lundi 8 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2206645 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | Cabinet KOSZCZANSKI & BERDUGO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 3 août 2022, Mme B G, représentée par Me Koszczanski, et agissant en son nom propre et en qualité de représentante légale de ses trois enfants mineurs D, A F et C E, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'enjoindre à l'Etat de lui proposer un hébergement d'urgence adapté aux besoins de la famille dans un délai de 24 heures à compter de la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- de nationalité algérienne, elle est entrée en France le 14 juin 2022 accompagnée de ses trois enfants mineurs âgés de 8 ans, 7 ans et 18 mois, sous couvert d'un visa Schengen de court séjour valide jusqu'au 3 juillet 2022 ; ils n'ont pu repartir de France pour des raisons personnelles, en raison de craintes en cas de retour en Algérie ; elle n'a pas déposé de demande d'asile, se trouve dans le délai pour le faire et ne fait pas l'objet d'une mesure d'éloignement ; les deux enfants aînés ont été inscrits et seront scolarisés à la rentrée dans une école élémentaire ; elle a sollicité un hébergement d'urgence auprès du " 115 " à de nombreuses reprises, en vain ; elle-même et ses enfants, lesquels commencent à présenter des pathologies du fait de leur situation de précarité et ont été vus en consultation médicale par l'organisation Médecins du Monde, se trouvent aujourd'hui sans abri ;
- la condition d'urgence au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative est caractérisée ; la famille est dans une situation de vulnérabilité importante et de détresse sociale ;
- la carence caractérisée de l'Etat dans l'accomplissement de sa mission de veille sociale porte atteinte à leur droit à un hébergement d'urgence et à l'intérêt supérieur des enfants.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 août 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- l'urgence n'est pas caractérisée ;
- aucune atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale n'est constituée.
Le département des Bouches-du-Rhône a produit des observations et pièces le 5 août 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Jorda-Lecroq, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 8 août 2022 à 10 heures, en présence de Mme Martinez, greffière d'audience :
- le rapport de Mme H ;
- et les observations de Me Atger, représentant Mme G, qui reprend les moyens de la requête et ajoute, d'une part, que la famille ne dispose que d'une boîte postale, et non d'un hébergement, à l'association Accueil de jour située 34 boulevard Bouès à Marseille et, d'autre part, que l'adresse mentionnée sur les certificats scolaires d'affectation de ses deux enfants aînés produits correspond au domicile de la sœur de la requérante, que le beau-frère de celle-ci n'a pas accepté de l'héberger, et que son mari se trouve en Algérie.
Le préfet des Bouches-du-Rhône et le département des Bouches-du-Rhône n'étant ni présents, ni représentés.
Après avoir prononcé, à l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction.
Considérant ce qui suit :
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête en référé de la requérante, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".
3. L'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles prévoit que, dans chaque département, est mis en place, sous l'autorité du préfet " un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse ". L'article L. 345-2-2 de ce code précise que " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence () ". Et l'article L. 345-2-3 du même code prévoit que : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée. Cette orientation est effectuée vers une structure d'hébergement stable ou de soins, ou vers un logement, adaptés à sa situation ".
4. Il appartient aux autorités de l'Etat de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette tâche peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte notamment des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée.
5. Mme G, ressortissante algérienne, soutient qu'aucune solution d'hébergement n'a été procurée à sa famille, composée d'elle-même et de ses trois enfants âgés de 8 ans, 7 ans et 18 mois depuis leur arrivée en France, sous couvert d'un visa de court séjour, qui remonte, selon ses déclarations, au 14 juin 2022, alors qu'elle a sollicité à de nombreuses reprises le " 115 " à partir du 3 juillet 2022 pour un hébergement, de sorte qu'ils sont sans abri. Toutefois, la requérante fait état dans sa requête, sans plus de précisions, de craintes en cas de retour en Algérie, où, selon les indications données par son conseil à la barre, son époux et père des enfants demeure toujours, et n'a toutefois pas, à la date de la présente ordonnance, formé de demande d'asile, son conseil ayant encore indiqué à la barre que la requérante lui avait expliqué devoir évoquer l'opportunité d'une telle demande avec son époux. La requête ne fournit ainsi aucune indication concernant une éventuelle vocation de Mme G à demeurer en France avec ses enfants, en dépit de l'inscription des deux aînés dans une école élémentaire pour la rentrée 2022. Le conseil de Mme G a encore indiqué à la barre que, si les certificats d'affectation scolaires de ses deux enfants ainés, établis le 25 juillet 2022, font état d'une adresse située dans le 12ème arrondissement de Marseille, il s'agit de l'adresse de la sœur de la requérante et de son beau-frère et que celui-ci aurait refusé d'héberger Mme G. Il résulte également de l'instruction, en particulier des observations et pièces produites par le département des Bouches-du-Rhône, d'une part, que Mme G s'est présentée le 5 juillet 2022 à la maison départementale de la solidarité de la Belle-de-Mai, où elle a été reçue par une assistante sociale, a déclaré être en possession d'un visa touristique en cours de validité, mais n'a pas évoqué la situation de ses enfants, et, d'autre part, que la structure dans laquelle elle a été domiciliée n'est pas agréée pour domicilier les personnes en couple ou en famille et oriente les demandeurs vers des structures agréées pour ce faire lorsque la présence d'enfants est signalée. Il résulte encore de l'instruction que, selon la préfecture des Bouches-du-Rhône, le dispositif d'hébergement d'urgence est particulièrement saturé avec une situation de près de 2 200 personnes à l'hôtel de droit commun. Dans ces conditions, et dans les circonstances particulières de l'espèce, alors, notamment, que Mme G, à plusieurs reprises, s'est présentée auprès des administrations et associations sans ses enfants et sans en faire mention, et a fait état, lors de l'inscription des deux aînés à l'école, d'une domiciliation dans le 12ème arrondissement de Marseille, l'existence, à la date de la présente ordonnance, d'une situation de détresse et d'une carence caractérisée de l'administration dans la mise en œuvre du droit à l'hébergement d'urgence constitutive d'une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, permettant au juge des référés de faire usage des pouvoirs qu'il tire de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, ne peut être regardée comme établie.
6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme G aux fins qu'il soit enjoint à l'Etat de lui proposer un hébergement d'urgence adapté aux besoins de la famille doivent être rejetées.
Sur les frais d'instance :
7. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font toutefois obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme G est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme G est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B G, à Me Koszczanski, au préfet des Bouches-du-Rhône et au département des Bouches-du-Rhône.
Fait à Marseille, le 8 août 2022.
La vice-présidente désignée,
Juge des référés
Signé
K. H
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026