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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2206181

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2206181

jeudi 28 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2206181
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBRUGGIAMOSCA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 juillet 2022, M. A B, ressortissant algérien, représenté par Me Bruggiamosca, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 juillet 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a décidé de son transfert aux autorités espagnoles responsables de l'examen de sa demande d'asile, ensemble l'arrêté du même jour l'assignant à résidence ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône, à titre principal, de l'admettre au séjour au titre de l'asile et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande d'asile, dans un délai de 15 jours suivant la notification du jugement à intervenir en lui délivrer l'attestation prévue par l'article L. 521-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

3°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

4°) de mettre une somme de 1 500 euros à la charge de l'Etat en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le signataire de l'arrêté décidant de son transfert aux autorités espagnoles et de l'arrêté l'assignant à résidence ne justifie pas disposer d'une délégation à cette fin ;

- les arrêtés attaqués sont insuffisamment motivés ;

- le préfet des Bouches-du-Rhône n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation ;

- il n'a pas bénéficié de l'entretien individuel prévu à l'article 5 du règlement n°604/2013 du 26 juin 2013 dans des conditions permettant de faire état de la spécificité de sa situation ;

- il ne s'est pas vu remettre les documents prévus à l'article 4 de ce règlement ;

- le préfet des Bouches-du-Rhône a commis une erreur de fait ;

- l'arrêté décidant de son transfert vers l'Italie est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article 17 du règlement n°604/2013 du 26 juin 2013 dès lors qu'il souffre d'une pathologie d'une exceptionnelle gravité ;

- la décision l'assignant à résidence est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'arrêté décidant de son transfert ;

- en l'assignant à résidence, le préfet des Bouches-du-Rhône a commis une erreur manifeste d'appréciation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride (refonte) ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le décret n° 2020-1717 du 29 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Marseille a désigné M. C pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 26 juillet 2022 :

- le rapport de M. C ;

- les observations de Me Bruggiamosca pour M. B.

Le préfet des Bouches-du-Rhône n'était ni présent, ni représenté.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

1. En vertu des articles 12 et 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, l'admission à l'aide juridictionnelle est prononcée par un bureau d'aide juridictionnelle ou, en cas d'urgence et à titre provisoire, par le président de ce bureau, par la juridiction compétente ou par son président.

2. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire de M. B à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé : " Droit à l'information - 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement, et notamment: / a) des objectifs du présent règlement et des conséquences de la présentation d'une autre demande dans un État membre différent ainsi que des conséquences du passage d'un État membre à un autre pendant les phases au cours desquelles l'État membre responsable en vertu du présent règlement est déterminé et la demande de protection internationale est examinée; / b) des critères de détermination de l'État membre responsable, de la hiérarchie de ces critères au cours des différentes étapes de la procédure et de leur durée, y compris du fait qu'une demande de protection internationale introduite dans un État membre peut mener à la désignation de cet État membre comme responsable en vertu du présent règlement même si cette responsabilité n'est pas fondée sur ces critères; / c) de l'entretien individuel en vertu de l'article 5 et de la possibilité de fournir des informations sur la présence de membres de la famille, de proches ou de tout autre parent dans les États membres, y compris des moyens par lesquels le demandeur peut fournir ces informations; / d) de la possibilité de contester une décision de transfert et, le cas échéant, de demander une suspension du transfert; / e) du fait que les autorités compétentes des États membres peuvent échanger des données le concernant aux seules fins d'exécuter leurs obligations découlant du présent règlement; / f) de l'existence du droit d'accès aux données le concernant et du droit de demander que ces données soient rectifiées si elles sont inexactes ou supprimées si elles ont fait l'objet d'un traitement illicite, ainsi que des procédures à suivre pour exercer ces droits, y compris des coordonnées des autorités visées à l'article 35 et des autorités nationales chargées de la protection des données qui sont compétentes pour examiner les réclamations relatives à la protection des données à caractère personnel. / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. () 3. La Commission rédige, au moyen d'actes d'exécution, une brochure commune ainsi qu'une brochure spécifique pour les mineurs non accompagnés, contenant au minimum les informations visées au paragraphe 1 du présent article. Cette brochure commune brochure également des informations relatives à l'application du règlement (UE) n°603/2013 et, en particulier, à la finalité pour laquelle les données relatives à un demandeur peuvent être traitées dans Eurodac. La brochure commune est réalisée de telle manière que les États membres puissent y ajouter des informations spécifiques aux États membres. Ces actes d'exécution sont adoptés en conformité avec la procédure d'examen visée à l'article 44, paragraphe 2, du présent règlement. ". Aux termes de l'article 5 du même règlement : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. () / 3. L'entretien individuel a lieu en temps utile et, en tout cas, avant qu'une décision de transfert du demandeur vers l'État membre responsable soit prise () /4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. () ".

4. Il résulte des dispositions de l'article 4 du règlement du 26 juin 2013 que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application de ce règlement doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans son champ d'application, et, en tous cas, avant l'entretien préalable prévu par l'article 5 de ce règlement, dès lors que cet entretien a notamment pour objet de s'assurer que le demandeur d'asile l'a comprise, une information complète sur ses droits, par écrit. Il résulte également de ces dispositions que tant la remise de cette information que cet entretien préalable, qui constituent des garanties pour le demandeur d'asile, doivent s'effectuer dans une langue qu'il comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend.

5. Le préfet des Bouches-du-Rhône, qui n'a produit aucune défense et n'était ni présent, ni représenté à l'audiience, n'a pas davantage produit les brochures prévues à l'article 4 du règlement du 26 juin 2013 signée du requérant, démontrant leur remise, ni le résumé de l'entretien préalable prévu à l'article 5 du même règlement. Il n'est donc pas contesté que M. B n'a pu bénéficier de ces garanties accordées au demandeur d'asile. Dans ces conditions, ce dernier est fondé, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, à demander l'annulation de l'arrêté du 19 juillet 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a décidé de son transfert aux autorités espagnoles ainsi que, par voie de conséquence, l'arrêté du même jour l'assignant à résidence.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

6. Aux termes de l'article L. 572-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision de transfert est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues au livre VII. L'autorité administrative statue à nouveau sur le cas de l'intéressé. ".

7. Eu égard au motif d'annulation retenu, après examen des autres moyens de la requête, le présent jugement implique seulement que le préfet des Bouches-du-Rhône réexamine la situation de M. B, conformément aux dispositions de l'article L. 572-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de réexaminer la situation du requérant dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Bruggiamosca, avocate de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive du requérant à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Bruggiamosca de la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où M. B ne serait pas admis à l'aide juridictionnelle, l'Etat versera cette somme à M. B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 19 juillet 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a décidé de transférer M. B aux autorités espagnoles et la décision du même jour portant assignation à résidence de l'intéressé sont annulés.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de procéder à un nouvel examen de la situation de M. B dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera à Me Bruggiamosca, avocate de M. B, une somme de 1 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Bruggiamosca renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle et sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle. Dans le cas où M. B ne serait pas admis à l'aide juridictionnelle, l'Etat versera cette somme à M. B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Claire Bruggiamosca et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Rendu publique par mise à disposition au greffe le 28 juillet 2022.

Le magistrat désigné,

Signé

A. CLa greffière,

Signé

A. Martinez

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière

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