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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2206575

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2206575

mardi 30 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2206575
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantTELLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 juillet 2022, M. D A C, représenté par Me Telle, demande au Tribunal d'annuler l'arrêté du 19 juillet 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter sans délai le territoire français et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de deux ans ;

Il soutient que l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il disposera d'un travail et d'un logement à sa sortie de détention, que son fils réside en France et qu'il a toujours vécu en France.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 août 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Marseille a désigné M. B pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Ouillon, magistrat désigné,

- les observations de Me Telle pour M. A C, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens qu'elle expose oralement, en faisant valoir, en outre, que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que l'intéressé exerçait une activité professionnelle en intérim, que son ancien employeur est disposé à le reprendre après sa période de détention, qu'il disposait d'un logement et n'a pas d'attaches familiales au Portugal.

Au cours de l'audience, les parties ont été informées de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur des moyens relevés d'offices tirés de la méconnaissance du champ d'application de la loi et de ce que les dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pouvaient être substituées à celles de l'article L. 611-1 du même code, comme base légale de la décision portant obligation de quitter le territoire français, de ce que les dispositions de l'article L. 251-3 du code précité pouvaient être substituées à celles de l'article L. 612-2 du même code, comme base légale de la décision refusant un délai de départ volontaire et de ce que les dispositions de l'article L. 251-4 du code précité pouvaient être substituées à celles de l'article L. 612-6 du même code, comme base légale de la décision portant interdiction de circulation.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A C, ressortissant portugais, né le 7 février 1972, serait entré en France au cours de l'année 2004, selon ses déclarations. Par un arrêté du 19 juillet 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône a fait obligation à M. A C, alors incarcéré au centre de détention de Tarascon, de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retourner sur le territoire français pendant une durée de deux ans. M. A C demande au Tribunal d'annuler cet arrêté du 19 juillet 2022.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public () ".

3. D'autre, aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; / 3° Ils sont inscrits dans un établissement fonctionnant conformément aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur pour y suivre à titre principal des études ou, dans ce cadre, une formation professionnelle, et garantissent disposer d'une assurance maladie ainsi que de ressources suffisantes pour eux et pour leurs conjoints ou descendants directs à charge qui les accompagnent ou les rejoignent, afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale ; / 4° Ils sont membres de famille accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° ; / 5° Ils sont le conjoint ou le descendant direct à charge accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées au 3° ". Aux termes de l'article L. 251-1 du même code : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; / () L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine ". L'article L. 251-2 du même code prévoit que : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 251-1 les citoyens de l'Union européenne ainsi que les membres de leur famille qui bénéficient du droit au séjour permanent prévu par l'article L. 234-1 ". Aux termes de l'article L. 234-1 de ce code : " Les citoyens de l'Union européenne mentionnés à l'article L. 233-1 qui ont résidé de manière légale et ininterrompue en France pendant les cinq années précédentes acquièrent un droit au séjour permanent sur l'ensemble du territoire français ".

4. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité administrative d'un État membre qui envisage de prendre une mesure d'éloignement à l'encontre d'un ressortissant d'un autre État membre de ne pas se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, mais d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française. L'ensemble de ces conditions doivent être appréciées en fonction de la situation individuelle de la personne, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.

5. Il ressort des pièces du dossier et particulièrement des mentions de l'arrêté attaqué que pour faire obligation à M. A C de quitter le territoire français, le préfet des Bouches-du-Rhône s'est fondé sur les dispositions de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicables aux ressortissants d'Etats non membres de l'Union européenne, alors qu'il est constant que l'intéressé est de nationalité portugaise et ainsi ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne. Par suite, le préfet des Bouches-du-Rhône s'est à tort fondé sur les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui n'étaient pas applicables à M. A C, pour prendre l'obligation de quitter le territoire français en litige.

6. Lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.

7. D'une part, le préfet des Bouches-du-Rhône fait valoir dans ses écritures en défense que M. A C ne remplit pas les conditions prévues à l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour bénéficier d'un droit au séjour en France dès lors qu'il est sans activité professionnelle et sans ressources. Si M. A C fait valoir qu'à sa sortie de détention son ancien employeur doit lui offrir un emploi ainsi qu'un logement dans une résidence hôtelière, il n'apporte aucun élément à l'appui de ses allégations permettant de les tenir pour établies. Par ailleurs, si M. A C a indiqué résider sur le territoire national depuis 2004, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé aurait résidé, pendant les cinq années précédents l'arrêté attaqué, de manière légale et ininterrompue en France. M. A C ne peut ainsi être regardé comme bénéficiant d'un droit au séjour permanent au sens des dispositions de l'article L. 251-2 du code précité. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. A C a été condamné à trente mois d'emprisonnement, dont dix-huit mois avec sursis, pour des faits de violence avec usage ou menace d'une arme sans incapacité, en état de récidive, par un jugement du tribunal correctionnel de Gap du 13 décembre 2021. Si l'intéressé soutient que toute sa famille et notamment ses deux enfants résident en France, le préfet fait valoir sans être contredit que ces derniers étaient majeurs à la date de la décision attaquée. L'intéressé, qui est divorcé, est ainsi sans charge de famille sur le territoire national où il ne justifie pas disposer d'un domicile personnel. Dans ces conditions, eu égard, d'une part, à l'absence de droit au séjour de M. A C et à la menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société qu'il représente et, d'autre part, à sa situation personnelle et familiale, l'obligation faite à l'intéressé de quitter le territoire français trouve son fondement légal dans les dispositions des 1° et 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui peuvent être substituées à celles de l'article L. 611-1 du même code dès lors que cette substitution de base légale, sur lesquelles les parties ont été invitées à présenter leurs observations par le tribunal, n'a pour effet de priver l'intéressé d'aucune garantie et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces deux dispositions.

8. Il résulte des circonstances de l'espèce rappelées au point 7 du jugement que le préfet des Bouches-du-Rhône, en prenant à l'encontre de M. A C une obligation de quitter le territoire français, n'a pas méconnu les dispositions des 1° et 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur la situation personnelle de l'intéressé.

Sur la décision de refus de délai volontaire :

9. M. A C ne développe aucun moyen propre pour contester la légalité de cette décision.

Sur la décision prononçant une interdiction de circulation d'une durée de deux ans :

10. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 251-4 du même code : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. ".

11. M. A C étant de nationalité portugaise, le préfet des Bouches-du-Rhône s'est à tort fondé sur les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui n'étaient pas applicables à l'intéressé, ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, pour lui interdire de retourner sur le territoire français. Toutefois, le préfet ayant retenu pour justifier cette décision, les motifs tirés du comportement de M. A C, qui représente menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société, son absence d'attaches en France et l'absence de justification de l'ancienneté de son séjour sur le territoire national, celle-ci peut trouver son fondement légal dans les dispositions de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui peuvent être substituées à celles de l'article L. 612-6 du même code dès lors que les parties ont été invitées par le tribunal à présenter leurs observations sur cette substitution de base légale et que le préfet dispose du même pouvoir d'appréciation.

12. Pour les motifs exposés aux points 7 et 11, et compte tenu du comportement de M. M. A C, de l'absence de justification de l'ancienneté de ses liens avec la France et de l'intensité de ses attaches sur le territoire national, le préfet des Bouches-du-Rhône n'a pas commis d'erreur d'appréciation en prenant à l'encontre de l'intéressé une décision d'interdiction de circulation d'une durée de deux ans.

13. Il résulte de ce qui précède que M. A C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 19 juillet 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter sans délai le territoire français et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation d'une durée de deux ans.

D E C I D E :

Article 1err : La requête de M. A C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A C et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 août 2022.

Le magistrat désigné,

Signé

S. B

La greffière,

Signé

D. Sibille

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef

La greffière,

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