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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2206828

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2206828

mercredi 14 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2206828
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantPLANTIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 août et 5 septembre 2022, M. D A, représenté par Me Plantin, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 8 août 2022 du préfet des Bouches-du-Rhône en tant qu'il l'oblige à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et qu'il prononce à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'un an ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est entachée d'un défaut de motivation ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation ;

- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision de refus de délai de départ volontaire :

- cette décision est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de motivation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 août 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône demande au tribunal de rejeter la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les observations de Me Plantin, avocate, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ; elle soutient, en outre, que le préfet n'a pas communiqué les pièces concernant le requérant dans le cadre de l'instruction,

-le préfet des Bouches-du-Rhône n'étant ni présent ni représenté.

En présence de Mme B, interprète en langue arabe.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien, serait entré selon ses dires en 2014 ou en 2016 sur le territoire français. Par un arrêté du 8 août 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'un an à son encontre. Le requérant demande au tribunal de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle et d'annuler l'arrêté du 8 août 2022 en tant qu'il l'oblige à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et qu'il prononce à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'un an.

Sur la demande d'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée () ".

5. La décision attaquée vise l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle mentionne que la demande d'asile de M. A a été rejetée par une décision du 17 novembre 2016 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée le 17 mai 2017 par la Cour nationale du droit d'asile, que sa demande de réexamen a été rejetée comme irrecevable le 20 juin 2018, qu'il s'est vu notifier un arrêté du 19 avril 2018 portant rejet de sa demande d'asile assorti d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, qu'il a fait l'objet d'une nouvelle obligation de quitter le territoire français le 31 mars 2021, qu'il ne remplit pas les conditions pour se voir octroi de plein droit un titre de séjour, qu'il est célibataire sans enfant et que sa famille réside en Algérie. Ainsi, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et est par suite suffisamment motivée.

6. En deuxième lieu, si M. A soutient à raison que le préfet des

Bouches-du-Rhône a produit à l'instance la procédure judiciaire d'une autre personne que

lui-même, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée, ni des autres pièces du dossier que le préfet se serait fondé sur les faits révélés par cette procédure pour prendre la décision attaquée et aurait ainsi négligé de procéder à un examen sérieux de sa situation personnelle avant de l'obliger à quitter le territoire français.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Si M. A déclare être entré sur le territoire français en 2014 ou en 2016, il n'établit pas s'y être maintenu depuis lors. Par ailleurs, il ne démontre l'existence d'une activité professionnelle que depuis le mois de février 2022. De plus, il ne conteste pas être célibataire sans enfant et que sa famille réside en Algérie. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, le moyen tiré de ce que la décision attaquée porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis par cette décision et méconnaîtrait par suite les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français présentées par M. A doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision de refus de délai de départ volontaire :

10. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".

11. La décision attaquée vise les articles L. 612-2 et L. 612-3 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle mentionne que M. A ne possède ni d'un passeport en cours de validité ni d'un lieu de résidence permanent et que s'il déclare disposer d'un lieu d'hébergement, il n'en établit pas l'existence. Elle indique également que le requérant a fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 31 mars 2021 et qu'il est défavorablement connu des services de police. Ainsi la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et est par suite suffisamment motivée.

12. En second lieu, aux termes de L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité () en cours de validité, (), qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

13. Il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier que le préfet des Bouches-du-Rhône aurait négligé de procéder à un examen sérieux de la situation personnelle de M. A avant de refuser de lui accorder un délai de départ volontaire. Par ailleurs, ce dernier n'apporte aucun élément de nature à démontrer qu'en considérant qu'il existe un risque qu'il se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet au motif qu'il n'a pas exécuté l'obligation précédente prise à son encontre, qu'il ne peut pas présenter de document d'identité en cours de validité et qu'il ne dispose pas d'une résidence permanente, le préfet a entaché la décision attaquée d'une erreur d'appréciation.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions d'annulation de la décision de refus de délai de départ volontaire présentées par M. A doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

15. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les () décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612 6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".

16. La décision attaquée vise les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle mentionne que M. A déclare être entré en France en 2014 et ne démontre pas y avoir habituellement résidé depuis cette date, qu'il ne justifie pas de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, qu'il est célibataire sans enfant et que sa famille réside en Algérie, et qu'il n'a pas exécuté spontanément le mesures d'éloignement prises à son encontre les 19 avril 2018 et 31 mars 2021. Ainsi la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et est par suite, suffisamment motivée.

17. Il résulte de ce qui précède que les conclusions d'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au conseil de M. A.

DÉCIDE :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 septembre 2022.

La magistrate désignée,

Signé

E-M. CLe greffier,

Signé

T. Marcon

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier

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