mardi 2 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2206448 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | GILBERT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 juillet 2022, Mme D B, représentée par Me Gilbert, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, soit un hébergement et le versement de l'allocation pour demandeur d'asile, à compter de la notification de l'ordonnance à venir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- ressortissante ivoirienne, âgée de 29 ans, sa demande d'asile a été enregistrée en procédure dite " Dublin " le 11 octobre 2021 ; à l'occasion d'un rendez-vous à la préfecture des Bouches-du-Rhône, le 17 juin 2022, il lui a été remis un routing vers l'Italie, Etat membre responsable de l'examen de sa demande d'asile, pour un vol prévu le 29 juin 2022 ; elle a été toutefois dans l'incapacité d'honorer cette convocation en raison de la situation médicale de sa fille, la jeune A née le 26 septembre 2021, hospitalisée du 29 juin 2022 au 6 juillet 2022 au sein du service de spécialités pédiatriques et de médecine infantile de l'hôpital la Timone ; par un courriel du 13 juillet 2022, elle a fait part à l'administration des raisons l'ayant empêché d'honorer cette convocation ; par un courrier du 4 juillet 2022, l'OFII lui a notifié son intention de cesser le versement des conditions matérielles d'accueil ; par un courriel du 15 juillet 2022, elle a fait parvenir ses observations ; par une décision du 21 juillet 2022, l'OFII lui a notifié une décision de cessation des conditions matérielles d'accueil.
- la condition d'urgence au sens de l'article L.521-2 du code de justice administrative est caractérisée ; elle a été indûment privée des conditions matérielles d'accueil, la plaçant dans une situation de grande vulnérabilité et précarité, au regard notamment de la situation médicale de sa fille ; elle ne dispose d'aucune ressource et il lui a été demandé de quitter son hébergement.
- l'OFII a commis une atteinte grave et manifestement illégale au droit constitutionnel d'asile ; l'Office s'est fondé sur le motif tiré de ce qu'elle n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter aux autorités ; or, elle justifie d'un motif valable, caractérisé par l'hospitalisation de son enfant ; ce faisant, l'OFII a entaché sa décision d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 551-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; actuellement sans ressources financières et " sortante " de son logement, elle se trouve dans l'impossibilité de subvenir à ses besoins et à ceux de son jeune enfant malade.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er août 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- l'urgence n'est pas constituée ; Mme B s'est elle-même placée dans la situation d'urgence qu'elle dénonce dès lors qu'elle a refusé, le 17 juin 2022, de signer la feuille de route précisant les modalités de son transfert vers l'Italie prévu le 29 juin 2022 ; le 29 juin 2022, ayant manqué à son obligation de se présenter à l'aéroport, elle a été déclarée " en fuite " ; si elle invoque l'hospitalisation de sa fille, ce rendez-vous était fixé depuis le 17 mai 2022 ; elle ne fait par ailleurs état d'aucun élément établissant l'existence d'une vulnérabilité particulière ;
- aucune atteinte grave et manifestement illégale au droit d'asile n'a été commise.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Beyrend, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 1er août 2022 à 14 heures 30, en présence de Mme Martinez, greffière d'audience :
- le rapport de Mme C ;
- les observations de Me Gilbert, représentant Mme B, présente ;
- le directeur général de l'OFII n'était ni présent ni représenté.
Après avoir prononcé, à l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante ivoirienne née le 28 octobre 1993, a présenté une demande d'asile enregistrée le 11 octobre 2021 en procédure dite " Dublin " et a accepté à cette même date le bénéfice des conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Par une décision du 21 juillet 2022, la directrice territoriale de l'OFII a prononcé la cessation du bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif que Mme B n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile. Par la présente requête, la requérante demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre à la directrice territoriale de l'OFII de rétablir à son profit le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête en référé de la requérante, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".
4. D'une part, en distinguant les procédures prévues par les articles L. 521-1 et L. 521-2 du code de justice administrative, le législateur a entendu répondre à des situations différentes. Les conditions auxquelles est subordonnée l'application de ces dispositions ne sont pas les mêmes, non plus que les pouvoirs dont dispose le juge des référés. En particulier, le requérant qui saisit le juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative doit justifier des circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure de la nature de celles qui peuvent être ordonnées sur le fondement de cet article. D'autre part, si la privation du bénéfice des mesures prévues par la loi afin de garantir aux demandeurs d'asile des conditions matérielles d'accueil décentes, jusqu'à ce qu'il ait été statué sur leur demande, est susceptible de constituer une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale que constitue le droit d'asile, le caractère grave et manifestement illégal d'une telle atteinte s'apprécie en tenant compte des moyens dont dispose l'autorité administrative compétente et de la situation du demandeur. Ainsi, le juge des référés, qui apprécie si les conditions prévues par l'article L. 521-2 du code de justice administrative sont remplies à la date à laquelle il se prononce, ne peut faire usage des pouvoirs qu'il tient de cet article en adressant une injonction à l'administration que dans le cas où, d'une part, le comportement de celle-ci fait apparaître une méconnaissance manifeste des exigences qui découlent du droit d'asile et où, d'autre part, il résulte de ce comportement des conséquences graves pour le demandeur d'asile, compte tenu notamment de son âge, de son état de santé ou de sa situation de famille.
5. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : / () / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes (). / () / La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. / Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil ". Aux termes de l'article D. 551-18 du même code : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Cette décision prend effet à compter de sa signature () ".
6. D'une part, il résulte de l'instruction que la requérante est la mère d'une jeune fille prénommée A, née le 26 septembre 2021, laquelle présente des problèmes de santé tel que cela ressort des pièces médicales versées à l'instance. Du fait du retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil, la requérante, à qui il a été demandé oralement de quitter son hébergement au regard de son placement " en fuite ", ne dispose plus d'aucune ressource alors qu'elle doit assumer ses besoins essentiels et ceux de son très jeune enfant. Une situation d'urgence au sens et pour l'application des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative est ainsi établie.
7. D'autre part, il résulte de l'instruction que la jeune A a fait l'objet d'une hospitalisation du 29 juin 2022 au 6 juillet 2022 au sein du service de spécialités pédiatriques et de médecine infantile de l'hôpital la Timone, mettant la requérante dans l'impossibilité d'embarquer le 29 juin 2022 pour l'Italie, conformément à la feuille de route qui lui avait été remise le 17 juin 2022.
8. Par suite, au regard de sa particulière vulnérabilité, la requérante est fondée à soutenir que le retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil est à l'origine d'une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale que constitue le droit d'asile, ayant pour corollaire le droit au bénéfice des mesures prévues par la loi pour garantir aux demandeurs d'asile des conditions matérielles d'accueil décentes, et notamment un hébergement et une allocation. Il y a lieu, en conséquence, d'enjoindre à l'OFII de rétablir au bénéfice de Mme B les conditions matérielles d'accueil dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a toutefois pas lieu, en l'espèce, d'assortir d'une astreinte cette mesure d'injonction.
Sur les frais d'instance :
9. Il résulte de ce qui a été dit au point 2 que la requérante est provisoirement admise à l'aide juridictionnelle. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Gilbert, conseil de la requérante, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de la requérante à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'OFII le versement à Me Gilbert d'une somme de 800 euros.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Il est enjoint à l'OFII de rétablir au bénéfice de Mme B les conditions matérielles d'accueil dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Gilbert renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, l'OFII versera à Me Gilbert, conseil de la requérante, une somme de 800 (huit cents) euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D B, à Me Gilbert et à l'Office français de l'immigration de l'intégration.
Fait à Marseille, le 2 août 2022.
La juge des référés
Signé
M. C
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026