau sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Châteauneuf-Val-Saint-Donat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision litigieuse est entachée d'incompétence dès lors qu'elle émane, non de la commune de Châteauneuf-Val-Saint-Donat, mais de son conseil ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il incombe au maire, dans un but de sécurité et de tranquillité publiques, de faire respecter l'interdiction de stationnement sur l'aire de retournement laquelle constitue une voie ouverte à la circulation publique.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 janvier 2024, la commune de Châteauneuf-Val-Saint-Donat, représentée par Me Loiseau, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 600 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- le recours de M. C est irrecevable dès lors qu'il conteste le courrier de son conseil qui n'est pas susceptible de recours ;

- il est également irrecevable car tardif dans la mesure où le courrier litigieux ne fait que confirmer une décision du 1er avril 2021 ;

- les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Forest,

- les conclusions de M. Garron, rapporteur public,

- et les observations de Me Loiseau, représentant la commune de Châteauneuf-Val-Saint-Donat.

Considérant ce qui suit :

1. M. C est propriétaire d'une maison et d'un terrain au sein d'un lotissement dit B, à Châteauneuf-Val-Saint-Donat, regroupant 4 propriétés. Par courrier du 8 février 2021, il a sollicité du maire de la commune que celui-ci fasse installer sur la parcelle cadastrée n° C 940, qu'il qualifie d'aire de retournement et qui appartient en indivision à l'ensemble des propriétaires du lotissement, un panneau d'interdiction de stationner sur une partie de la parcelle. Par courrier du 1er avril 2021, le maire de Châteauneuf-Val-Saint-Donat a expressément rejeté sa demande. Par courrier du 4 avril 2022, M. C a saisi le maire de la commune d'une demande identique, qui a été rejetée par courrier du 3 juin 2022. Il demande au tribunal d'annuler cette décision du 3 juin 2022 et d'enjoindre à la commune de poser un panneau d'interdiction de stationnement au niveau de l'aire de retournement du lotissement B.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les fins de non-recevoir opposées par la commune :

S'agissant du caractère susceptible de recours de la décision en litige :

2. Si la commune de Châteauneuf-Val-Saint-Donat soutient que le courrier du 3 juin 2022 n'est pas susceptible de recours dès lors qu'il n'émane pas de son maire mais de son conseil, il ressort des termes mêmes de ce courrier, qui s'intitule " confirmation d'une décision de rejet " et qui comporte la mention des voies et délais de recours susceptibles d'être exercées à son encontre, qu'il a pour objet, aux termes d'une motivation expresse en fait et en droit très détaillée, de notifier, concernant cette seconde demande de M. C, la confirmation de la décision expresse de rejet opposée par le maire de la commune le 1er avril 2021 à sa première demande. Alors qu'il n'est au demeurant pas établi ni même allégué que le conseil de la commune n'aurait pas été mandaté pour ce faire, ce courrier doit être regardé comme révélant la décision prise le même jour par le maire refusant de faire droit à la demande de M. C du 4 avril 2022. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par l'administration doit être écartée.

S'agissant de la tardiveté :

3. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée () ". D'autre part, aux termes de l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".

4. D'une part, un requérant n'est pas recevable à contester une décision confirmative d'une décision de rejet devenue définitive. Il en va différemment si la décision de rejet n'est pas devenue définitive, le requérant étant alors recevable à en demander l'annulation dès lors qu'il saisit le juge dans le délai de recours contre la décision confirmant ce rejet.

5. D'autre part, le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci en a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières, dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance.

6. La commune de Châteauneuf-Val-Saint-Donat fait valoir que la requête, enregistrée le 22 juillet 2022, est tardive dans la mesure où sa décision du 3 juin 2022 est purement confirmative de celle du 1er avril 2021, le délai de recours contentieux à l'encontre de celle-ci étant expiré le jour de l'introduction de la requête de M. C. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que, si elle a rejeté la première demande de ce dernier sollicitant la pose d'un panneau d'interdiction de stationnement par une décision du 1er avril 2021, elle n'établit pas la date de notification de cette décision à l'intéressé. Dans ces conditions, M. C doit être réputé avoir eu connaissance de cette décision du 1er avril 2021 au plus tôt le 4 avril 2022, date à laquelle il mentionne cette première décision à l'occasion de sa seconde demande. Le délai de recours à l'encontre de la décision du 1er avril 2021 n'a donc commencé à courir qu'à cette date du 4 avril 2022. Par suite, à la date de saisine de la juridiction administrative par le requérant, le 22 juillet 2022, moins d'un an après, la décision du 1er avril 2021 n'était pas définitive. La décision du 3 juin 2022 n'a donc pas le caractère d'une décision purement confirmative de celle du 1er avril 2021 et la requête tendant à son annulation, enregistrée le 22 juillet 2022, n'est pas tardive.

En ce qui concerne la légalité de la décision en litige :

7. Aux termes de l'article L. 2213-1 du code général des collectivités territoriales : " Le maire exerce la police de la circulation sur les routes nationales, les routes départementales et l'ensemble des voies publiques ou privées ouvertes à la circulation publique à l'intérieur des agglomérations, sous réserve des pouvoirs dévolus au représentant de l'Etat dans le département sur les routes à grande circulation () ". Et aux termes de l'article L. 2213-2 du même code : " Le maire peut, par arrêté motivé, eu égard aux nécessités de la circulation et de la protection de l'environnement : () 2° Réglementer l'arrêt et le stationnement des véhicules ou de certaines catégories d'entre eux, ainsi que la desserte des immeubles riverains () ".

8. L'ouverture d'une voie privée à la circulation publique se traduit par la volonté de ses propriétaires d'en accepter l'usage public et de renoncer à son usage purement privé. Il appartient au juge administratif d'apprécier la réalité du consentement des propriétaires à l'ouverture au public d'une voie dont ils sont propriétaires.

9. Pour refuser d'installer un panneau d'interdiction de stationnement sur la parcelle cadastrée n° C 940, la commune de Châteauneuf-Val-Saint-Donat a, en particulier, retenu que les boîtes aux lettres et les poubelles des propriétaires du lotissement étant situées à l'extérieur de celui-ci, ces derniers n'avaient pas entendu ouvrir leur voie privée à la circulation publique. Il ressort toutefois des pièces du dossier que les propriétaires du lotissement n'ont installé à l'entrée de celui-ci ni barrière, portail, obstacle ou autre dispositif équivalent en empêchant l'accès, ni n'ont fait connaître leur opposition à l'usage public du bien par un panneau d'interdiction d'accès. Par suite, ils ont donné leur accord au moins tacite à l'ouverture à la circulation publique de la voie privée du lotissement. Le maire de la commune ne pouvait donc légalement refuser de faire usage de ses pouvoirs de police de la circulation et du stationnement au motif que cette voie ne constituait pas une voie privée ouverte à la circulation publique. Le moyen tiré de l'existence d'une erreur de droit doit ainsi être accueilli.

10. Il résulte de ce qui précède que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision du 3 juin 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

11. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique seulement que la commune de Châteauneuf-Val-Saint-Donat procède à un nouvel examen de la demande présentée par M. C. Par suite, il y a lieu d'enjoindre à celle-ci de procéder à un tel réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Châteauneuf-Val-Saint-Donat la somme de 1 500 euros à verser à M. C sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, M. C n'étant pas partie perdante à l'instance, les conclusions de la commune de Châteauneuf-Val-Saint-Donat tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 3 juin 2022 de la commune de Châteauneuf-Val-Saint-Donat est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de Châteauneuf-Val-Saint-Donat de réexaminer, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, la demande présentée par M. C.

Article 3 : La commune de Châteauneuf-Val-Saint-Donat versera à M. C la somme de 1500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Les conclusions présentées par la commune de Châteauneuf-Val-Saint-Donat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la commune de Châteauneuf-Val-Saint-Donat.

Délibéré après l'audience du 20 mai 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Jorda-Lecroq, présidente,

Mme Gaspard-Truc, première conseillère,

Mme Forest, première conseillère,

Assistées par Mme Faure, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2025.

La rapporteure,

Signé

H. Forest

La présidente,

Signé

K. Jorda-Lecroq

La greffière,

Signé

N. Faure

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-de-Haute-Provence en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière.

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