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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2206537

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2206537

vendredi 16 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2206537
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantKARAMANI PELACUER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 25 juillet et le 30 août 2022, M. B A, représenté par Me Karamani-Pelacuer, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 12 juillet 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;

3°) de mettre une somme de 1 500 euros à la charge de l'État en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous condition que celle-ci renonce à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée en droit et en fait ;

- étant kurde de nationalité turque, il estime encourir de graves dangers pour sa vie en cas de retour en Turquie dès lors qu'il s'est activement engagé politiquement en faveur du peuple kurde et de sa culture ;

- ses demandes d'asile ont été rejetées à tort par l'Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides et la Cour Nationale du Droit d'Asile, au vu de sa situation personnelle ;

- le préfet des Bouches-du-Rhône a commis une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il est en droit de bénéficier des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 août 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné M. D pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- les observations de Me Karamani-Pelacuer, représentant M. A,

- les observations de M. A, assisté de Mme C, interprète en langue turque,

- le préfet des Bouches du Rhône n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré a été produite le 31 août 2022 pour M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant turc né le 30 décembre 1991, entré sur le territoire français le 10 août 2021, a demandé l'asile auprès des services de la préfecture des Bouches-du-Rhône le 11 août 2021. Sa demande d'asile a été rejetée le 31 décembre 2021 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), confirmée par décision du 20 mai 2022 par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). M. A demande l'annulation de l'arrêté du 12 juillet 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination.

Sur la demande d'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Selon l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, l'arrêté du 12 juillet 2022, qui vise, notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et en particulier ses articles 3 et 8, ainsi que les dispositions applicables des codes de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des relations entre le public avec l'administration, précise que M. A, non titulaire d'un passeport ou de visa en cours de validité, n'a pu justifier être entré régulièrement sur le territoire français le 10 août 2021. L'arrêté précise également que l'OFPRA a refusé de lui reconnaître le statut de réfugié et le bénéfice de la protection subsidiaire le 31 décembre 2021 et que la CNDA a confirmé cette décision, par rejet de son recours le 20 mai 2022, qu'il n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires aux dispositions de l'article 3 de la Convention Européenne des Droits de l'Homme en cas de retour dans son pays d'origine. Enfin, l'arrêté attaqué, sur sa vie privée et familiale, indique qu'il n'établit pas être dépourvu d'attaches personnelles et familiales hors de France où il aurait vécu jusqu'à l'âge d'au moins 29 ans et où il peut mener une vie familiale normale avec sa conjointe, rendant ainsi compatible une mesure d'éloignement à son encontre, dès lors qu'elle n'est pas contraire à l'article 8 de la Convention Européenne de Sauvegarde des Droits de l'Homme et des Libertés Fondamentales du 4 novembre 1950. Par suite, au vu de ces éléments et en concluant que M. A n'établit pas l'existence d'une des protections envisagées par les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est insuffisamment motivée et démontre l'absence d'examen complet et sérieux de sa situation.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office ". Aux termes de l'article L. 721-3 du même code : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français () ". Aux termes de l'article L. 721-4 de ce code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Cet article 3 dispose : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ". Ces dispositions combinées font obstacle à ce que puisse être légalement désigné comme pays de destination d'un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement un État pour lequel il existe des motifs sérieux et avérés de croire que celui-ci s'y trouverait exposé à un risque réel pour sa personne soit du fait des autorités de cet État, soit même du fait de personnes ou groupes de personnes ne relevant pas des autorités publiques, dès lors que, dans ce dernier cas, les autorités de l'État de destination ne sont pas en mesure de parer à un tel risque par une protection appropriée.

6. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que le préfet des Bouches-du-Rhône, après avoir visé les dispositions des articles L. 612-12 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a fixé le pays à destination duquel M. A doit être renvoyé, à savoir " le pays dont il a la nationalité ou qui lui a délivré un titre de voyage en cours de validité ou encore à destination de tout autre pays dans lequel il établit qu'il est légalement admissible " , après avoir précisé, ainsi qu'il a été dit, que l'intéressé n'établissait pas être exposé à des peines ou traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier, et en particulier d'un procès-verbal traduit par une interprète agréée, daté du 21 mars 2022, rédigé par le maire de proximité et des membres du conseil municipal du quartier Molladavut, lequel se borne à indiquer que M. A ne se trouverait plus en Turquie et qu'il aurait quitté la France par des voies illégales, qu'il apporte la preuve d'un risque grave pour sa vie s'il était renvoyé dans son pays d'origine. Il en est de même pour la pièce apportée par la note en délibéré du 31 août 2022, consistant en la traduction par une interprète agréée d'un procès-verbal du commissariat de l'arrondissement d'Esenyurt de mise en liberté du requérant en date du 26 mai 2019, qui, s'il précise les dates de début et de fin de la garde à vue, n'en donnent pas les raisons précises. Ainsi, ces documents ne sont pas de nature à établir que M. A encourt des peines ou des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'application de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et fixant le pays de destination présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions fondées sur l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E:

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2022.

Le magistrat désigné,

Signé

A-D D La greffière,

Signé

H. Ben Hammouda

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous commissaires à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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