mardi 9 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2206704 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | LEMAISTRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 août 2022, et un mémoire complémentaire enregistré le 8 août 2022, M. E F, représenté par Me Bazin-Clauzade, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 4 août 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de son éloignement, a prononcé à son encontre une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans et l'a inscrit au fichier SIS ;
3°) d'enjoindre au préfet de communiquer l'ensemble des pièces sur lesquelles il a fondé les décisions prises ;
4°) à être assisté d'un avocat commis d'office et assisté d'un interprète en langue albanaise ;
5°) de mettre une somme de 1 000 euros à la charge de l'Etat en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil à condition que celui-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée du vice d'incompétence de son signataire ;
- l'obligation de quitter le territoire français n'est pas suffisamment motivée ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'erreur de droit ;
S'agissant du refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il présente des garanties de représentation suffisantes ; il dispose d'un passeport en cours de validité, d'une adresse permanente et a exécuté une première mesure d'éloignement ;
S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :
- elle n'est pas suffisamment motivée ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'erreur de droit ;
S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est entachée du vice d'incompétence de son signataire ;
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité du refus d'octroi d'un délai de départ volontaire ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans n'est pas suffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- cette décision et l'inscription au fichier SIS méconnaissent les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ces mesures étant disproportionnées dans leur principe et leur durée au regard de sa situation personnelle et de l'absence de menace à l'ordre public et ainsi entachées d'erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 août 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. F ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Mme Noire, magistrate désignée, a lu son rapport au cours de l'audience publique du 9 août 2022.
En application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, elle a indiqué, lors de l'audience, que le jugement à venir était susceptible d'être partiellement fondé sur le moyen soulevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation de l'inscription du requérant dans le système d'information Schengen dès lors que cette information ne lui fait pas grief.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 9 août 2022 :
- les observations de Me Bazin-Clauzade, représentant M. F, assisté de M. A, interprète en langue albanaise, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens,
- le préfet des Bouches-du-Rhône n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. F, ressortissant kosovare né le 30 décembre 1997, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 4 août 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de son éloignement et a prononcé à son encontre une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. F, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions tendant à la production, par le préfet des Bouches-du-Rhône, des pièces du dossier :
3. L'affaire est en état d'être jugée et le principe du contradictoire a été respecté. Il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'entier dossier détenu par l'administration et des pièces sur lesquelles elle s'est fondée pour prendre les décisions contestées.
Sur la recevabilité des conclusions à fin d'annulation de l'inscription au fichier SIS :
4. Lorsqu'elle prend, à l'égard d'un étranger, une décision d'interdiction de retour sur le territoire français, l'autorité administrative se borne à informer l'intéressé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Une telle information ne constitue pas une décision distincte de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français et n'est, dès lors, pas susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Par suite, les conclusions tendant à son annulation sont irrecevables et doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté du 4 août 2022 en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :
5. L'arrêté attaqué a été signé par M. C D, adjoint au chef du bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile au sein de la direction des migrations, de l'intégration et de la nationalité à la préfecture des Bouches-du-Rhône. Il a reçu par arrêté du 31 août 2021, régulièrement publié le lendemain au recueil des actes administratifs de la préfecture, délégation à l'effet de signer les décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit par suite être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
6. En premier lieu, aux termes du I de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () La décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français est motivée. () ".
7. L'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit sur lesquels il se fonde, reposant notamment sur les articles L. 611-1 et L. 611-3 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il indique également les motifs de fait qui en constituent le fondement, tenant en particulier au maintien de M. F sur le territoire français après l'expiration de son visa, sans être titulaire d'un titre de séjour, à la situation familiale de l'intéressé, sans enfant, qui ne justifie pas de la réalité et de l'ancienneté de sa vie de couple avec sa concubine ni être dépourvu d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine, au rejet de sa demande d'asile le 19 novembre 2020, à l'absence de garanties de représentation suffisantes en l'absence de justification d'un passeport en cours de validité et d'un lieu de résidence effectif en Haute-Savoie, ainsi que d'une précédente mesure d'éloignement prise à son encontre le 23 juin 2021 avec interdiction de retour d'une durée d'un an et sa déclaration de vouloir se maintenir en France. Cet énoncé suffit à mettre le requérant en mesure de discuter utilement l'arrêté en litige et permet au juge de contrôler les motifs des décisions contestées. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté doit donc être écarté.
8. En second lieu, aux termes aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. Il ressort des pièces du dossier que le requérant, entré pour la première fois en France au cours de l'année 2019 à l'âge de 22 ans, a vu sa demande d'asile rejetée par l'office français de protection des réfugiés et apatrides le 19 novembre 2020 et qu'il a fait l'objet d'une première obligation de quitter le territoire français assortie d'une interdiction de retour d'une durée d'un an prononcées par arrêté du préfet de la Haute-Savoie le 23 juin 2021. Revenu en France au début de l'année 2022 après être retourné dans son pays d'origine, il n'établit pas ni même n'allègue être dépourvu de toute attache familiale dans son pays d'origine, où résident ses parents et son frère selon ses propres déclarations aux services de police. Célibataire et sans enfant, il n'établit pas davantage la réalité du concubinage allégué dans ses écritures, ni même la régularité du séjour de sa compagne qui disposerait au mieux d'un visa de court séjour. Dans ces conditions, en dépit de la circonstance qu'il justifie avoir conclu le 4 mai 2022 un contrat de travail à durée indéterminée avec la société " Pali SAS " en qualité de plombier, le préfet des Bouches-du-Rhône n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a pris la mesure d'éloignement attaquée. Par suite, quand bien même M. F justifierait d'une adresse stable, c'est sans méconnaître les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sans commettre d'erreur de droit ou d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle que le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :
10. Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 dudit code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa () sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".
11. Pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. F, le préfet des Bouches-du-Rhône s'est fondé sur les circonstances que l'intéressé, qui s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de son visa, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, qu'il ne présentait pas de garanties de représentation suffisantes, ne présentant pas un passeport en cours de validité et ne justifiant pas d'un lieu de résidence permanent, déclarant résider en Haute-Savoie sans en justifier, qu'il a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 23 juin 2021 avec interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et qu'il a déclaré vouloir se maintenir en France, le conduisant par suite à considérer l'existence d'un risque que l'intéressé se soustraie à l'exécution d'une mesure d'éloignement. S'il ressort des pièces du dossier que M. F dispose d'un passeport en cours de validité et peut être regardé comme justifiant d'une adresse en Haute-Savoie et ainsi d'un lieu de résidence effectif depuis mai 2022 présentant une certaine permanence, il est constant qu'il a déclaré aux services de police ne pas vouloir exécuter la mesure d'éloignement et vouloir au contraire se maintenir en France. Ainsi, alors même que M. F aurait spontanément exécuté la précédente mesure d'éloignement prise par le préfet de Haute-Savoie à son encontre le 23 juin 2021, assortie toutefois d'une interdiction de retour d'un an, et qu'il présente des garanties de représentation suffisantes s'agissant de son lieu de résidence et de son passeport, le préfet des Bouches-du-Rhône a pu légalement considérer qu'en s'étant maintenu sur le territoire français après l'expiration de son visa sans demander de titre de séjour et en ayant explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français, il existait ainsi un risque qu'il se soustraie à la mesure d'éloignement dont il fait l'objet au sens et pour l'application des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet n'a, par conséquent, pas méconnu ces dispositions en obligeant M. F à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
12. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et fait expressément référence à la décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides ayant rejeté la demande d'asile du requérant. Il ajoute que l'intéressé n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation ne peut être accueilli.
13. En second lieu, si M. F soutient que la mesure qui fixe le pays de renvoi méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et serait entachée d'erreur manifeste de ses conséquences sur sa situation personnelle et d'erreur de droit, ces moyens doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 9.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :
14. Compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'illégalité de l'interdiction de retour sur le territoire français par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de délai de départ volontaire doit être écarté.
15. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
16. Il ressort des termes mêmes des dispositions précitées que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.
17. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifient sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.
18. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté en litige vise les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise, notamment, que l'intéressé, qui déclare être entré en France entre le 5 juin et le 12 juin 2019, ne démontre pas y avoir habituellement résidé depuis ces dates, qu'il ne justifie pas de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, qu'il ne justifie pas de la réalité et de l'ancienneté de sa relation avec sa concubine ni être dépourvu d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine où réside sa famille, et qu'il n'a pas exécuté spontanément la mesure d'éloignement prise à son encontre le 23 juin 2021. Dès lors, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen sérieux de sa situation doivent être écartés.
19. En second lieu, en l'absence de circonstances humanitaires et eu égard à la durée et aux conditions du séjour en France du requérant telles qu'exposées au point 9, de l'absence de justification de ses attaches personnelles et familiales en France, à la circonstance que M. F a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement par arrêté du préfet de Haute-Savoie du 23 juin 2021, et quand bien il aurait spontanément exécuté cette mesure, le préfet n'a pas, en prononçant une interdiction de retour d'une durée de deux ans, entaché sa décision d'une erreur d'appréciation tant sur le principe que sur la durée de l'interdiction de retour, et ce alors même que sa présence en France ne constituerait pas une menace pour l'ordre public. Le moyen tiré du caractère disproportionné de cette mesure et de la méconnaissance des dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit ainsi être écarté.
20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. F doivent être rejetées ainsi, par voie de conséquence, que ses conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D É C I D E :
Article 1r : M. F est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. F est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E F et au préfet des Bouches-du-Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 août 2022.
La magistrate désignée,
Signé
F. BLa greffière,
Signé
A. Martinez
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026