mercredi 10 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2206705 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | LEMAISTRE |
Vu la procédure suivante :
I. A une requête n°2206705, enregistrée le 5 août 2022, M. J B demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 4 août 2022 A lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de son éloignement, a prononcé à son encontre une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans et l'a inscrit au fichier SIS ;
3°) d'enjoindre au préfet de communiquer l'ensemble des pièces sur lesquelles il a fondé les décisions prises ;
4°) à être assisté d'un avocat commis d'office et assisté d'un interprète en langue vietnamienne ;
5°) de mettre une somme de 1 000 euros à la charge de l'Etat en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil à condition que celui-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée du vice d'incompétence de son signataire ;
- l'obligation de quitter le territoire français n'est pas suffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen complet et sérieux de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'erreur de droit dès lors qu'il a vocation à obtenir un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 421-1 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à raison de circonstances exceptionnelles A le travail et alors qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public ; le préfet a méconnu la circulaire du 24 novembre 2009 ;
- elle est entachée d'erreur manifeste de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
S'agissant de la décision refusant un délai de départ volontaire :
- elle n'est pas motivée ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il présente des garanties de représentation suffisantes du fait d'un hébergement stable et effectif en France, qu'il ne s'est pas soustrait à une précédente mesure d'éloignement et qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans :
- l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans n'est pas suffisamment motivée ;
- elle est illégale A voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- cette décision et l'inscription au fichier SIS méconnaissent les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ces mesures étant disproportionnées dans leur principe et leur durée au regard de sa situation personnelle et de l'absence de menace à l'ordre public et ainsi entachées d'erreur d'appréciation ;
S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article 19.2 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et l'article 33 de la convention de Genève ;
Le préfet des Bouches-du-Rhône n'a pas produit de mémoire en défense dans cette instance.
II. A une requête n°2206707, enregistrée le 6 août 2022, M. J B, représenté A Me Chemmam, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 4 août 2022 A lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de son éloignement, a prononcé à son encontre une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans et l'a inscrit au fichier SIS ;
3°) de mettre une somme de 1 500 euros à la charge de l'Etat en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les décisions sont entachées d'incompétence de leur signataire ;
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
- l'obligation de quitter le territoire français n'est pas suffisamment motivée et méconnait les dispositions de l'article 7 de la directive 2008/115 CE du 16 décembre 2008 ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision refusant un délai de départ volontaire :
- elle n'est pas motivée ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et porte une atteinte manifestement disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale ;
S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans :
- elle porte une atteinte manifestement disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.
A un mémoire en défense, enregistré le 9 août 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés A M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme D pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Mme Noire, magistrate désignée, a lu son rapport au cours de l'audience publique du 9 août 2022.
En application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, elle a indiqué, lors de l'audience, que le jugement à venir était susceptible d'être partiellement fondé sur le moyen soulevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation de l'inscription du requérant dans le système d'information Schengen dès lors que cette information ne lui fait pas grief.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 9 août 2022 :
- les observations de Me Bendjennin, substituant Me Chemmam, représentant M. B dans l'instance n°2206707 et ayant déclaré à la barre se constituer également dans les intérêts du requérant dans l'instance n°2206705,
- les observations de M. B, assisté de Mme G épouse F, interprète en langue vietnamienne, A voie téléphonique,
- le préfet des Bouches-du-Rhône n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été reportée, à l'issue de l'audience, au 9 août 2022 à 14 heures pour permettre de communiquer au préfet des Bouches-du-Rhône les pièces produites pour M. B et enregistrées au cours de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant vietnamien né le 3 avril 1993, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 4 août 2022 A lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de son éloignement et a prononcé à son encontre une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.
2. Les requêtes n° 2206705 n° 2206707 concernent le même requérant et le même arrêté contesté, présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer A un seul et même jugement.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
3. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () A la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions tendant à la production, A le préfet des Bouches-du-Rhône, des pièces du dossier :
4. L'affaire est en état d'être jugée et le principe du contradictoire a été respecté. Il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'entier dossier détenu A l'administration et des pièces sur lesquelles elle s'est fondée pour prendre les décisions contestées.
Sur la recevabilité des conclusions à fin d'annulation de l'inscription au fichier SIS :
5. Lorsqu'elle prend, à l'égard d'un étranger, une décision d'interdiction de retour sur le territoire français, l'autorité administrative se borne à informer l'intéressé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Une telle information ne constitue pas une décision distincte de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français et n'est, dès lors, pas susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. A suite, les conclusions tendant à son annulation sont irrecevables et doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
6. L'arrêté attaqué a été signé A M. H E, chef du bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile au sein de la direction des migrations, de l'intégration et de la nationalité à la préfecture des Bouches-du-Rhône. Il a reçu A arrêté du 31 août 2021, régulièrement publié le lendemain au recueil des actes administratifs de la préfecture, délégation à l'effet de signer les décisions en litige portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, fixation du pays de destination et prononçant une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français, sans subordonner cette délégation à une absence ou à un empêchement du préfet. Ainsi, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué a été signé A une autorité incompétente, dès lors qu'il ne mentionne ni l'absence ni l'empêchement du préfet des Bouches-du-Rhône, doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
7. En premier lieu, aux termes du I de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () La décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français est motivée. () ".
8. L'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit sur lesquels il se fonde, reposant notamment sur les articles L. 611-1 et L. 611-3 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il indique également les motifs de fait qui en constituent le fondement, tenant en particulier à la circonstance que l'intéressé, non titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, qu'il est célibataire, sans enfant, et qu'il ne justifie pas être dépourvu d'attaches personnelles ou familiales dans son pays d'origine. Cet énoncé suffit à mettre le requérant en mesure de discuter utilement l'arrêté en litige et permet au juge de contrôler les motifs de la décision contestée. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté doit donc être écarté ainsi que le moyen selon lequel le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier et sérieux de la situation personnelle de l'intéressé.
9. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an./ La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues A les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. () ". Aux termes de l'article L. 435-1 du même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".
10. Si M. B soutient que le préfet ne pouvait, sans commettre d'erreur de droit, l'obliger à quitter le territoire français, motif pris de ce qu'il a vocation à se voir délivrer un titre de séjour en application des dispositions précitées des articles L. 421-1 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il n'établit toutefois pas, A les pièces produites, qu'il exerçait, à la date de l'arrêté en litige, une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée, ni d'ailleurs qu'il aurait bénéficié d'une autorisation de travail dans les conditions prévues A les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. En outre, l'exercice d'une activité professionnelle dans la restauration ne suffit pas, à lui seul, pour caractériser un motif exceptionnel, au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, justifiant l'admission au séjour de M. B, qui n'avait d'ailleurs jamais sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Dès lors, les moyens soulevés A M. B, tirés de ce que l'arrêté contesté serait entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation, doivent en tout état de cause être écartés.
11. En troisième lieu, M. B ne peut utilement se prévaloir des termes de la circulaire du 24 novembre 2009, dépourvue de caractère réglementaire et A ailleurs abrogée A une circulaire du 28 novembre 2012.
12. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue A la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
13. Il ressort des pièces du dossier que M. B, célibataire et sans enfant, est entré en France à l'âge de 25 ans. L'intéressé, qui se borne à soutenir que le préfet n'a pas examiné les conséquences de la mesure d'éloignement sur sa vie privée et familiale, ne se prévaut toutefois de la présence d'aucun membre de sa famille en France. Il n'établit pas davantage être dépourvu de liens dans son pays d'origine, où il a vécu la majeure partie de son existence. La seule circonstance qu'il exerce, au regard des bulletins de paie produits, une activité professionnelle dans le secteur de la restauration depuis 2018 et qu'il bénéficie d'une promesse d'embauche ne saurait suffire à établir que M. B aurait transféré en France le centre de ses intérêts privés et familiaux, en dépit A ailleurs du réseau de connaissances qu'il soutient avoir tissé depuis son arrivée en France cette même année. Dès lors, eu égard aux conditions et à la durée du séjour de l'intéressé en France, le préfet des Bouches-du-Rhône, en prenant l'arrêté en litige, n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs de ses décisions et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peuvent qu'être rejetées.
En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
15. En premier lieu, le requérant ne peut utilement se prévaloir d'une méconnaissance de l'article 7 de la directive du 16 décembre 2008, dès lors que les dispositions dont il s'agit ont été transposées en droit interne A l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
16. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Selon l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".
17. D'une part, l'arrêté en litige vise les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise les raisons pour lesquelles le préfet a considéré qu'il existe un risque que M. B se soustraie à la mesure d'éloignement. Pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. B, le préfet des Bouches-du-Rhône s'est ainsi fondé sur les circonstances que l'intéressé, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, qu'il ne présentait pas de garanties de représentation suffisantes, ne présentant pas un passeport en cours de validité et ne justifiant pas d'un lieu de résidence permanent, et qu'il a déclaré ne pas vouloir retourner dans son pays d'origine, le conduisant A suite à considérer l'existence d'un risque que l'intéressé se soustraie à l'exécution d'une mesure d'éloignement. A suite, le moyen tiré du défaut de motivation du refus d'octroi d'un délai de départ volontaire doit être écarté.
18. D'autre part, s'il ressort des pièces du dossier, notamment de l'ordonnance du juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Marseille produite en date du 6 août 2022 et ayant mis fin au placement en rétention administrative de l'intéressé, que M. B justifie d'un passeport en cours de validité et d'un hébergement chez Mme C épouse I à Aubagne, il est constant qu'il a déclaré aux services de police ne pas vouloir retourner au Vietnam. Ainsi, alors même que M. B présente des garanties de représentation suffisantes s'agissant de son lieu de résidence et de son passeport, le préfet des Bouches-du-Rhône a pu légalement considérer qu'en étant entré irrégulièrement en France et en s'étant maintenu sur le territoire français sans demander de titre de séjour et en ayant explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français, il existait ainsi un risque qu'il se soustraie à la mesure d'éloignement dont il fait l'objet au sens et pour l'application des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet n'a, A conséquent, pas méconnu ces dispositions en obligeant M. B à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire.
19. Enfin, la seule circonstance que M. B travaille depuis 2018 comme cuisinier dans divers restaurants japonais ne suffit pas à considérer que la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
20. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B à fin d'annulation de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
21. Aux termes du 1 de l'article 33 de la convention de Genève susvisée : " Aucun des Etats contractants n'expulsera ou ne refoulera, de quelque manière que ce soit, un réfugié sur les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
22. Le requérant, qui n'a pas la qualité de réfugié, ne peut utilement se prévaloir du principe de non refoulement des réfugiés énoncé A les stipulations de l'article 33 de la convention de Genève. En outre, s'il soutient qu'un retour dans son pays d'origine l'exposerait à des persécutions, il ne produit aucun élément permettant au tribunal de se prononcer sur le bien-fondé d'une telle affirmation. Dès lors, M. B n'établit pas que la décision fixant le pays de renvoi méconnaîtrait les stipulations citées au point précédent. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 19 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne doit être écarté.
23. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la décision A laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a fixé le pays de destination doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans :
24. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée A l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
25. Il ressort des termes mêmes des dispositions précitées que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte A l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus A la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.
26. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit A ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifient sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.
27. Il ressort des pièces du dossier que M. B, cuisinier de manière continue depuis 2018 dans des restaurants de cuisine asiatique, ne justifie pas des attaches personnelles et familiales dont il disposerait en France. Toutefois, il n'a précédemment fait l'objet d'aucune mesure d'éloignement et ne représente aucune menace pour l'ordre public. Il en résulte qu'en édictant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, le préfet des Bouches-du-Rhône a entaché cette décision d'une erreur d'appréciation et méconnu les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
28. Il résulte de ce qui précède que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans édictée à l'encontre de M. B est illégale et doit être annulée.
Sur les conclusions présentées au titre des frais de procédure :
29. M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme globale de 1 000 euros à verser à Me Chemmam, avocat du requérant, au titre des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de l'admission définitive de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle et de la renonciation de son conseil à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée au requérant A le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera directement versée à M. B.
D É C I D E :
Article 1er : M. B admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône en date du 4 août 2022 est annulé en tant seulement qu'il édicte à l'encontre de M. B une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.
Article 3 : L'Etat versera à Me Chemmam, avocat de M. B, au titre des deux instances n°2206705 et n° 2206707, une somme globale de 1 000 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Chemmam renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B A le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros lui sera directement versée.
Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes n°2206705 et n°2206707 de M. B est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. J B, à Me Azize Chemmam et au préfet des Bouches-du-Rhône.
Rendu public A mise à disposition au greffe le 10 août 2022.
La magistrate désignée,
Signé
F. DLa greffière,
Signé
A. Martinez
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026