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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2206846

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2206846

lundi 5 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2206846
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSCP BOREL & DEL PRETE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 10 août 2022, le 11 août 2022, le 19 août 2022, le 19 août 2022, le 26 août et le 28 août 2022, Mme A B, représentée par Me Pepin, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'arrêté n°2022-165 du 25 juillet 2022, par lequel le maire de la commune de Cabannes a mis fin à son détachement sur emploi fonctionnel à l'initiative de l'agent, et l'a placée en disponibilité d'office jusqu'au 1er décembre 2025, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre à la commune de Cabannes de la réintégrer dans ses fonctions de directrice générale des services, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, de lui enjoindre de lui verser une allocation de retour à l'emploi et de rémunérer ses droits à congé et son compte épargne temps ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Cabannes une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

5°) de mettre les dépens s'élevant à 350 euros à la charge de la commune de Cabannes.

Elle soutient que :

- la condition tenant à l'urgence est satisfaite dès lors qu'en conséquence de cet arrêté, elle se trouve dépourvue de rémunération, sans aucun revenu de remplacement ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la mesure :

- l'arrêté est entaché d'un défaut de motivation ;

- en l'absence de proposition d'un emploi vacant à l'issue de son détachement, le deuxième alinéa de l'article L. 514-4 du code général de la fonction publique ne pouvait fonder légalement son placement en disponibilité d'office ;

- le refus de l'autorité territoriale de tenir compte de sa rétractation est entaché de détournement de pouvoir ;

- ce refus est également entaché d'une erreur manifeste d'appréciation faute de tenir compte du contexte de harcèlement dont elle est victime ;

- l'arrêté est également entaché d'une erreur de fait dès lors qu'elle s'est rétractée de sa demande de décharge de fonctions ;

- il méconnaît l'article 1er du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'article 8 de cette convention.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 août 2022, la commune de Cabannes, représentée par Me Del Prete, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de Mme B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la condition tenant à l'urgence n'est pas satisfaite et que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 3 août 2022 sous le numéro 2206639 par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le décret n°86-68 du 13 janvier 1986 relatif aux positions de détachement, de disponibilité, de congé parental des fonctionnaires territoriaux et à l'intégration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Menasseyre, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 29 août 2022 à 10 heures, en présence de Mme Aras, greffière d'audience, Mme C a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Pepin et de Mme B qui reprennent les conclusions et moyens de la requête. Ils précisent que Mme B ne vit pas avec ses parents, qu'elle est célibataire, et mère d'une enfant de treize ans, qu'elle a perdu le soutien de l'élu en mai 2022, après avoir mis en évidence les importants coûts de fourniture d'énergie de la commune, qu'elle impute aux insuffisances du syndicat mixte d'énergie des Bouches-du-Rhône dans la conclusion des contrats de fourniture qu'elle a joué un rôle de lanceur d'alerte et qu'elle n'est pas opposée à ce qu'une médiation soit engagée ;

- les observations de Me Baillargeon, pour la commune de Cabannes, qui reprend et développe ses conclusions et moyens de défense. Il précise qu'une demande de reconnaissance de maladie professionnelle est en cours, que la commune, qui, étant son propre assureur, doit en tout état de cause verser à Mme B un revenu de remplacement, n'avait aucun intérêt financier à prendre la mesure contestée, qu'avec l'aide du centre de gestion, un agent assure provisoirement l'intérim de l'intéressée et qu'elle n'est pas opposée à l'engagement d'une médiation.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

3. Mme B, attachée territoriale recrutée par la commune de Cabannes le 1er décembre 2020, a été nommée, à compter de cette même date, par voie de détachement, sur l'emploi fonctionnel de directeur général des services de la commune, pour une durée de cinq ans. Par courrier du vendredi 1er juillet 2022, adressé au maire de la commune, elle a demandé la fin de son détachement sur cet emploi fonctionnel. Par courriel du 4 juillet suivant, le maire de la commune lui a fait part de son intention d'accéder à sa demande dans les délais prévus par la loi, et lui a proposé plusieurs dates en vue de convenir d'un entretien. Par courrier du 8 juillet 2022, reçu le 22 juillet, Mme B, qui avait adressé à son employeur un avis d'arrêt de travail portant sur la période du 7 au 22 juillet 2022, informait la commune qu'elle s'était ravisée, détaillait le contexte dans lequel sa demande avait été rédigée et indiquait qu'elle s'en rétractait. Le maire de la commune a alors proposé à Mme B de différer la tenue de l'entretien annoncé. A la suite de cette entrevue, qui s'est tenue le 25 juillet 2022, le maire de la commune a, par arrêté du 25 juillet 2022, mis fin, à compter du 26 juillet 2022, au détachement de Mme B dans l'emploi fonctionnel de directeur général des services et l'a placée à compter de cette date en disponibilité d'office jusqu'au 1er décembre 2025 en l'absence d'emploi correspondant à son grade dans les services municipaux. Cet arrêté précise que la fin de détachement procède d'une demande de l'intéressée. Mme B a demandé l'annulation de cet arrêté et demande la suspension de son exécution dans l'attente de la décision à intervenir.

4. La décision dont Mme B demande la suspension a pour effet de la priver de son traitement et des primes et indemnités qui y sont attachées, alors que, hormis une pension alimentaire d'un montant mensuel de 80 euros, il s'agit de sa seule source de revenus et qu'elle élève seule sa fille âgée de treize ans. Il n'est pas démontré que, comme le soutient la commune, Mme B vivrait en réalité avec ses parents alors que la requérante indique que la présence de deux villas sur une même parcelle est à l'origine de cette confusion. Si la commune indique que Mme B pourra prétendre, en accomplissant les démarches nécessaires, au versement d'une allocation de retour à l'emploi, il ne résulte pas de l'instruction que les indemnités et allocations susceptibles d'être versées à l'intéressée, et qui ne le sont pas encore, seront effectivement de nature à compenser la perte de revenu résultant de son placement en disponibilité d'office au terme de son détachement et à lui permettre de faire face aux charges qu'elle est amenée à supporter seule et dont elle justifie suffisamment. Si la commune fait aussi valoir que la requérante s'est placée elle-même dans la situation qu'elle dénonce en demandant qu'il soit mis fin à son détachement, la requérante a également, avant l'adoption de l'arrêté en litige, explicitement indiqué qu'elle se rétractait de sa demande et ne peut être regardée comme étant à l'origine du fait qu'il n'a pas été tenu compte de cette rétractation. Dans ces conditions, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

5. Le moyen tiré de ce que, l'intéressée s'étant rétractée de sa demande, l'arrêté mettant fin à son détachement à sa demande et la plaçant en conséquence en disponibilité d'office est entaché d'une erreur de fait, est de nature, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'acte attaqué. Il y a donc lieu de faire droit à la demande de Mme B et de prononcer la suspension de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Le juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, ne peut, sans excéder son office, ordonner une mesure qui aurait des effets en tous points identiques à ceux qui résulteraient de l'exécution par l'autorité administrative d'un jugement annulant la décision administrative contestée. La suspension de l'arrêté en litige ne saurait, dès lors, impliquer le versement rétroactif des rémunérations non versées à la requérante. Elle implique toutefois, à titre provisoire, le rétablissement du plein traitement de Mme B, dès la notification de la présente ordonnance. Elle implique également, dans l'attente de la décision que prendra le tribunal statuant sur le fond du litige, que Mme B soit réintégrée dans son emploi, dans un délai qu'il y a lieu de fixer, dans les circonstances de l'espèce, à quinze jours, et que les parties pourront utilement mettre à profit pour déterminer les modalités de cette réintégration, ou pour convenir ensemble d'une issue apportant une réponse satisfaisante, pour les deux parties, à la situation créée par la demande formée puis rétractée par Mme B, et par la dégradation des relations qui l'a précédée et qui a inévitablement suivi la décision de la commune. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Il résulte des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, que le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée, et peut, même d'office, ou pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation.

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Cabannes la somme de 1 000 euros à verser à la requérante, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Ces dispositions font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées par la commune au même titre.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté n°2022-165 du 25 juillet 2022, par lequel le maire de la commune de Cabannes a mis fin au détachement de Mme B sur emploi fonctionnel à l'initiative de l'agent, et l'a placée en disponibilité d'office jusqu'au 1er décembre 2025 est suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de Cabannes de rétablir la rémunération de Mme B sans délai, dès notification de la présente ordonnance, et de la réintégrer dans son emploi, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : La commune de Cabannes versera à Mme B la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions des parties sont rejetées pour le surplus.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et à la commune de Cabannes.

Fait à Marseille, le 5 septembre 2022.

La juge des référés,

Signé

A. C

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Pour la greffière en chef,

La greffière.

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